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Le soldat Ferdinand
P.110-111

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Le soldat Ferdinand






PIERRE CHAINE

(1882-1963)


PIERRE CHAINE (1882-1963) est un écrivain français. Quand éclate la Première Guerre mondiale, il est très tôt envoyé au combat. C’est dans les tranchées, en 1915, qu’il écrit le récit satirique qui le rendra célèbre : Mémoires d’un rat, d’abord publié en feuilleton dans un journal pacifiste très populaire. En 1918, Pierre Chaine écrira la suite : Commentaires de Ferdinand, ancien rat de tranchées.

PIERRE CHAINE, Mémoires d’un rat

Pour améliorer les conditions d’hygiène, une campagne de dératisation est lancée : les soldats recevront une prime pour chaque rat capturé. Le narrateur se fait prendre mais il est finalement sauvé par un colonel, qui estime qu’un rat peut servir d’avertisseur en cas d’attaque par les gaz. Le soldat Juvenet adopte alors le narrateur et le nomme Ferdinand.

  Les paroles que le colonel avait prononcées à mon sujet pendant la courte entrevue que j’ai rapportée plus haut provoquèrent en moi une étrange répercussion : du jour où il eut ainsi disposé de ma vie, un lien mystérieux m’unit au régiment. Je sentis qu’en effet je ne m’appartenais plus ; j’étais un rouage minuscule mais nécessaire dans le prodigieux engrenage de l’armée.
  La grandeur et le sublime du rôle qu’on m’avait imposé donnaient à ma personne une valeur nouvelle ; oui, la mission de sacrifice que j’avais à remplir, en cas d’attaque, me rehaussait prodigieusement à mes propres yeux car je m’en savais autant de gré1 que si je l’avais choisie moi-même volontairement. J’espérais bien au fond qu’il n’y aurait jamais dans notre secteur d’attaque par les gaz, ce qui me dispenserait d’accomplir ma mission et de consommer mon sacrifice. Mais l’obligation d’être un héros constitue en soi un honneur, même si l’occasion ne doit jamais se présenter d’être héroïque ; et le geste n’en demeurait pas moins beau pour être indéfiniment retardé.
  Un indispensable secours moral me manquait encore pour soutenir mon ardeur et mon zèle : je ne portais aucun signe sensible de mon état. Juvenet y pourvut ingénieusement ; il était perruquier dans le civil et connaissait le secret des teintures. Quelques jours à peine après ma conscription2 (car il me répugne à présent d’employer le terme de capture), il m’aspergea avec je ne sais quelle drogue, à la grande hilarité de la tranchée ; après quoi il me présenta par dérision un miroir qui provenait du démontage d’un périscope. Je pus alors constater que ma robe gris-brun était devenue bleu horizon. Je dois d’ailleurs avouer que ma nouvelle livrée3 était beaucoup plus voyante que mon pelage naturel, bien qu’elle eût la prétention de me rendre invisible.
  Pour compléter l’uniforme, Juvenet inscrivit au minium4 sur mon dos le numéro du régiment et me posa trois brisques5 de la même couleur à la naissance de l’épaule gauche. Je me laissai faire sans bouger et cette attitude fut mise sur le compte de mon abrutissement alors qu’elle était un effet de ma bonne volonté.
  Cette fois je portais les stigmates6 visibles de la grandeur et de la servitude militaires. J’étais immatriculé7 ! j’étais soldat ! il me sembla que je devenais un autre rat. Je n’éprouvai plus qu’une pitié arrogante pour les vulgaires rongeurs dont la vie ou la mort importait peu au salut de la patrie. Insensiblement je m’identifiai avec l’armée en général et en particulier avec le régiment dont je portais le glorieux numéro. Mais j’étais surtout honoré d’appartenir à la douzième escouade de la onzième compagnie. C’est ainsi que naquit en moi l’esprit de corps8.


PIERRE CHAINE, Mémoires d’un rat, partie II, chapitre 1, © Éditions Magnard, 2015.

1. J’en étais autant satisfait.
2. Recrutement, appel à rejoindre l’armée.
3. Mon nouveau costume.
4. Peinture antirouille.
5. Les galons que porte un soldat sur sa manche.
6. Les traces.
7. J’avais un numéro de soldat.
8. Sentiment d’appartenance à un groupe, à ses valeurs.

Des soldats (allemands) montrent les rats qu’ils ont pris.


Portrait d’un poilu français vêtu de son uniforme bleu horizon

100% Numérique


Les Chemins de la gloire

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L’image (Les Chemins de la gloire)

1
Commentez le titre Les Chemins de la gloire. Comment faut-il le comprendre ?



2
À quel passage du texte le titre du tableau fait-il écho ?



3
Recherchez pourquoi cette toile a été interdite en 1918.



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Le texte

COMPÉTENCE - Je lis des textes variés, je comprends les implicites du texte et fais des hypothèses de lecture

L’habit fait-il le soldat ?

1
Quels signes montrent que Ferdinand appartient désormais à l’armée ?



2
a) De quelles manières Ferdinand change-t-il, une fois devenu soldat ? b) Quel sentiment domine en lui à ce moment-là ?



3
a) Comment considère-t-il désormais les autres rats ? b) De quel sentiment fait-il preuve ?



Un soldat heureux ?

4
a) Dans quel but Ferdinand a-t-il été intégré à l’armée ? b) Que pense-t-il de cette mission ? Répondez de manière approfondie et nuancée, en citant le texte.



5
a) À quel vocabulaire les termes « rouage » et « engrenage » (l. 5 et 6) appartiennent-ils ? b) Quelle image cela donne-t-il des soldats et de l’armée ?



6
Quelle critique le narrateur formule-t-il à la fin du quatrième paragraphe ?



7
Que dénonce l’auteur, Pierre Chaine, dans cet extrait ?



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