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L'ATELIER DE CLIO


L’histoire environnementale, une nouvelle clé pour comprendre Versailles




Le document

FACE AU DOCUMENT

Un espace difficile à contrôler

Doc. 1. Plusieurs particuliers, laboureurs, fermiers et autres personnes, anticipent, par leurs labours, sur les terres, étangs, aqueducs, rigoles et autres héritages appartenant à Sa Majesté, tant au-dehors qu’au-dedans de son Grand Parc de Versailles, et au pourtour des murs de ceux-ci : les fermiers y mènent paître leurs bestiaux au préjudice des fermes du roi, et plusieurs des habitants circonvoisins et autres particuliers, dégradent les murs des chaussées, des étangs, aqueducs et autres travaux du roi, pêchent le poisson desdits étangs, se servent des bateaux destinés au service des chasses de Sa Majesté ; et non contents de commettre tous ces désordres, plusieurs d’entre eux mal intentionnés, s’attroupent, munis de bâtons, fléaux1 et autres armes, pour s’opposer à l’exécution des ordonnances, à quoi étant très nécessaire de pourvoir.

Ordonnance royale de protection des étangs et rigoles des eaux de Versailles, 20 mai 1752 (archives départementales des Yvelines, B 3467).


Doc. 2. Les lapins se sont tellement multipliés dans les forêts de Sa Majesté qu’ils occasionnent des dommages immenses dans les terres dont elles sont environnées, et dont les propriétaires sont dans l’alternative, ou de laisser ces terres entièrement incultes, ou de voir leurs maisons dévastées, et se perdre les fruits de leurs travaux et de leurs dépenses. […] Ce fléau de l’agriculture n’est pas seulement borné aux lisières des forêts appartenant à Sa Majesté et des grands bois ; des bois d’une étendue médiocre, situés au milieu des plaines, et même les remises plantées pour la conservation du gibier dans plusieurs lieux des capitaineries royales2, sont pareillement peuplés de lapins qui occasionnent les mêmes dommages.

Arrêt du Conseil d’État pour la destruction des lapins dans l’étendue des capitaineries royales, avril 1776.


1. Instruments utilisés pour battre les grains.
2. Administration chargée des réserves de chasse.

L'enjeu

L’histoire environnementale est une nouvelle approche historique qui modifie notre appréhension du passé en s’intéressant aux relations entre les sociétés humaines et des non-humains : des arbres, des animaux, des eaux ou encore des microbes. Elle est particulièrement adaptée pour étudier Versailles, qui ne se limite pas au château et aux jardins dessinés par Le Nôtre : il s’agit en effet d’un gigantesque parc de chasse de 8 000 hectares et d’une ville où cohabitent des hommes, des plantes et des animaux.


MÉTHODE

1. L’histoire étudie le plus souvent les actions humaines. L’histoire environnementale élargit la perspective et s’intéresse aux animaux et aux végétaux, dans leurs relations avec les êtres humains.

Grégory Quenet explique ainsi que Versailles n’est pas qu’un palais où vivent des hommes : il faut également gérer l’eau, les déchets, les animaux, les plantes, etc.


2. L’histoire environnementale s’intéresse souvent aux conflits portant sur les droits d’usage de la terre, de l’eau, et plus généralement des ressources.

Le premier document montre par exemple que des fermiers utilisent les parcs de Versailles pour faire paître leurs bêtes, ce qui déplaît aux autorités.


3. Versailles a souvent été vu comme le symbole même de la maîtrise de l’homme sur la nature. L’histoire environnementale permet au contraire de montrer que cette maîtrise est toujours fragile et incertaine.

Le second document montre les efforts faits pour lutter contre les lapins, qui se moquent bien de l’autorité du roi.


4. L’histoire environnementale suppose de maîtriser un vocabulaire précis, en particulier dans les domaines écologique et biologique. Pour être en phase avec son objet de recherche, l’historien utilise un vocabulaire et des champs lexicaux qui traduisent au mieux la réalité qu’il veut décrire.

Grégory Quenet parle ainsi de réseaux, de flux, de métabolismes, d’énergie, etc.

L’œil de l’historien

Grégory Quenet, Versailles, une histoire naturelle, Paris


C’est le Versailles organique, vivant, énergétique qui s’est éteint à jamais au départ du roi et de la cour, à la fin de l’année 1789. Ainsi le domaine actuel de Versailles ne représente-t-il qu’une petite partie du vaste territoire du Versailles passé – 830 hectares aujourd’hui contre 8 000 autrefois –, dont l’emprise s’étendait bien au-delà des terres possédées par le roi, sur des dizaines de kilomètres carrés pour les eaux, des centaines pour les arbres et les matériaux de construction, des milliers pour les animaux et les plantes. Les réseaux techniques – routes et installations hydrauliques –, les édifices, les inscriptions physiques et juridiques du parc de chasse ont laissé de nombreuses traces, mais ce ne sont que les empreintes d’un ensemble plus vaste, plus puissant, plus vivant. Les flux, les matières, les animaux, les rapports de force, l’entremêlement avec le territoire et les hommes sont devenus invisibles. […]

Versailles n’a pas toujours été un lieu de mémoire, une trilogie politique, culturelle et patrimoniale. Du lieu vivant et habité, on connaît l’épiderme1 : ses cellules s’animent autour du roi, ses influx nerveux2 agitent la cour, ses strates de rituels et d’objets. Mais qu’en est-il des entrailles, des chairs et du sang, de la matérialité du palais ? Pris dans toute son extension, l’animal Versailles se reproduit et se développe au prix d’un gigantesque métabolisme, parcouru de flux qui entrent – combustibles, aliments, biens, matières premières –, qui sortent – émissions dans l’air, déchets, produits transformés – et qui se régénèrent – animaux, arbres, nappes phréatiques. Des eaux jaillissent des fontaines tandis que d’autres sont consommées, actionnent des roues, servent à nettoyer, charrient3 les déchets humains et animaux. Des animaux se nourrissent dans le parc et se reproduisent, avant d’être tués par les chasses royales. Des sols sont transformés, drainés, parcourus de routes, soulevés en masse immense. Des bois sont plantés et déplacés, croissent, nourrissent les bêtes de leurs feuillages, sont abattus pour l’énergie et les matériaux.


Grégory Quenet, Versailles, une histoire naturelle, Paris, La Découverte, 2015, p. 9 et16.

1. Couche superficielle de la peau.
2. Activité électrique du système nerveux.
3. Transportent par charrette.

Pierre-Denis Martin, La Duchesse de Bourgogne partant chasser au faucon, v. 1780, huile sur toile, 122 x 78 cm, château de Versailles
Pierre-Denis Martin, La Duchesse de Bourgogne partant chasser au faucon, v. 1780, huile sur toile, 122 x 78 cm, château de Versailles.

Questions

Voir les réponses
1. D’après les deux documents de la page de gauche, la nature à Versailles vous paraît-elle bien maîtrisée ?

2. Pourquoi les lapins envahissent-ils le parc ? Émettez des hypothèses pour expliquer leur augmentation au XVIIIe siècle.

3. Comment Grégory Quenet décrit-il Versailles ? Quelle métaphore utilise-t-il ?

Clé de lecture

Les documents sont deux textes législatifs royaux, l’un destiné à protéger les étangs, rigoles et eaux de Versailles, l’autre à détruire les lapins dans les capitaineries royales. Ils révèlent à quel point la gestion du domaine de Versailles est faite de compromis entre des populations résistantes, des animaux, des eaux et des plantes.
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