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Sujet brevet 4
P.140-141

Brevet


Sujet brevet 4




J’aurais voulu être...

Âgé de treize ans, le jeune Romain rêve d’une grande carrière artistique. Soutenu par sa mère, il décide, après d’autres tentatives, de se lancer dans la littérature.

  C’est ainsi que la musique, la danse et la peinture successivement écartées, nous nous résignâmes à la littérature [...]. Il ne nous restait plus maintenant, pour donner à nos rêves un début de réalisation, qu’à nous trouver un pseudonyme digne des chefs-d’oeuvre que le monde attendait de nous. Je restais des journées entières dans ma chambre à noircir du papier de noms mirobolants1. Ma mère passait parfois la tête à l’intérieur pour s’informer de l’état de mon inspiration. [...]
  – Alors ? [...]
  – Alexandre Natal. Armand de La Terre. Terral. Vasco de La Fernay...
  Cela continuait ainsi pendant des pages et des pages. Après chaque chapelet2 de noms, nous nous regardions,
et nous hochions tous les deux la tête. Ce n’était pas ça – ce n’était pas ça du tout. Au fond, nous savions fort bien, l’un et l’autre, les noms qu’il nous fallait – malheureusement ils étaient déjà tous pris. « Goethe » était déjà occupé, « Shakespeare » aussi, et « Victor Hugo » aussi. C’était pourtant ce que j’aurais voulu être pour elle, c’était cela que j’aurais voulu lui offrir. [...]
  – Roland de Chantecler, Romain de Mysore…
  – Il vaut peut-être mieux prendre un nom sans particule, s’il y a encore une révolution, disait ma mère.
  [...] Elle écoutait avec une attention un peu anxieuse, et je sentais bien qu’aucun de ces noms ne lui suffisait, qu’aucun n’était assez beau pour moi. Peut-être cherchait-elle simplement à me donner courage et confiance dans mon destin. Sans doute savait-elle combien je souffrais d’être encore un enfant, de ne rien pouvoir pour elle [...].
  – Roland Campéador, Alain Brisard, Hubert de Longpré, Romain Cortès.
  Je voyais bien à ses yeux que ce n’était pas encore ça, et j’en venais à me demander sérieusement si j’arriverais jamais à lui donner satisfaction. Bien plus tard, lorsque pour la première fois j’entendis à la radio le nom du général de Gaulle, au moment de son fameux appel, ma première réaction fut un mouvement de colère parce que je n’avais pas songé à inventer ce beau nom quinze ans plus tôt : Charles de Gaulle, cela aurait sûrement plu à ma mère, surtout si je l’avais écrit avec un seul « l ». La vie est pavée d’occasions perdues.


ROMAIN GARY, La Promesse de l’aube, première partie, chapitre 3, © Éditions Gallimard, 1960.

1. Sensationnels.
2. Objet religieux, collier composé de perles, utilisé pour compter les prières à réciter.

Un coin de table

Un coin de table

Zoom sur la 1ᵉ partie de l'épreuve (1 h)

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Questions (20 points)

1
Quel est le lien entre l’auteur, le narrateur et le personnage principal de cet extrait ? Justifiez votre réponse. (1 point)



2
a) Qui est désigné par le pronom personnel « nous » dans le premier paragraphe et par la suite ? b) Quel est l’effet créé par l’emploi de ce pronom ? (1,5 point)



3
a) Pourquoi est-il essentiel pour l’enfant de se trouver un pseudonyme ? Citez le texte pour répondre. b) Quel rôle la mère joue-t-elle dans cette quête ? (2 points)



4
Dans l’expression « après chaque chapelet de noms » (l. 8), quelle est la figure de style utilisée ? (0.5 point)









5
a) Qui sont les personnages dont les noms sont « déjà pris » (l. 10) ? b) D’après ces noms, que rêve de devenir le jeune Romain ? (2 points)



6
a) À votre avis, pourquoi un pseudonyme comme Charles de Gaulle aurait-il plu à la mère ? b) Quel sens aurait-il eu avec un seul « l » ? (2 points)



7
a) Expliquez la formation du mot « malheureusement » (l. 10). b) Donnez sa classe grammaticale. c) Relevez dans le texte un mot de la même classe et formé à l’identique. (1,5 point)



