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Un géant pas si méchant

DYS

Un géant pas si méchant

À la cour du roi Arthur, le chevalier Calogrenant raconte à ses amis une rencontre extraordinaire qu’il a faite quelques années auparavant.
1
À
peu de distance du château, j’arrivai dans une clairière. Là, je trouvai des taureaux sauvages en train de se battre avec une violence terrible. Ces bêtes farouches et indomptables faisaient un tel vacarme que, je dois bien l’avouer, je reculai d’un pas, saisi de peur : aucun animal n’est plus dangereux et féroce qu’un taureau ! J’aperçus alors, assis sur un tronc d’arbre, un paysan à la peau sombre comme un Maure1 : il était d’une laideur et d’une taille stupéfiantes. Il faisait bien dix-sept pieds2 de haut et avait une tête énorme, plus grosse que celle d’un cheval, des cheveux noirs hérissés et un front pelé. Ses oreilles étaient poilues et grandes comme celles d’un éléphant et ses sourcils touffus. Avec cela, une face large et plate, des yeux de chouette, un nez de chat, une bouche fendue comme la gueule d’un loup, de grandes dents jaunes et pointues comme un sanglier. Il était bossu et se tenait appuyé sur sa massue, dans un étrange habit : le vêtement n’était fait ni de laine ni de lin, mais seulement de deux peaux de bêtes, taureaux ou boeufs, attachées à son cou.
  Me voyant approcher, le paysan sauta sur ses pieds. Voulait-il porter la main sur moi ? Je me préparai à me défendre. Pourtant il resta immobile, debout sur son tronc d’arbre ; il me regardait sans dire un mot, comme l’aurait fait une bête. Je crus qu’il ne savait ni raisonner ni parler. Je m’enhardis cependant à lui demander :
  – Hé, dis-moi donc, es-tu ou non une bonne créature ?
  – Je suis un homme !
  – Quel genre d’homme es-tu ?
  – Tel que tu me vois.
  – Et que fais-tu ?
  – Je reste là, et je garde ces bêtes dans le bois.
  – Tu les gardes ? Mais ce sont des bêtes sauvages ! Elles n’ont jamais connu l’homme et l’on ne peut le