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Adieux à la vie
P.142-144

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Adieux à la vie





1. Sophocle


SOPHOCLE

SOPHOCLE

(vers 496-406 avant J.-C.)


SOPHOCLE (vers 496-406 avant J.-C.) est un dramaturge grec, connu pour ses tragédies. Il a écrit plus d’une centaine de pièces dont Œdipe Roi et Antigone, mais seules sept nous sont parvenues. Ses pièces sont considérées comme des œuvres littéraires majeures.

SOPHOCLE, Antigone

Antigone est condamnée à être emmurée vivante et se retrouve seule.

  ANTIGONE. – Ô tombeau, chambre nuptiale1 ! Retraite2 souterraine, ma prison à jamais ! En m’en allant vers vous, je m’en vais vers les miens, qui, déjà morts pour la plupart, sont les hôtes de Perséphone3, et vers qui je descends, la dernière de toutes et la plus misérable, avant d’avoir usé jusqu’à son dernier terme ma portion de vie. Tout au moins, en partant, gardé-je l’espérance d’arriver là-bas chérie de mon père, chérie de toi, mère, chérie de toi aussi, frère bien-aimé, puisque c’est moi qui de mes mains ai lavé, paré vos corps ; c’est moi qui vous ai offert les libations4 funéraires. Et voilà comment aujourd’hui, pour avoir, Polynice, pris soin de ton cadavre, voilà comment je suis payée ! Ces honneurs funèbres pourtant, j’avais raison de te les rendre, aux yeux de tous les gens de sens. Si j’avais eu des enfants, si c’était mon mari qui se fût trouvé là à pourrir sur le sol, je n’eusse certes pas assuré cette charge contre le gré de la cité. Quel est donc le principe auquel je prétends avoir obéi ? Comprends-le bien : un mari mort, je pouvais en trouver un autre et avoir de lui un enfant, si j’avais perdu mon premier époux ; mais, mon père et ma mère une fois dans la tombe, nul autre frère ne me fût jamais né. Le voilà, le principe pour lequel je t’ai fait passer avant tout autre.


SOPHOCLE, Antigone, pièce représentée vers 441 avant J.-C., Tragédies complètes, traduction de Paul Mazon, © Les Belles Lettres, 1962.

1. Qui concerne le mariage, la nuit de noces.
2. Lieu coupé du monde.
3. Déesse des Enfers dans la mythologie grecque.
4. Offrandes aux dieux.

Antigone

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L’image

1
a) En quoi le costume d’Antigone évoque-t-il une tenue de mariée ? b) En relisant attentivement les extraits, expliquez le choix d’un tel costume.



2
a) De quelle couleur le décor est-il ? b) Que symbolise traditionnellement cette couleur ?



3
Lors de la mise en scène, le plateau se relevait en s’inclinant peu à peu. À votre avis, quel est l’effet recherché ?



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2. Jean Cocteau



JEAN COCTEAU

(vers 1889-1963)


JEAN COCTEAU (vers 1889-1963) est un poète, dramaturge, dessinateur et cinéaste français.

JEAN COCTEAU, Antigone

Cocteau a adapté la pièce de Sophocle en 1922 et réécrit ici le monologue d’Antigone au seuil de la mort.

  ANTIGONE. – Adieu. Qu’on me vole ma part de vie. Je vais revoir mon père, ma mère, Étéocle. Quand vous êtes morts je vous ai lavés, je vous ai fermé les yeux. Je t’ai aussi fermé les yeux, Polynice – et j’ai eu raison. Car jamais je n’aurais fait cet effort mortel pour des enfants ou un époux. Un époux, un autre peut le remplacer. Un fils, on peut en concevoir un autre. Mais, comme nos parents sont morts, je ne pouvais espérer des frères nouveaux. C’est en vertu de ce principe que j’ai agi, qu’on me frappe, que Créon me prive du mariage et de la maternité.


JEAN COCTEAU, Antigone, in Théâtre complet, Bibliothèque de la Pléiade, © Éditions Gallimard, 1922.

Antigone

100% Numérique

Retrouvez une répétition d’Antigone par le théâtre de la Chamaille à Nantes.

3. Bertold Brecht



BERTOLT BRECHT

(vers 1898-1956)


BERTOLT BRECHT (vers 1898-1956) est un dramaturge et metteur en scène allemand.

BERTOLT BRECHT, Antigone

Voici l’adaptation de Brecht, datée de 1947.

