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La semence germait

DYS

La semence germait

Pour protester contre une baisse de leur salaire, les mineurs se sont mis en grève. Mais après deux mois, rien n’a changé, et certains estiment qu’il faut reprendre le travail. Étienne n’est pas de cet avis. Galvanisé par la présence de la belle Catherine, il s’adresse à la foule.
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C
amarades, vous avez entendu1, voilà un de nos anciens, voilà ce qu’il a souffert et ce que nos enfants souffriront, si nous n’en finissons pas avec les voleurs et les bourreaux.
  Il fut terrible, jamais il n’avait parlé si violemment. D’un bras, il maintenait le vieux Bonnemort, il l’étalait comme un drapeau de misère et de deuil, criant vengeance. En phrases rapides, il remontait au premier Maheu2, il montrait toute cette famille usée à la mine, mangée par la Compagnie, plus affamée après cent ans de travail ; et, devant elle, il mettait ensuite les ventres de la Régie3, qui suaient l’argent, toute la bande des actionnaires entretenus comme des filles4 depuis un siècle, à ne rien faire, à jouir de leur corps. N’était-ce pas effroyable ? un peuple d’hommes crevant au fond de père en fils, pour qu’on paie des pots-de-vin5 à des ministres, pour que des générations de grands seigneurs et de bourgeois donnent des fêtes ou s’engraissent au coin de leur feu ! Il avait étudié les maladies des mineurs, il les faisait défiler toutes, avec des détails effrayants : l’anémie, les scrofules, la bronchite noire, l’asthme qui étouffe, les rhumatismes6 qui paralysent. Ces misérables, on les jetait en pâture aux machines, on les parquait ainsi que du bétail dans les corons7, les grandes Compagnies les absorbaient peu à peu, réglementant l’esclavage, menaçant d’enrégimenter tous les travailleurs d’une nation, des millions de bras, pour la fortune d’un millier de paresseux. Mais le mineur n’était plus l’ignorant, la brute écrasée dans les entrailles du sol. Une armée poussait des profondeurs des fosses, une moisson de citoyens dont la semence germait et ferait éclater la terre, un jour de grand soleil. Et l’on saurait alors si, après quarante années de service, on oserait offrir cent cinquante francs de pension à un vieillard de soixante ans, crachant de la houille8, les jambes enflées par l’eau des tailles. Oui ! le travail demanderait des comptes au capital9, à ce dieu impersonnel, inconnu de l’ouvrier, accroupi quelque part, dans le mystère de son tabernacle10, d’où il suç