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Les dangers de la mer
P.105-107

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Les dangers de la mer




HOMÈRE

HOMÈRE

(VIIIe s. av. J.‑C.)


HOMÈRE (VIIIe s. av. J.‑C.) serait un aède (poète chanteur), pauvre et aveugle, qui aurait vécu au VIIIᵉ av. J.-C. Il serait surtout l’auteur de l’Iliade et l’Odyssée, deux immenses poèmes qui racontent les aventures et les exploits de héros antiques.

HOMÈRE, Odyssée

Circé met en garde Ulysse contre les dangers qui les attendent. Tout d’abord, ils devront passer près de l’ile des Sirènes, ces femmes oiseaux qui envoûtent les hommes par leur chant mélodieux ; « autour d’elles, des amas d’os humains se décomposent enrobés de chairs qui pourrissent. » Puis il leur faudra faufiler leur bateau dans un passage gardé par deux monstres terrifiants : Charybde et Scylla. Une fois en mer, Ulysse rapporte à ses compagnons les paroles de Circé.

  « Elle nous avertit d’abord d’éviter le chant des mélodieuses Sirènes et leurs prairies fleuries. Moi seul, selon elle, pourrai écouter leurs voix mais il faut que vous m’attachiez pour que je sois incapable de bouger et que je reste debout, plaqué contre le mât par des cordes solides. Et si je vous supplie ou vous ordonne de me délier, alors attachez-moi avec plus de cordes encore. » […]
  Avec mon glaive1 acéré, je coupai en petits morceaux une grosse boule de cire d’abeilles et les malaxai de mes mains puissantes ; la cire se réchauffait vite grâce à la grande force que j’exerçais et à l’éclat du Soleil, le royal Hypérion2. J’en mis successivement dans les oreilles de tous mes compagnons. Eux me lièrent les mains et les pieds puis m’attachèrent debout contre le mât puis, assis à la file, ils frappèrent de leurs rames en cadence les flots blanchis par l’écume. Nous étions à la distance où porte un cri, lancés à toute allure, lorsque les Sirènes s’aperçurent qu’un vaisseau3 rapide les frôlait et entonnèrent leur chant clair :
  « Viens donc nous rejoindre, illustre4 Ulysse, grande gloire des Achéens5, arrête ton navire, écoute nos voix. Jamais navigateur n’a continué plus loin sur son vaisseau noir sans avoir écouté les sons mélodieux qui sortent de nos bouches ; celui qui s’attarde ici repart charmé et plus savant. Nous savons tous les maux que dans la vaste Troie les Argiens6 et les Troyens ont endurés par la volonté des dieux et nous savons tout ce qui survient sur la terre nourricière. »
  Ainsi parlaient-elles en diffusant leur voix sublime, et mon cœur ne désirait qu’une chose : les écouter plus longtemps. D’un froncement de sourcils, je demandai à mes compagnons de me délier mais ils s’arc-boutaient7 et ramaient de plus belle. Périmède et Euryloque bondirent aussitôt pour m’attacher avec des liens plus nombreux et plus serrés. Quand les Sirènes furent derrière nous, et qu’on n’entendit plus ni leur voix ni leur chant, mes fidèles compagnons ôtèrent vite la cire dont j’avais bouché leurs oreilles et me libérèrent de mes liens.
  À peine avions-nous quitté l’île, que j’aperçus de la fumée et d’énormes vagues accompagnées d’un grondement. […]
  Nous traversâmes en gémissant le détroit : d’un côté Scylla, de l’autre la divine Charybde qui aspirait avec un bruit terrible l’eau salée de la mer. Quand elle la vomissait, l’eau secouée bouillonnait comme un chaudron sur un grand feu et l’écume jaillissante retombait sur le sommet des deux rochers. Mais lorsqu’elle engloutissait les flots salés, on ne voyait qu’un tourbillon à l’intérieur, et les alentours du rocher retentissaient d’un horrible vacarme. Au fond, on apercevait la terre et le bleu sombre du sable. Une terreur blême s’empara des hommes. Redoutant la mort, nous fixions tous le récif8 quand soudain Scylla arracha du navire six de mes compagnons, les six meilleurs par l’agilité et la force. Tournant les yeux vers le vaisseau rapide et vers mes compagnons, j’aperçus les pieds et les mains des six hommes emportés dans les airs, loin au-dessus de nous. Ils criaient et hurlaient mon nom pour la dernière fois, le cœur terrorisé. […] Scylla les dévorait à l’entrée de sa caverne tandis qu’ils hurlaient et tendaient les mains vers moi dans leur lutte désespérée. De tout ce que j’ai enduré dans mon exploration des chemins de la mer, ce fut le spectacle le plus pitoyable dont mes yeux furent témoins.


HOMÈRE, Odyssée, chant XII, traduction d’Hélène Tronc, © Éditions Gallimard, 2009.


1. Épée courte.
2. L’un des douze Titans (divinités qui ont été détrônées par les dieux de l’Olympe) ; Hypérion est assimilé au soleil..
3. Bateau.
4. Célèbre.
5. Grecs.
6. Grecs.
7. prenaient solidement appui (sur leurs rames).
8. Obscurité.

Ulysse et les Sirènes

Stamnos (vase dans lequel était conservé le vin) à figures rouges

Scylla attaquant le vaisseau d’Ulysse

Ulysse et les Sirènes

Ulysse et les Sirènes

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Exercice 1 : Le texte

Les Sirènes

1
Comparez les Sirènes de la mythologie antique à celles des contes merveilleux. Quels sont leurs points communs et leurs différences ?



2
a) Pourquoi les Sirènes sont-elles dangereuses ? b) Comment Ulysse le sait-il ?



3
De quelle manière Ulysse protège-t-il ses hommes des Sirènes ?



4
a) Quelles précautions Ulysse prend-il pour lui-même ? b) Pourquoi Ulysse ne se protège-t-il pas de la même manière que ses hommes ?



5
Les Sirènes parviennent-elles : a) à charmer Ulysse ? b) à le faire tomber dans leurs griffes ? Justifiez vos réponses.



Charybde et Scylla

6
Quel danger représente Charybde ?



7
Quel sentiment s’empare des hommes quand ils passent près de ce monstre ? Justifiez en citant le texte.



8
Comment qualifieriez-vous la scène avec Scylla ? Relevez des mots et expressions qui justifient votre réponse.



Synthèse

9
Comparez l’épreuve des Sirènes à celle de Charybde et Scylla. Observez notamment l’atmosphère des lieux, les personnages, les dangers qu’ils représentent.



10
Quelles qualités Ulysse montre-t-il ?



11
À l’aide de cet extrait, expliquez ce que signifient aujourd’hui les expressions « tomber de Charybde en Scylla » et « céder au chant des Sirènes ».

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Exercice 2 : Les images

COMPÉTENCE - J'établis des liens entre différents domaines artistiques.


1
Comparez le vase au tableau de Waterhouse. Observez les dates de création de ces deux œuvres. Quelle œuvre s’inspire de l’autre ?



2
Quelles ressemblances et quelles différences remarquez-vous ?



3
Observez le tableau de H. J. Draper, Ulysse et les Sirènes, et décrivez-le. Que remarquez-vous ?

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