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Histoire des Arts

Caricatures de coquettes, sous l’empire des crinolines (XIXe siècle)

Comment l'exagération et l'humour d'un dessin permettent-ils de porter un regard critique sur une mode ?
Qu'est ce qu'une crinoline ?
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Qu'est ce qu'une crinoline ?

Une vision étonnante de la crinoline
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Une vision étonnante de la crinoline

La crinoline et ses usages
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La crinoline et ses usages

Des inconvénients de la crinoline
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Des inconvénients de la crinoline

1. Il n'y a plus la place dans la pièce pour les hommes, qui seraient bien en peine de faire danser les dames. Servir le thé devient une réelle acrobatie...

Caricatures de coquettes, sous l'empire des crinolines

Une mode somptueuse et extravagante

Sous le Second Empire, Napoléon III souhaitait créer l'image d'une France moderne : il lança les industries, voulut donner à Paris un nouveau visage, notamment en chargeant le baron Haussmann de concevoir de nouveaux quartiers afin de remplacer les quartiers insalubres. Paris devint bourgeoise, ville de fastes et de divertissements. A Paris, la période de 1850 à 1870, qui se termina avec les représentations des opérettes d'Offenbach, fut une époque de grandiose splendeur. C'est notamment à l'Opéra Garnier que l'on croisait le beau monde qui accordait une importance accrue à son apparence : la toilette des femmes s'éleva presque au rang d'art. Certaines coquettes allaient jusqu'à se changer huit fois par jour. Paris fut alors érigée capitale de la mode et du luxe avec ses nombreux Grands magasins (Le Bon Marché, La Samaritaine).

Aucun siècle ne fut autant préoccupé de style que le XIXe siècle. Au milieu du XIXe siècle (sous Napoléon III), les élégantes parisiennes lancèrent une mode réputée pour sa splendeur. Elle ressemblait vaguement au rococo d'où son nom « le nouveau rococo ». La crinoline (appelée ainsi à cause du tissu qui supportait la jupe, au sens propre du mot : crin de cheval mélangé à du coton ou du lin) fit alors sa troisième apparition dans l'histoire de la mode. Il s'agissait d'un jupon- armature structuré par des cerceaux métalliques relativement souples rattachés à la taille des femmes par des cordons ou directement cousus au tissu de la jupe. Il existe une analogie lointaine entre la crinoline et les principes de base servant à la construction de nombreux édifices bâtis à cette époque, comme le Palais de Cristal à Londres. Il fallait d'autant plus de tissu pour confectionner les crinolines que de très nombreux volants remplaçaient les guirlandes du rococo.

En 1853, Eugénie de Montijo devint la femme de Napoléon III. Un maréchal prussien en visite à Paris, l'ayant vue, écrivit : « l'impératrice Eugénie, est une personnalité surprenante. Elle est belle et élégante… la gorge et les bras sont superbes, la silhouette mince, sa robe exquise et luxueuse, de bon goût, sans être surchargée. »

En 1859, l'impératrice Eugénie porta une robe de bal de satin blanc ornée de 103 volants ! La consommation de cerceaux était aussi considérable. De 1854 à 1866, la plus grande fabrique de Saxe livra en tout 9.597.600 crinolines. Comme chacune exigeait une moyenne de 90 aunes de fil de fer (cela aurait permis de faire le tour de la terre, à l'équateur, au minimum 13 fois !) Le profond décolleté du corsage étroit laissait le haut des seins, les épaules et les bras nus. Les coiffures étaient toujours petites afin d'accentuer encore le contraste avec la jupe très large. Pendant le règne de Napoléon III, les tissus coûteux étaient très à la mode. Les soies, les satins et fins lainages étaient portés à toute heure du jour. Les taffetas chatoyants, le reps, le brocart, mais surtout la moire étaient très demandés. Les robes d'été étaient en crêpe, tulle, ou mousseline. En réalité, la mode de la crinoline eut aussi son côté sombre. En 1859, un journal parisien relata le récit d'une tragédie : une jeune femme dont toutes les rivales admiraient la finesse de la taille, mourut deux jours après un bal. « Sa famille voulut savoir ce qui avait causé cette mort subite à un si jeune âge et il fut décidé de pratiquer une autopsie. Le résultat fut étonnant : le foie avait été percé par trois côtes !... Voici comment on peut mourir à 23 ans, non pas de typhus ni en accouchant, mais à cause d'un corset ! »

Cette mode suscita la réaction de certains hommes raisonnables qui dénoncèrent une mode malsaine. Il y eut même « une guerre de la crinoline », dont un des combattants, le professeur d'esthétique Friedrich Theodor Vischer, affirma … » la crinoline est un excès qui n'ajoute rien à la beauté d'une silhouette mince, mais elle la déforme, l'annihile et donne une idée tout à fait fausse du corps féminin… et il n'importe plus de savoir si l'on est mince ou pas : il n'y a plus de lois dans ce mensonge fantastique… » il ajoute « la crinoline est impertinente… elle est impertinente par sa taille, par ce défi monstrueux contre l'homme… Voyez cette citadelle imprenable ! »

Cette mode peu pratique a été la cible facile des caricaturistes de l'époque comme l'avait été les coiffures extravagantes de la fin du XVIIIe siècle, d'autant plus que les caricaturistes étaient uniquement des hommes. Les défauts et inconvénients de cette mode (selon l'étymologie du mot, venant du latin carricare qui signifie « charger, exagérer ») étaient accentués et exagérés par des dessins. Ces caricatures se multiplièrent en France mais aussi en Angleterre, en Espagne et en Allemagne où cette mode née à Paris était admirée et imitée.