  ANTIGONE. – Hommes de la cité de mes pères,
Je parcours mon dernier chemin,
Pour la dernière fois je regarde
L’éclat du soleil. C’est donc vrai,
Je ne le verrai plus jamais ?
Celui qui ferme pour toujours
Les yeux des hommes, le dieu des morts,
Me conduit vivante à l’Achéron1.
Et je vais, sans voile de noces,
Sans cortège ni chant de fête,
Moi, fiancée de l’Achéron.


BERTOLT BRECHT, Antigone, © L’Arche Éditeur, traduction de Maurice Regnaut, 1962.

1. Le fleuve qui mène aux Enfers dans la mythologie grecque.

4. Jean Anouilh


JEAN ANOUILH

JEAN ANOUILH

(1910-1987)


JEAN ANOUILH (1910-1987) est un dramaturge qui puise souvent son inspiration dans les mythes et tragédies de l’Antiquité (Eurydice, Antigone, Médée). Antigone est l’une de ses pièces majeures. Elle a été mise en scène pour la première fois en 1944, sous l’occupation allemande, et a connu un grand succès.

JEAN ANOUILH, Antigone

Antigone a refusé de dire « oui ». Restée seule avec le garde chargé de la surveiller, elle apprend comment elle doit mourir : elle sera emmurée vivante.

  ANTIGONE. – Ô tombeau ! Ô lit nuptial ! Ô ma demeure souterraine !... (Elle est toute petite au milieu de la grande pièce nue. On dirait qu’elle a un peu froid. Elle s’entoure de ses bras. Elle murmure.) Toute seule...
[Elle se décide à dicter une lettre d’adieu au garde.]
Écris : « Mon chéri... »
  LE GARDE, qui a pris son carnet et suce sa mine. – C’est pour votre bon ami ?
  ANTIGONE. – Mon chéri, j’ai voulu mourir et tu ne vas peut-être plus m’aimer...
  LE GARDE, répète lentement de sa grosse voix en écrivant. – « Mon chéri, j’ai voulu mourir et tu ne vas peut-être plus m’aimer... »
  ANTIGONE. – Et Créon avait raison, c’est terrible, maintenant, à côté de cet homme, je ne sais plus pourquoi je meurs. J’ai peur...
  LE GARDE, qui peine sur sa dictée. – « Créon avait raison, c’est terrible... »
  ANTIGONE. – Oh ! Hémon, notre petit garçon. Je le comprends seulement maintenant combien c’était simple de vivre...
  LE GARDE, s’arrête. – Eh ! Dites, vous allez trop vite. Comment voulez-vous que j’écrive ? Il faut le temps tout de même...
  ANTIGONE. – Où en étais-tu ?
  LE GARDE, se relit. – « C’est terrible maintenant à côté de cet homme... »
  ANTIGONE. – Je ne sais plus pourquoi je meurs.
  LE GARDE, écrit, suçant sa mine. – « Je ne sais plus pourquoi je meurs... » On ne sait jamais pourquoi on meurt.
  ANTIGONE, continue. – J’ai peur... (Elle s’arrête. Elle se dresse soudain.) Non. Raye tout cela. Il vaut mieux que jamais personne ne le sache. C’est comme s’ils devaient me voir nue et me toucher quand je serais morte. Mets seulement : « Pardon. » [...] Pardon, mon chéri. Sans la petite Antigone, vous auriez tous été bien tranquilles. Je t’aime... [...]
  LE GARDE. – C’est une drôle de lettre.
  ANTIGONE. – Oui, c’est une drôle de lettre.


JEAN ANOUILH, Antigone, © Éditions de la Table ronde, 1946.

La lettre d’Antigone

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Les textes

COMPÉTENCE - J'établis des liens entre des productions littéraires et artistiques issues de cultures et d'époques diverses

Sophocle (⇧)

1
Antigone regrette-t-elle d’avoir renoncé à épouser Hémon et d’avoir fait passer son bonheur personnel après son devoir ? Répondez de manière précise.



2
Quel registre domine dans cet extrait ? Justifiez votre réponse.



Anouilh (⇧)

3
Relisez le début de l’extrait. Que remarquez-vous ?



4
a) Quel personnage Anouilh ajoute-t-il ? b) Quel effet sa présence produit-elle ? Atténue-t-elle le pathétique, ou au contraire l’accentue-t-elle ? Répondez de manière précise et nuancée.



Comparaison des quatre versions

5
Parmi les versions de Cocteau, Brecht et Anouilh, laquelle vous semble la plus proche du texte de Sophocle ? Observez le fond (ce qui est dit), mais aussi la forme (le style d’écriture).



6
Quelle version vous semble la plus éloignée de celle de Sophocle ?



7
Quelle version vous touche le plus ? Pourquoi ?



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