‑ [...] Je me suis faufilée chez la mère Legourdin [...] et j'ai trouvé le tiroir où elle mettait ses affaires de gym...
‑ Continue, dit Matilda, fascinée. Qu'est-ce qui s'est passé ?
‑ Je m'étais fait envoyer par la poste du poil à gratter, reprit Hortense. [...] J'ai donc saupoudré l'intérieur de ses culottes et je les ai bien repliées dans le tiroir.
Hortense s'arrêta, le temps d'absorber un supplément de chips.
‑ Et ça a marché ? demanda Anémone.
‑ C'est-à-dire que deux ou trois jours après, reprit Hortense, pendant l'étude, Legourdin s'est mise à se gratter comme une dingue. Ah ! je me suis dit. Ça y est, elle s'est changée pour la gym. [...] Et là-dessus, la voilà qui se prend les fesses à pleines mains et sort en courant.
Anémone et Matilda étaient émerveillées. Pas d'erreur possible, elles se trouvaient en présence d'une championne, d'un crack de l'expérience. Et non seulement cette fille était la reine du coup tordu, mais elle était prête à risquer gros pour arriver à ses fins. Les deux petites contemplaient cette déesse avec admiration. Le bouton dont s'ornait son nez n'était plus une
disgrâce1, mais témoignait de son courage.
‑ Mais comment elle t'a attrapée, cette fois-là ? demanda quand même Anémone, haletante d'émotion.
‑ Elle n'y est pas arrivée, répondit Hortense, mais j'ai eu droit à l'Étouffoir quand même. [...]
‑ Mais c'est comme la guerre ! s'exclama Matilda, horrifiée.
‑ Tu parles que c'est la guerre ! cria Hortense. [...] Nous sommes les croisés, les vaillants paladins2 qui se battent presque à mains nues et, elle, Legourdin, c'est le prince des Ténèbres, c'est le démon du Mal, la Bête immonde [...].
1. Disgrâce : honte.
2. Paladins : chevaliers.