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Texte 5


Lettre d'un séducteur désabusé





Lettre d'un séducteur désabusé


Fait rare dans le roman, cette lettre suit une lettre du même expéditeur à la même destinataire. En effet, Valmont pensait avoir définitivement conquis madame de Tourvel et s’était empressé de partager sa joie avec la marquise, mais cette nouvelle lettre vient corriger la précédente.

Lettre C
Le Vicomte de Valmont à la Marquise de Merteuil

  Mon amie, je suis joué, trahi, perdu ; je suis au désespoir : Mme de Tourvel est partie. Elle est partie, et je ne l’ai pas su ! et je n’étais pas là pour m’opposer à son départ ! pour lui reprocher son indigne trahison ! Ah ! ne croyez pas que je l’eusse laissée partir ; elle serait restée ; oui, elle serait restée, eussé-je dû employer la violence. Mais quoi ! dans ma crédule1 sécurité, je dormais tranquillement ; je dormais et la foudre est tombée sur moi. Non, je ne conçois rien à ce départ ; il faut renoncer à connaître les femmes.
  Quand je me rappelle la journée d’hier ! que dis-je ? la soirée même ! Ce regard si doux ! cette voix si tendre ! et cette main serrée ! et pendant ce temps, elle projetait de me fuir ! Ô femmes, femmes ! plaignez-vous donc, si l’on vous trompe ! Mais oui, toute perfidie qu’on emploie est un vol qu’on vous fait. Quel plaisir j’aurai à me venger ! je la retrouverai, cette femme perfide ; je reprendrai mon empire sur elle. Si l’amour m’a suffi pour en trouver les moyens, que ne fera-t-il pas, aidé de la vengeance ? Je la verrai encore à mes genoux, tremblante et baignée de pleurs, me criant merci2 de sa trompeuse voix ; et moi, je serai sans pitié.
  Que fait-elle à présent ? que pense-t-elle ? Peut‑être elle s’applaudit de m’avoir trompé, et, fidèle aux goûts de son sexe, ce plaisir lui paraît le plus doux. Ce que n’a pu la vertu tant vantée, l’esprit de ruse l’a produit sans effort. Insensé ! je redoutais sa sagesse ; c’était sa mauvaise foi que je devais craindre.
  Et être obligé de dévorer mon ressentiment ! n’oser montrer qu’une tendre douleur, quand j’ai le cœur rempli de rage ! me voir réduit à supplier encore une femme rebelle, qui s’est soustraite à mon empire3 ! devais-je donc être humilié à ce point ? et par qui ? par une femme timide, qui jamais ne s’est exercée à combattre. À quoi me sert de m’être établi dans son cœur, de l’avoir embrasé de tous les feux de l’amour, d’avoir porté jusqu’au délire le trouble de ses sens, si, tranquille dans sa retraite, elle peut aujourd’hui s’enorgueillir de sa fuite plus que moi de mes victoires ? [...]
  Mais quelle fatalité m’attache à cette femme ? cent autres ne désirent-elles pas mes soins ? ne s’empresseront-elles pas d’y répondre ? Quand même aucune ne vaudrait celle-ci, l’attrait de la variété, le charme des nouvelles conquêtes, l’éclat de leur nombre, n’offrent-ils pas des plaisirs assez doux ? Pourquoi courir après celui qui nous fuit, et négliger ceux qui se présentent ? Ah ! pourquoi ?... Je l’ignore, mais je l’éprouve fortement. [...]

Du Château de... ce 3 octobre 17**.

Pierre Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, Troisième partie, Lettre C, 1782.


1. Confiante.
2. Demandant grâce, implorant ma pitié.
3. Domination, autorité.

Texte écho
Ovide, Les Remèdes à l’amour (Ier siècle après J.-C)

Le poète latin Ovide s’est érigé en spécialiste du domaine amoureux. Il livre, dans ses Remèdes à l’amour (Remedia amoris), des conseils à l’amant malheureux.

  Elle t’a dit de venir ; viens pour la nuit fixée. Tu es venu et la porte est close ; n’en sois point ému. Ne dis à la porte ni mots doux, ni insultes et ne couche point sur le seuil dur. Le lendemain, pas de plainte dans tes paroles et que ton visage ne laisse voir aucun signe de souffrance. Elle déposera bien vite son dédain, quand elle verra ta froideur ; voilà encore un service que tu devras à mon art.
  [...] Mais c’est un crime de haïr une femme qu’on chérissait la veille ; ce dénouement convient aux âmes féroces. Ne plus s’occuper d’elle suffit ; celui dont l’amour se termine dans la haine, ou bien aime encore ou bien aura du mal à cesser de souffrir.

Ovide, Les Remèdes à l’amour, Ier siècle après J.-C., trad. du latin de Henri Bornecque, 1924, Les Belles Lettres.
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Entrer dans le texte

1
Observez le rythme et la ponctuation des phrases de la lettre. Que révèlent-ils ?


Le dépit de Valmont

2
Relevez les expressions qui traduisent l’état d’esprit dans lequel se trouve le vicomte.


3
GRAMMAIRE

a. Comment la première phrase du texte est‑elle construite ?

b. Réécrivez‑la en insérant des connecteurs logiques.


4
Quel portrait Valmont fait‑il des femmes dans cette lettre ?


Une lettre enfin sincère

5
Pourquoi Valmont se dit-il obligé de ne « montrer qu’une tendre douleur » (► l. 21-22) ?


6
À votre avis, quelle réaction Valmont cherche‑t‑il à susciter chez la marquise de Merteuil ?


7

a. Selon vous, qu’est-ce qui permet d’expliquer dans quel état d’esprit se trouve Valmont ?

b. Texte écho En vous appuyant sur le texte d’Ovide, commentez le comportement de Valmont.


Vers le commentaire

8
L’image que le vicomte donne de lui-même dans cette lettre est-elle conforme au personnage que les échanges précédents donnaient à voir ?


ORAL
Interprétation. Récitez le début de la lettre jusqu'à « ...je serai sans pitié. » à la manière d’un monologue théâtral.
Enregistreur audio

Photogramme du film Barry Lyndon de Stanley Kubrick, 1975.
Photogramme du film Barry Lyndon de Stanley Kubrick, 1975.
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L'image

1

a. Décrivez l’attitude et la tenue des deux personnages.

b. En quoi s’opposent-ils ?


2
Cette scène vous paraît‑elle être une scène de séduction ? Justifiez votre réponse.
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