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Entrée en matière


Les fake news sont-elles le fléau du monde moderne ?





À l’âge de la communication et de la mondialisation de l’information, il est désormais possible pour chaque utilisateur d’internet de consulter et de diffuser une information – vérifiée ou non – librement. La notion de vérité, quête centrale de la philosophie, se trouve interrogée sous une forme moderne par les fake news et autres théories du complot qui lui préfèrent souvent une idéologie ou une adhésion facile, dont la mécanique repose sur la sollicitation des sentiments.

Doc. 1
Fake news (en français : infox) : des différents types de distorsion du réel

 La propagande étatique a besoin du relais actif de l’opinion, le complotisme emprunte en les retournant les canaux médiatiques, la rumeur est instrumentalisée par les jeux de pouvoir.
 Nos actuelles fake news ne dérogent pas à la règle. Ce n’est donc pas un hasard si le terme renvoie tantôt aux contenus extravagants qui ont proliféré pendant la campagne présidentielle américaine, tantôt (dans la bouche des supporters de Donald Trump) aux articles de la presse mainstream traditionnelle qui tentaient de les invalider, tantôt aux inepties que les plateformes de réseaux sociaux nous incitent à partager. […]
 « Les algorithmes qui pilotent les médias sociaux sont conçus pour prioriser les articles engageants : ceux qu’on aime cliquer, ceux qu’on aime partager ou auxquels on aime réagir »1. Ces contenus ne sont pas nécessairement ceux qu’on tient pour vrais, mais ceux qui embarquent plus nettement que d’autres une instruction de réplication. Encore une fois, le principe en lui-même n’est pas nouveau : du chant versifié à la photographie en passant par l’imprimé, c’est le propre de toute transmission que de privilégier le mnémotechnique, le reproductible et le mobilisable. Mais le changement d’échelle, de rythme et de degré d’automatisation de l’ère numérique confère au processus une puissance inédite. Non seulement les dynamiques relationnelles sont placées au centre, mais elles sont renforcées, anticipées et, aujourd’hui, simulées par la macro-économie des algorithmes et des faux clics. [Cela] complique évidemment considérablement la vérification de l’information, qui n’est plus assimilable à un message transitant d’un point à un autre le long d’un canal, mais se confond avec l’environnement même qui la viralise.

Louise Merzeau, « Les fake news, miroir grossissant de luttes d’influences », INA, La revue des médias, mai 2017.


1. Propos de Hubert Guillaud, journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies.

Doc. 2
Comment repérer des fake news ?

Selon l’IFLA (International Federation of Library Associations and Institutions), il y a huit façons de repérer des fake news :
  • Identifier la source
  • Lire l’article en entier et pas seulement le titre
  • Identifier l’auteur
  • Vérifier les autres sources mentionnées dans l’article
  • Vérifier la date
  • Vérifier la vocation du site
  • Évaluer nos propres préjugés qui peuvent conditionner la lecture de l’article
  • Demander à des experts de l’information de vérifier la fiabilité de la source

Apollo 11

Doc. 3
Les biais cognitifs : une explication de notre propension à croire aux infox

Le biais cognitif constitue une déviation, par rapport à la norme supposée, du traitement des données par notre cerveau. Nous ne pouvons pas traiter toutes les informations que nous recevons en permanence, c’est pourquoi nous devons en sélectionner une partie, et c’est là où les biais cognitifs interviennent en faisant obstacle à la rationalité.

Exemples de biais cognitifs :
  • Le biais de confirmation : on s’intéresse davantage aux personnes et aux sources d’information qui vont dans le sens de nos premières croyances.
  • L’effet de halo : parmi un ensemble d’informations, on sélectionne celles qui confirment nos premières impressions.
  • L’effet de récence : on se souvient mieux des dernières informations entendues.
  • L’effet de simple exposition : on croit plus facilement une information déjà lue ou entendue une première fois.

Doc. 4
Pourquoi les infox se propagent-elles si facilement ?

 Ce registre accusatoire d’analyse de l’actualité passe facilement pour de l’intelligence dès lors qu’il se revendique de l’« esprit critique ». Il s’adresse aussi bien au politique, à l’interprétation officielle de certains événements historiques (attentats du 11-Septembre, tremblements de terre en Haïti provoqués, d’après certains conspirationnistes, par des armes « sismiques » américaines…) qu’aux innovations technologiques ou aux éléments les plus banals de notre quotidien. Certaines de ces suspicions paraissent, à juste titre, loufoques à nos concitoyens, mais certaines autres, les enquêtes le montrent, creusent leur sillon dans l’opinion. Il ne se passe plus un mois, sans que quelques « donneurs d’alerte », ainsi qu’il arrive qu’ils se nomment parfois, ne nous mettent en garde contre l’air que nous respirons ou ce que nous nous apprêtons à manger.

 Ces avertissements incessants créent un embouteillage, des craintes, car les démentir prend du temps (notamment lorsqu’il s’agit de questions sanitaires) : le temps de la science, le temps judiciaire et même celui de l’investigation journalistique ne sont pas celui, effréné, du marché de l’information. En d’autres termes, les arguments du soupçon sont beaucoup plus aisés à produire et rapides à diffuser que ceux qui permettent de renouer les fils d’une confiance si nécessaire à la vie démocratique. […]

 On oublie hélas le cimetière gigantesque des suspicions infondées pour ne retenir que celles qui, parfois, touchent leur cible.

Gérald Bronner, « Que cache l’affaire Cahuzac ? », Le Monde, avril 2013.

Les questions qui se posent

Nous vivons dans un monde surchargé d’informations diverses, un monde de communication incessante, et nos capacités cognitives ont des limites. Les infox nous amènent à nous demander ce que serait une représentation fidèle de la réalité. Pourquoi rechercher la vérité plutôt qu’en rester à l’opinion de chacun ?

Par ailleurs, nous devons compter avec le mensonge devenu, avec l’expansion de la communication de masse, un outil de gestion de l’opinion. Rien ne nous assure absolument de la véracité d’un témoignage. Existe-t-il une « vérité » dans le récit des faits ? Les faits ont-ils toujours raison ?

Enfin, cela soulève une interrogation épistémologique car la vérité de la science semble moins exposée à l’interprétation. Autrement dit, il s’agit de déterminer si les réserves que nous pouvons avoir quant à la véracité d’un discours ne peuvent pas également s’appliquer aux théories scientifiques. Le doute est-il nécessaire à la connaissance du vrai ? Nous risquons de défendre le relativisme à trop vouloir mettre en doute la possible vérité d’un discours.
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