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Le borgne
P.86-87

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Le borgne




Objectif

J'étudie un extrait de conte philosophique dénonçant l'hypocrisie.

VOLTAIRE

VOLTAIRE

(1694-1778)


VOLTAIRE (1694-1778) est un écrivain et philosophe des Lumières. Il participe à l’Encyclopédie et prend position dans les grands débats de son époque, luttant constamment contre l’intolérance religieuse et les injustices du pouvoir. Ses œuvres les plus célèbres sont ses contes philosophiques (Candide, Zadig, etc.), le Dictionnaire philosophique et sa correspondance, estimée à vingt-mille lettres.

VOLTAIRE, Zadig ou la Destinée

Zadig ou la Destinée relate les aventures d’un jeune homme qui va faire l’apprentissage du monde et de ses injustices dans un Orient imaginaire. Voici un extrait du premier chapitre, intitulé « Le borgne ».

  Zadig, avec de grandes richesses, et par conséquent avec des amis, ayant de la santé, une figure aimable, un esprit juste et modéré, un cœur sincère et noble, crut qu’il pouvait être heureux. Il devait se marier à Sémire, que sa beauté, sa naissance et sa fortune rendaient le premier parti1 de Babylone. Il avait pour elle un attachement solide et vertueux, et Sémire l’aimait avec passion. Ils touchaient au moment fortuné2 qui allait les unir, lorsque, se promenant ensemble vers une porte de Babylone, sous les palmiers qui ornaient le rivage de l’Euphrate, ils virent venir à eux des hommes armés de sabres et de flèches. C’étaient les satellites3 du jeune Orcan, neveu d’un ministre, à qui les courtisans de son oncle avaient fait accroire que tout lui était permis. Il n’avait aucune des grâces ni des vertus de Zadig ; mais, croyant valoir beaucoup mieux, il était désespéré de n’être pas préféré. Cette jalousie, qui ne venait que de sa vanité, lui fit penser qu’il aimait éperdument Sémire. Il voulait l’enlever. Les ravisseurs la saisirent, et dans les emportements de leur violence ils la blessèrent, et firent couler le sang d’une personne dont la vue aurait attendri les tigres du mont Imaüs4. Elle perçait le ciel de ses plaintes. Elle s’écriait : « Mon cher époux ! on m’arrache à ce que j’adore. » Elle n’était point occupée de son danger ; elle ne pensait qu’à son cher Zadig. Celui-ci, dans le même temps, la défendait avec toute la force que donnent la valeur et l’amour. Aidé seulement de deux esclaves, [Zadig] mit les ravisseurs en fuite, et ramena chez elle Sémire évanouie et sanglante, qui en ouvrant les yeux vit son libérateur. Elle lui dit : « Ô Zadig ! je vous aimais comme mon époux ; je vous aime comme celui à qui je dois l’honneur et la vie. » [...] Sa blessure était légère ; elle guérit bientôt.
  Zadig était blessé plus dangereusement ; un coup de flèche reçu près de l’œil lui avait fait une plaie profonde. Sémire ne demandait aux dieux que la guérison de son amant. Ses yeux étaient nuit et jour baignés de larmes : elle attendait le moment où ceux de Zadig pourraient jouir de ses regards ; mais un abcès survenu à l’œil blessé fit tout craindre. On envoya jusqu’à Memphis chercher le grand médecin Hermès, qui vint avec un nombreux cortège. Il visita le malade, et déclara qu’il perdrait l’œil ; il prédit même le jour et l’heure où ce funeste accident devait arriver. « Si c’eût été l’œil droit, dit-il, je l’aurais guéri ; mais les plaies de l’œil gauche sont incurables. » Tout Babylone, en plaignant la destinée de Zadig, admira la profondeur de la science d’Hermès. Deux jours après l’abcès perça de lui-même ; Zadig fut guéri parfaitement. Hermès écrivit un livre où il lui prouva qu’il n’avait pas dû guérir. Zadig ne le lut point ; mais, dès qu’il put sortir, il se prépara à rendre visite à celle qui faisait l’espérance du bonheur de sa vie, et pour qui seule il voulait avoir des yeux. Sémire était à la campagne depuis trois jours. Il apprit en chemin que cette belle dame, ayant déclaré hautement qu’elle avait une aversion5 insurmontable pour les borgnes, venait de se marier à Orcan la nuit même. À cette nouvelle il tomba sans connaissance ; sa douleur le mit au bord du tombeau ; il fut longtemps malade, mais enfin la raison l’emporta sur son affliction6 ; et l’atrocité de ce qu’il éprouvait servit même à le consoler.


VOLTAIRE, Zadig ou la Destinée, 1747.

1 Un mariage avec Sémire lui apporterait de nombreux avantages.
2 Heureux.
3 Serviteurs.
4 En Asie centrale.
5. Dégout.
6. Douleur profonde, accablement.

Zadig

Le conte philosophique

Genre littéraire né au XVIIIe siècle sous la plume de Voltaire, le conte philosophique est, comme la fable, un apologue : l’histoire qu’il raconte est au service d’une réflexion morale.

Les Amants

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L’image

1
Comment comprenez-vous le tableau de Magritte ?



2
Diriez-vous qu’il illustre le texte de Voltaire ou qu’il entre en contradiction avec lui ? Justifiez votre réponse.



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Le texte

COMPÉTENCE - J'exploite mes lectures pour enrichir un récit

Un conte

1
Résumez les grandes étapes du récit.



2
Quelles caractéristiques du conte pouvez-vous identifier dans ce texte ?



3
a) Quelle décision Sémire prend-elle à la fin de l’extrait ? b) Comment se justifie-t-elle ?



4
a) Pourquoi cette décision parait-elle surprenante ? b) Quel trait de caractère du personnage est ainsi mis en évidence ?



Une critique sociale

5
De quels autres comportements Voltaire fait-il la satire dans ce texte ? Donnez des exemples précis.



6
Qui est aveugle, finalement, à la fin de ce texte ? Expliquez.



7
Selon Saint-Exupéry, « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » De quelles manières le texte de Voltaire pourrait-il illustrer cette phrase ?



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