8
Expliquez la remarque de la mère : « Il vaut peut-être mieux prendre un nom sans particule, s’il y a encore une révolution. » (l. 14) (1,5 point)



9
a) « La vie est pavée d’occasions perdues » (l. 24) : à quel temps est conjugué le verbe de cette phrase ? b) Quelle est ici la valeur de ce temps ? c) Expliquez avec vos propres mots ce que veut dire l’auteur. (2,5 points)



10
a) Relevez deux expressions qui montrent que le narrateur exagère, se moquant ainsi de lui-même. b) Quelle est la tonalité de ce passage ? c) Comment Gary considère-t-il l’enfant qu’il a été ? (3,5 points)



11
À propos de l’image. À votre avis, Romain Gary aurait-il aimé figurer dans ce tableau, qui représente l’élite intellectuelle des années 1870 (on reconnait notamment Verlaine et Rimbaud en bas à gauche) ? Justifiez votre réponse. (2 points)



Méthode pour les questions


  • Les questions d’ordre lexical portent sur le sens des mots. On peut vous demander de rechercher des synonymes, des antonymes ou des homonymes, d’expliquer la construction d’un mot (radical, préfixe, suffixe), de proposer des dérivés, de distinguer champ lexical et champ sémantique. Il faut donc que vous connaissiez ces notions.
  • Pour rappel. Les mots simples ne peuvent pas être décomposés. Les mots dérivés sont constitués d’un radical (noyau) auquel s’ajoute(nt) un ou des préfixe(s) et/ou un ou des suffixe(s). Le préfixe est placé avant le radical et ne change pas la classe grammaticale du mot. Le suffixe est placé après et peut changer la classe grammaticale du mot. Les mots composés sont formés de deux mots simples, qui sont soit soudés l’un à l’autre, soit reliés par un trait d’union, soit reliés par une préposition. Voir aussi Fiches Lexique p. 246, 258 et 260.
  • Lorsque vous citez des mots, n’oubliez pas de les placer entre guillemets. Si vous citez des mots du texte, précisez la ligne entre parenthèses.
  • Vos réponses doivent être entièrement rédigées : pour vous aider, reprenez les termes de la question.

2ᵉ partie : rédaction et maitrise de la langue (2 h)

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Dictée et réécriture (10 points)

100% numérique

1
Dictée : Romain GARY, La Promesse de l’aube, 1960. Les dictées des brevets blancs sont regroupées p. 358-361.

Vingt ans sont passés et l’homme que je suis, depuis longtemps abandonné de sa jeunesse, se souvient avec beaucoup moins de gravité et un peu plus d’ironie de celui que je fus alors avec tant de sérieux, tant de conviction. Nous nous sommes tout dit et pourtant il me semble que nous nous connaissons à peine. Était-ce vraiment moi, ce garçon frémissant et acharné, si naïvement fidèle à un conte de nourrice et tout entier tendu vers quelque merveilleuse maitrise de son destin ? Ma mère m’avait raconté trop de jolies histoires, avec trop de talent [...], nous nous étions fait trop de promesses et je me sentais tenu. Avec, au cœur, un tel besoin d’élévation, tout devenait abime et chute.

R. Gary, La Promesse de l’aube, 1960.



2
Réécrivez le passage suivant en transposant le premier verbe au conditionnel présent et faites toutes les modifications nécessaires.



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Travail d’écriture (20 points)

100% numérique

Sujet de réflexion

Selon vous, est-ce important de pouvoir s'identifier à des modèles pour réaliser ses rêves d'avenir ou pensez-vous qu'il vaille mieux chercher à être différent ? Vous justifierez votre réponse à l'aide d'arguments, illustrés d'exemples précis, tirés de vos lectures, de votre culture personnelle ou de votre expérience.



Sujet d'invention

Comme le jeune Romain, vous avez rêvé d’un grand destin : racontez votre rêve d’enfant. Vous présenterez le cadre spatio-temporel, le domaine choisi, les pseudonymes envisagés et vos ambitions d’enfant. Vous rédigerez quelques phrases de dialogue dans lequel l’enfant que vous étiez explique ses choix à un adulte proche. Vous terminerez votre texte en laissant parler l’adolescent que vous êtes devenu et qui considère avec humour ses ambitions passés.



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