Chargement de l'audio en cours
Plus

Plus

« Sac à vin ! »
P.202-203

Mode édition
Ajouter

Ajouter

Terminer

Terminer

Texte et image


« Sac à vin ! »





MOLIÈRE

MOLIÈRE

(1622-1673)


MOLIÈRE (1622-1673) est à la fois auteur, comédien, directeur de troupe et metteur en scène. Il rencontre un immense succès grâce à ses comédies, notamment Le Médecin malgré lui, L’Avare, Le Bourgeois gentilhomme ou encore Le Malade imaginaire. Encore aujourd’hui, il est le dramaturge le plus joué en France et le dramaturge français le plus joué à l’étranger. On surnomme parfois la langue française la « langue de Molière ».

MOLIÈRE, Le Médecin malgré lui

Sganarelle, un bucheron, et sa femme Martine entrent sur scène en se disputant. Martine se demande comment elle a pu épouser un homme pareil, qui boit et qui dépense tout l’argent de la famille.

  SGANARELLE. – Ma femme, vous savez que je n’ai pas l’âme endurante1, et que j’ai le bras assez bon.
  MARTINE. – Je me moque de tes menaces.
  SGANARELLE. – Ma petite femme, ma mie2, votre peau vous démange, à votre ordinaire3.
  MARTINE. – Je te montrerai bien que je ne te crains nullement. [...] Crois-tu que je m’épouvante de tes paroles ?
  SGANARELLE. – Doux objet de mes voeux, je vous frotterai les oreilles.
  MARTINE. – Ivrogne que tu es !
  SGANARELLE. – Je vous battrai.
  MARTINE. – Sac à vin !
  SGANARELLE. – Je vous rosserai4.
  MARTINE. – Infâme !
  SGANARELLE. – Je vous étrillerai4.
  MARTINE. – Traître, insolent, trompeur, lâche, coquin, pendard, gueux, belître, fripon, maraud5, voleur… !
  SGANARELLE. - Il prend un bâton, et lui en donne. – Ah ! vous en voulez donc ?
  MARTINE. – Ah ! ah ! ah ! ah !
  SGANARELLE. – Voilà le vrai moyen de vous apaiser.

  [Martine réfléchit au meilleur moyen de se venger de son mari. Deux hommes arrivent.]

  MARTINE. – Oui, il faut que je m’en venge à quelque prix que ce soit : ces coups de bâton me reviennent au coeur, je ne les saurais digérer, et... (Elle dit tout ceci en rêvant, de sorte que, ne prenant pas garde à ces deux hommes, elle les heurte en se retournant, et leur dit) Ah ! Messieurs, je vous demande pardon, je ne vous voyais pas et cherchais dans ma tête quelque chose qui m’embarrasse.
  VALÈRE. – Chacun a ses soins6 dans le monde et nous cherchons aussi ce que nous voudrions bien trouver.
  MARTINE. – Serait-ce quelque chose, où je vous puisse aider ?
  VALÈRE. – Cela se pourrait faire, et nous tâchons de rencontrer quelque habile homme, quelque médecin particulier, qui pût donner quelque soulagement à la fille de notre maître, attaquée d’une maladie qui lui a ôté, tout d’un coup, l’usage de la langue. Plusieurs médecins ont déjà épuisé toute leur science après elle. [...]
  MARTINE dit ces premières lignes bas. – Ah ! que le Ciel m’inspire une admirable invention pour me venger de mon pendard. (Haut.) Vous ne pouviez jamais vous mieux adresser, pour rencontrer ce que vous cherchez, et nous avons ici, un homme, le plus merveilleux homme du monde, pour les maladies désespérées. [... Mais] il n’avouera jamais qu’il est médecin, [... à moins] que vous ne preniez, chacun, un bâton, et ne le réduisiez à force de coups, à vous confesser7 à la fin, ce qu’il vous cachera d’abord. C’est ainsi que nous en usons, quand nous avons besoin de lui.
  VALÈRE. – Voilà une étrange folie !
  MARTINE. – Il est vrai. Mais après cela, vous verrez qu’il fait des merveilles.
  VALÈRE. – Comment s’appelle-t-il ?
  MARTINE. – Il s’appelle Sganarelle.


MOLIÈRE, Le Médecin malgré lui, acte I, scènes 1 et 4, 1666.

1. Patiente.
2. Déformation de m’amie : mon amie.
3. Comme à votre habitude.
4. Je vous battrai.
5. Ces mots sont des insultes.
6. Soucis.
7. Avouer.

100% Numérique

Retrouvez le début de la pièce mis en scène par Jean Meyer.
Voir les réponses

Le texte

COMPÉTENCE - Je distingue oral et écrit

Une scène de ménage (l. 1 « SGANARELLE. – Ma femme » à l. 20 « de vous apaiser.» )

1
Que font Martine et Sganarelle dans cette scène ? Justifiez.



2
a) Se tutoient-ils ou se vouvoient-ils ? b) Trouvez une explication à ce que vous constatez.



3
Qui semble le mieux garder son sang-froid ? Observez la ponctuation.



4
a) Comment Sganarelle fait-il taire Martine ? b) Pouvait-on s’y attendre ? Justifiez votre réponse.



La vengeance de Martine (l. 23 « MARTINE. – Oui, il faut » à l. 52 « Il s’appelle Sganarelle. »)

5
a) Que cherchent les deux hommes que Martine rencontre ? b) Qui sont-ils ?



6
a) Sganarelle est-il médecin ? b) Que répond Martine aux deux hommes ? Pourquoi ?



7
Quelle bizarrerie invente-t-elle pour pimenter la situation ?



Une comédie

8
« Le plus merveilleux homme du monde » (l. 41) dit Martine à propos de son mari. a) Le pense-t-elle vraiment ? b) Pourquoi dit-elle cela ? c) Pourquoi est-ce comique ?



9
a) À qui s’adresse-t-elle aux lignes 38 et 39 (« – Ah ! que le Ciel m’inspire une admirable invention pour me venger de mon pendard. ») ? b) Pourquoi peut-on dire que ces répliques rendent le spectateur complice de sa ruse ?



10
Quelles sont les deux intrigues qui sont annoncées au début de cette pièce ?

Voir les réponses

Le Médecin malgré lui

Voir les réponses

L’image

1
À quel moment de la pièce l’image correspond-elle ?



2
Comparez cette situation avec la fin de la scène entre Martine et Sganarelle (l. 17 « SGANARELLE. - Il prend un bâton, et lui en donne. » à l. 20 « de vous apaiser. »).



Voir les réponses
Utilisation des cookies
En poursuivant votre navigation sans modifier vos paramètres, vous acceptez l'utilisation des cookies permettant le bon fonctionnement du service.
Pour plus d’informations, cliquez ici.