Dans l'imagination active de Jo, cette belle maison était une espèce de palais endormi [...]. Elle l'aperçut tout à coup à une de ses fenêtres, regardant avec des yeux tristes son jardin poudré à blanc1. [...]
« Le voici tout seul et malade, pensa Jo. Pauvre garçon ! ce n'est pas bien de le laisser ainsi. Je vais lui jeter une boule de neige, afin de l'encourager, et je lui dirai quelques mots d'amitié. »
Aussitôt pensé, aussitôt fait ; une boule de neige alla frapper la fenêtre ; la tête bouclée fit un mouvement de surprise [...]. Jo fit un petit signe de tête et, mettant son balai sur son épaule, lui cria :
« Comment vous portez-vous ? Êtes-vous malade ? »
Laurie, alors, ouvrit la fenêtre et répondit d'une voix aussi rauque que celle d'un corbeau :
« [...] Je suis enfermé ici depuis huit jours par ordre du médecin.
‑ J'en suis très fâchée2. Qu'est-ce que vous faites pour vous amuser ?
‑ Rien ! La maison est aussi triste qu'un tombeau.
‑ Vous ne lisez pas ?
‑ Pas beaucoup. On me le défend.
‑ Personne ne peut donc vous faire la lecture ?
‑ Si, quelquefois ! mais mes livres n'intéressent pas grand-papa, et je n'aime pas toujours demander à mon précepteur3.
‑ Vous avez donc un précepteur ?
‑ Oui. [...]
‑ Vous ne pouvez donc pas demander à quelque gentille petite fille de venir vous lire des histoires et vous amuser ? [...]
‑ Je n'en connais aucune.
‑ Vous me connaissez, répliqua Jo, qui s'arrêta et se mit à rire. [...] Je ne suis pas toujours gentille et tranquille, mais je viendrai si maman veut me le permettre. »
professeur particulier pour un enfant de famille noble.