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Le règne des faux semblants

DYS

Le règne des faux semblants

Un jeune homme vient demander de l’aide à Sganarelle. C’est l’amoureux de Lucinde, la jeune fille muette que Sganarelle est censé soigner.
1
L
ÉANDRE. – Monsieur, il y a longtemps que je vous attends, et je viens implorer votre assistance.
  SGANARELLE, lui prenant le poignet. – Voilà un pouls qui est fort mauvais.
  LÉANDRE. – Je ne suis point malade, Monsieur, et ce n’est pas pour cela que je viens à vous.
  SGANARELLE. – Si vous n’êtes pas malade, que diable ne le dites-vous donc ?
  LÉANDRE. – Non : pour vous dire la chose en deux mots, je m’appelle Léandre, qui suis amoureux de Lucinde, que vous venez de visiter ; et comme, par la mauvaise humeur de son père toute sorte d’accès m’est fermé auprès d’elle, je me hasarde à vous prier de vouloir servir mon amour, et de me donner lieu d’exécuter un stratagème que j’ai trouvé, pour lui pouvoir dire deux mots, d’où dépendent absolument mon bonheur et ma vie.
  SGANARELLE, paraissant en colère. – Pour qui me prenez-vous ? Comment oser vous adresser à moi pour vous servir dans votre amour, et vouloir ravaler la dignité de médecin à des emplois de cette nature ?
  LÉANDRE. – Monsieur, ne faites point de bruit.
  SGANARELLE, en le faisant reculer. – J’en veux faire, moi. Vous êtes un impertinent1.
  LÉANDRE. – Eh ! Monsieur, doucement.
  SGANARELLE. – Un malavisé2.
  LÉANDRE. – De grâce !
  SGANARELLE. – Je vous apprendrai que je ne suis point homme à cela, et que c’est une insolence extrême...
  LÉANDRE, tirant une bourse qu’il lui donne. – Monsieur...
  SGANARELLE, tenant la bourse – De vouloir m’employer... Je ne parle pas pour vous, car vous êtes honnête homme, et je serais ravi de vous rendre service ; mais il y a de certains impertinents au monde qui viennent prendre les gens pour ce qu’ils ne sont pas ; et je vous avoue que cela me met en colère.
  LÉANDRE. – Je vous demande pardon, Monsieur, de la liberté que...
  SGANARELLE. – Vous vous moquez. De quoi est-il question ?
  LÉANDRE. – Vous saurez donc, Monsieur, que cette maladie que vous voulez guérir est une feinte maladie. Les médecins ont raisonné là-dessus comme il faut ; et ils n’ont pas manqué de dire que cela procédait, qui3 du cerveau, qui des entrailles, qui de la rate, qui du foie ; mais il est certain que l’amour en est la véritable cause, et que Lucinde n’a trouvé cette maladie que pour se délivrer d’un mariage dont elle était importunée. Mais, de crainte qu’on ne nous voie ensemble, retirons-nous d’ici, et je vous dirai
en marchant ce que je souhaite de vous.
  SGANARELLE. – Allons, Monsieur : vous m’avez donné pour votre amour une tendresse qui n’est pas concevable ; et j’y perdrai toute ma médecine, ou la malade crèvera, ou bien elle sera à vous.

  [Léandre et Sganarelle mettent en place leur ruse.]
  LEANDRE. — Il me semble que je ne suis pas mal ainsi pour un apothicaire4 ; et comme le père ne m’a guère vu, ce changement d’habit et de perruque est assez capable, je crois, de me déguiser à ses yeux.
Les textes principaux
  • 1666
    . Le règne des faux semblants
    MOLIÈRE
Les images
  • . Le médecin malgré lui
    Molière
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MOLIÈRE

MOLIÈRE (1622-1673)

(1622-1673) est à la fois auteur, comédien, directeur de troupe et metteur en scène. Il rencontre un immense succès grâce à ses comédies, notamment Le Médecin malgré luiL’Avare, Le Bourgeois gentilhomme ou encore Le Malade imaginaire. Encore aujourd’hui, il est le dramaturge le plus joué en France et le dramaturge français le plus joué à l’étranger. On surnomme parfois la langue rançaise la « langue de Molière ».

Oronoz/Photo12

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