Étant le temps venu, Mademoiselle, que les sévères lois des hommes n'empêchent plus les femmes de s'appliquer aux sciences et disciplines, il me semble
que celles qui [en] ont la commodité1 doivent employer cette honnête liberté que notre sexe a autrefois tant désirée, à apprendre celles‑ci, et montrer aux
hommes le tort qu'ils nous faisaient en nous privant du bien et de l'honneur
qui nous en pouvaient venir. Et si quelqu'une parvient en tel degré que de
pouvoir mettre ses conceptions par écrit, le faire soigneusement et non dédaigner la gloire, et s'en parer plutôt que de chaines, anneaux, et somptueux
habits, lesquels ne pouvons vraiment estimer nôtres, que par usage.
[Ne] pouvant de moi‑même satisfaire au bon vouloir que je porte à notre
sexe, de le voir non en beauté seulement, mais en science et vertu passer
ou égaler les hommes, je ne puis faire autre chose que prier les vertueuses
dames d'élever un peu leurs esprits par‑dessus leurs quenouilles et fuseaux2, et de s'employer à faire entendre au monde que si nous ne sommes faites
pour commander, si ne devons‑nous3 être dédaignées pour compagnes, tant dans les affaires domestiques que publiques, de ceux qui gouvernent et se
font obéir.
1. Possibilité.
2. Objets servant à filer.
3. Pour autant nous ne devons pas...