La gravure et la caricature au XIXe siècle

La gravure est une catégorie de dessin. Elle n'a à sa disposition que du blanc et du noir et non les multiples nuances de couleur de la peinture. Le graveur travaille « en négatif » une image qui prendra son identité définitive lors de l'association de l'encre et du papier une fois l'impression réalisée.

Il existe trois grands types de gravure :
- la gravure sur bois, la plus ancienne
- la gravure sur cuivre, l'eau-forte
- la gravure sur pierre, la lithographie presqu'exclusivement utilisée au XIXe siècle.

Si les graveurs, aquafortistes, graveurs sur bois, lithographes tiennent tant à mettre en évidence le lien qui les unit au peintre c'est que contrairement à l'opinion commune, ils ne sont pas des artistes de second ordre. En effet, au cours de leur formation ils ont appris et pratiqué de nombreuses techniques artistiques. Ils ont aussi étudié les grands principes des arts visuels qui dépassent les procédés particuliers, principes qu'ils ont approfondis en dessinant, peignant, sculptant. La particularité du peintre-graveur est sa soumission à la contrainte de travailler le bois, le cuivre ou la pierre : il doit faire preuve d'ingéniosité pour tirer le meilleur parti des difficultés auxquelles ces matières parfois irrégulières l'obligent à se confronter. De même que le bon poète trouve un stimulant et non une gêne dans la règle de la rime et les exigences métriques, de même le graveur reçoit de la matière une exigence supplémentaire qui l'oriente pour trouver des solutions inspirées.

L'eau-forte, plus rapide que le bois taillé au canif, devient peu à peu, surtout en Angleterre, l'instrument préféré des polémistes, comme Rowlandson. Cette inspiration nourrit l'essor de la caricature en France et contribua à la formation d'Honoré Daumier, un des plus grands caricaturistes français du XIXe siècle, auteur par exemple de la planche « Manière d'utiliser les jupons nouvellement mis à la mode ».


Honoré Daumier

En France deux publications satiriques hebdomadaires (à partir de 1832 La Caricature et un peu plus tard le Charivari) , illustrent la créativité et la puissance des portraits-charge de Daumier . Ses évocations de personnalités du monde politique diverses sont empreintes de dynamisme et de grotesque. Il apporte à la Caricature, malgré la censure sévère qui sévit à partir de la Révolution de 1830, une qualité de niveau artistique et comique qui lui manquait. Honoré Daumier construit sa carrière entre 1829 et 1872. A vingt et un an déjà, il est un polémiste redouté des riches et des puissants, le maître du genre. Désigné à ses débuts par son seul prénom, Honoré, il fait rapidement des progrès. Il n'a besoin que du blanc et du noir pour créer action et lumière. Ses planches d'abord un peu grisâtres, deviennent riches de son art des passages et des valeurs du blanc et du noir. Sa manière de travailler est originale : lorsqu'il se rend aux séances de la Chambre des Députés et de la Chambre des Pairs, il emporte dans les tribunes de la glaise dans laquelle il modèle sur le vif, lui qui par ailleurs a toujours préféré travailler de souvenir. Par ailleurs, cette pratique de la sculpture influe sur son dessin en lui donnant un relief qui doit beaucoup à son regard de sculpteur. Constamment pressé par le temps et les commandes, il est amené à épurer les formes, ce qui donne encore plus de force et d'ampleur à son dessin. Sur le plan stylistique une autre caractéristique de sa technique consiste à entrecroiser les traits de crayon qui alors suivent le mouvement de ses personnages dont il met en valeur l'anatomie en faisant coller les vêtements au corps et laisse des intervalles clairs au travers de ses hachures.

Bientôt, au caricaturiste succède un peintre de caractère de plus en plus grave. Daumier est aussi une sorte de metteur en scène de la société, plein de santé, de vivacité, d'autorité et de gravité même quand il fait rire ou sourire. Il donne du poids à la légèreté, des proportions monumentales à des sujets anodins. Alternant la peinture de mœurs et la politique, il publie les nombreuses planches du Charivari qui feront sa renommée, comme les séries sur la vie quotidienne que sont Les Bons Bourgeois, Mœurs conjugales, Les Gens de justice, Types parisiens. Les femmes sont pour lui une source et une cible permanentes de moqueries comme elles l'avaient été pour Goya.

 Banville dans Les Souvenirs le décrit ainsi : « Il dessinait toujours avec les débris des mêmes anciens crayons qui ne pouvaient même plus être taillés, et où il fallait alors inventer et trouver un angle qui se prêtât au fiévreux caprice de la main agile, mille fois plus varié et intelligent que la pointe stupide et parfaite obtenue au moyen du canif et qui, dans le feu de la composition, se brise ou s'écrase. Je dirais volontiers que c'est à sa coutume d'utiliser ces rognures, ces bouts de crayons, que Daumier a dû quelque chose de la largeur et de la hardiesse de son dessin où le trait gras et vivant est de la même étoffe que les ombres et les hachures. »
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