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Roland sonne l'olifant
P.354-355

Texte et image


Roland sonne l'olifant




Objectif

Je réfléchis aux forces et aux faiblesses du héros.

ANNE-MARIE CADOT-COLIN, La Chanson de Roland

  L’empereur Charlemagne a conquis l’Espagne et rentre en France. Roland, son neveu, mène le groupe qui ferme la marche ; mais il est trahi par Ganelon, un chevalier jaloux de lui, et tombe dans un guet-apens de leurs ennemis. Roland refuse d’appeler au secours.

  La bataille est prodigieuse et acharnée. Les Francs se battent avec violence et fureur. Ils tranchent les poings, les flancs, les échines, les vêtements jusqu’aux chairs vives. Sur l’herbe verte, le sang coule à flots. [...]
  Aux quatre premiers assauts, les Francs l’ont emporté, mais le cinquième est rude et pénible pour eux. Ils sont tous tués, sauf soixante d’entre eux, que Dieu a épargnés. Avant de mourir, ils vendront cher leur vie.
  Le comte Roland voit le carnage des siens. Il appelle Olivier, son compagnon : [...]
  « Je sonnerai l’olifant1, et Charlemagne l’entendra. Je vous le jure, les Francs reviendront.
  – Le déshonneur sera pour nous, et la honte sur nos lignages2, rétorque Olivier. Quand je vous l’ai demandé, vous n’avez pas voulu le faire. Le roi présent, nous n’aurions pas eu ces pertes. [...]
  – Notre bataille a été rude, mes deux bras sont tout sanglants d’avoir porté tant de coups. [...]
  – C’est votre faute : vous avez confondu vaillance et folie. La mesure vaut mieux que la témérité. Les Francs sont morts à cause de votre inconscience. Jamais plus nous ne servirons Charlemagne. Votre vaillance, Roland, nous a été fatale ! [...] »
  L’archevêque3 les entend se quereller. Il s’approche d’eux et les blâme :
  « Seigneur Roland, et vous, Olivier, au nom de Dieu, cessez votre dispute ! Sonner du cor ne peut nous servir à rien, mais il faut le faire cependant : le roi viendra avec ses Francs, et il nous vengera. Quand nos compagnons mettront pied à terre, ils nous trouveront morts et taillés en pièces. Ils nous mettront en bière et pleureront de douleur et de pitité ; puis ils nous enterreront dans des cimetières bénis, où les loups et les chiens ne pourront nous dévorer.
  – C’est bien parlé, seigneur », dit Roland.
  Roland a porté l’olifant à ses lèvres. Il l’embouche, sonne de tout son souffle. Hauts sont les monts, et le son porte loin. Sur trente lieues4 on l’entend résonner. Charlemagne l’entend, avec toute son armée. [...]
  L’empereur fait sonner ses cors. Les Francs mettent pied à terre et s’équipent. Ils ont de bons hauberts, des épées et des heaumes ornés d’or, des épieux solides, et des gonfanons blancs et vermeils. Ils sont montés sur leurs destriers et piquent des éperons durant toute la traversée des cols. [...]
  Les clairons sonnent, derrière et devant, répondant à l’olifant. L’empereur chevauche, bouillant de colère. Sur son haubert est déployée sa barbe blanche. Les Francs le suivent, remplis de fureur et de chagrin. Ils prient Dieu de conserver Roland en vie jusqu’à ce qu’ils arrivent au champ de bataille. Mais à quoi bon ? C’est inutile. Ils sont partis trop tard et ne pourront arriver là-bas à temps. [...]
  Soixante mille clairons sonnent de toute leur puissance. Les monts retentissent et les vallées leur répondent. Les païens5 l’entendent. Ils ne le prennent pas à la légère et se disent entre eux : « Charlemagne ne va pas tarder à être sur nous ! [...] »
  Pleins de colère et de fureur, les païens s’enfuient.

ANNE-MARIE CADOT-COLIN, La Chanson de Roland, © Le livre de poche jeunesse, 2015.

1. Cor taillé dans une défense d’éléphant.
2. Familles.
3. Membre haut placé du clergé.
4. Environ cent kilomètres.
5. Péjoratif : ceux qui ne suivent pas la bonne religion.


Anonyme


La Chanson de Roland est anonyme. L’un des manuscrits est signé par un certain Turold, mais on ne sait pas s’il est l’auteur ou un copiste.

Olifant attribué à Roland

La chanson de geste

Une chanson de geste (du latin gesta : « actions accomplies ») est un long poème rapportant les exploits des héros. Si elle s’inspire de faits historiques, l’objectif n’est pas de délivrer un cours d’histoire, mais de célébrer la nation française qui
est en train de se construire.
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Le texte

COMPÉTENCE - J'interprète des textes littéraires en situant l'œuvre dans son contexte littéraire et historique

Roland, un héros ?

1
a) Comment la bataille est-elle décrite dans le premier paragraphe ? b) Relevez une hyperbole.



2
Que reproche Olivier à Roland ? Reformulez avec vos propres mots.



3
Selon vous, Roland s’est‑il comporté en héros en refusant d’appeler à l’aide ?



4
Pourquoi l’archevêque souhaite-t-il que Roland appelle Charlemagne ? Donnez deux raisons.



Une chanson de geste

5
a) Comment l’armée de Charlemagne est‑elle décrite à la fin du texte ? b) Quels sentiments cette description suscite-t-elle ?



6
a) De quelle manière les « païens » réagissent-ils en entendant arriver Charlemagne et ses hommes ? b) Pourquoi ?



7
Cette chanson de geste est inspirée de faits historiques : au VIIIᵉ siècle, l’armée de Charlemagne est attaquée par des Basques. Au XIᵉ siècle, les auteurs transforment ces Basques en musulmans. a) Recherchez ce que sont les croisades. b) À votre avis, pourquoi les auteurs ont-ils fait cette modification ?



8
Quelle place le texte donne‑t‑il à la religion ?



9
Synthèse. Après avoir lu le Repère, expliquez quelles caractéristiques de la chanson de geste sont présentes dans cet extrait.


La Chanson de Roland
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L’image

1
Comment Roland est-il mis en valeur ?



2
Comment est montrée la situation terrible dans laquelle il se trouve ? Observez les éléments qui entourent le personnage.



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