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L'aveuglement du cyclope Polyphème
P.98-99

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L'aveuglement du cyclope Polyphème




HOMÈRE

HOMÈRE

(VIIIe siècle av. J.-C.)


HOMÈRE (VIIIe siècle av. J.-C.) serait un aède (poète chanteur), pauvre et aveugle, qui aurait vécu au VIIIe av. J.-C. Il serait surtout l’auteur de l’Iliade et l’Odyssée, deux immenses poèmes qui racontent les aventures et les exploits de héros antiques.

HOMÈRE, Odyssée

La guerre de Troie est terminée. Ulysse rentre enfin chez lui, avec ses compagnons. Après une escale sur l’ile des Lotophages où Ulysse perd un grand nombre de ses compagnons, il se retrouve au pays des Cyclopes. Le voici enfermé dans la grotte du cyclope Polyphème, fils de Poséidon, qui a déjà dévoré plusieurs de ses camarades. Ulysse a l’idée d’enivrer le cyclope pour l’endormir et il lui fait croire que son nom est « Personne ».

  Le sommeil, invincible dompteur, le gagne. De sa gorge, du vin jaillit ainsi que des morceaux de chair humaine ; et il rote, l’ivrogne !
  J’enfouis alors le pieu sous l’abondante cendre pour le chauffer ; j’encourage de mes propos mes compagnons, afin qu’aucun, de peur, ne défaille. Mais, quand bientôt le pieu d’olivier dans le feu rougeoyant, quoique vert, jette une lueur terrible, m’approchant, je l’en retire. Mes compagnons étaient autour de moi ; un dieu nous insufflait un grand courage. Eux, s’emparant du pieu d’olivier acéré, l’enfoncent dans l’œil. Moi, appuyant dessus de tout mon poids, je le fais tourner [...] ; ainsi, tenant dans l’œil le pieu affûté à la flamme, nous tournons, et le sang coule autour du pieu brûlant. Partout sur la paupière et le sourcil grille la prunelle en feu. [...] Il pousse un rugissement, la roche en retentit, nous nous enfuyons apeurés ; alors, il arrache de l’œil le pieu sanglant, le jette loin de lui de ses mains, affolé, et à grands cris appelle les Cyclopes qui habitaient dans les grottes des alentours, sur les cimes venteuses1.
  En entendant ses cris, ils accourent de partout et, debout devant la grotte, lui demandent la cause de sa peine :
  « Quel mal t’accable, Polyphème, pour que tu cries ainsi dans la nuit immortelle, et nous empêches de dormir ? Serait-ce qu’on te tue par la ruse ou la force ? »
  Du fond de l’antre2, le grand Polyphème s’écrie : « Par ruse, et non par force, amis ! Mais qui me tue ? Personne ! »
  Les autres répondent avec ces mots ailés : « Personne ? ... contre toi, pas de force ? ... tout seul ? ... C’est alors quelque mal qui vient du grand Zeus, et nous n’y pouvons rien : invoque Poséidon, notre roi, notre père ! »
  À ces mots ils s’en vont et je riais tout bas : c’était mon nom de Personne et mon esprit habile qui l’avaient abusé.
  Gémissant, torturé de douleurs, le Cyclope, en tâtonnant des mains, était allé lever le rocher du portail, puis il s’était assis en travers de l’entrée, les deux mains étendues pour nous prendre au passage, si nous voulions sortir dans le flot des moutons [...]. Et voici le projet que je crus le plus sage. Ses béliers étaient là, des mâles bien nourris, à l’épaisse toison. Sans bruit, avec l’osier, qui servait de lit à ce monstre infernal, j’avais fait des liens. J’attache les béliers ensemble, trois par trois : la bête du milieu porterait l’un de mes gens ; les autres marchant à ses côtés, sauveraient mes hommes. [...]
  [Ils patientent jusqu’au lendemain où Polyphème sort son troupeau sans se rendre compte de la supercherie. Une fois qu’Ulysse a embarqué avec ses compagnons à bord de leurs navires, celui-ci ne peut s’empêcher de s’écrier :]
  « Cyclope, si jamais homme mortel te demande qui t’infligea la honte de te crever l’œil, dis-lui que c’est Ulysse, le pilleur de Troie, le fils de Laerte, qui a sa demeure en Ithaque. »
  [Ce à quoi Polyphème répond :] « Exauce-moi, Poséidon, maître de la terre, dieu à la chevelure d’azur. Si je suis vraiment ton fils et si tu prétends être mon père, accorde-moi que jamais il ne revienne en sa maison, cet Ulysse, le pilleur de Troie, le fils de Laerte, qui a sa demeure en Ithaque. »


HOMÈRE, Odyssée, chant IX, vers 216 à 442, traduction de Victor Bérard, 1931, adaptée par Marie Blieck.


1. Exposées au vent.
2. Grotte.

Ulysse offre une coupe
 de vin au cyclope
 Polyphème

Ulysse et ses compagnons aveuglant Polyphème

100% Numérique

Retrouvez un épisode des Mille et Une Nuits inspiré par ce récit. 
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Questions

COMPÉTENCE - Je comprends et j'interprète un texte littéraire.


Au pays des Cyclopes

1
Qui est le narrateur de cet épisode ? Justifiez votre réponse en citant le texte.



2
a) Où vit Polyphème ? b) Quel est son métier ?



3
Qu’est-ce qu’un cyclope ? Précisez sa particularité physique et ce qu’il aime manger en citant le texte.



Le rusé Ulysse

4
Dans quel état est le Cyclope au début de ce texte ? Pourquoi ?



5
a) Quelle arme Ulysse utilise-t-il ensuite pour l’affronter ? b) Comment s’en sert-il avec ses compagnons ?



6
Repérez au moins trois éléments soulignant l’horreur de la scène de la ligne 3 (« J’enfouis alors le pieu ») à la ligne 16 (« sur les cimes venteuses. »).



7
Quel stratagème Ulysse utilise-t-il le lendemain pour réussir à s’enfuir ?



Une étape décisive

8
Pourquoi les autres cyclopes ne viennent-ils pas en aide à Polyphème lorsqu’ils l’entendent hurler de douleur ?



9
a) Que ne peut s’empêcher de faire Ulysse une fois qu’il est hors de danger ? b) Pourquoi selon vous ?



10
Quelle conséquence va avoir cet épisode sur la suite du voyage d’Ulysse ?

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