Texte 1


Guillaume de Machaut, « Une vipère réside dans le cœur de ma dame » (XIVe siècle)




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1

a. Observez la structure du texte. À votre avis, qu’est ce qui caractérise la forme de la ballade ?

b. Texte écho Comparez la traduction avec le texte en ancien français. Quels mots reconnaissez-vous ?


Un poème d’amour

2

a. Que ressent le poète ? Pourquoi ? Justifiez votre réponse.

b. Jusqu’où va-t-il dans la dernière strophe ?


3
En veut-il à sa dame ? Expliquez votre réponse.


4
En quoi cette situation correspond-elle à la fin’amor (voir Prolongement p. 92) ?


Un poème allégorique

5
Que symbolisent les animaux évoqués dans la première strophe ?


6
En quoi les allégories des strophes deux et trois diffèrent-elles de celles de la première strophe ?

7
Comment ces allégories permettent-elles de dissocier la dame et son comportement ?

8
GRAMMAIRE
Pour chaque occurrence du mot « que » dans la dernière strophe, donnez sa nature.


Vers le commentaire

9
Comment le poète exprime-t-il sa peine dans cette ballade ? À partir de cette question, rédigez un plan détaillé de commentaire.

ORAL
La dame aime le poète mais elle est mariée. Imaginez son dilemme en utilisant différentes allégories. Par groupes, organisez un débat dans lequel chacun représentera une allégorie différente.

Texte écho
Guillaume de Machaut, « Une vipere en cuer ma dame… »

Voici le premier huitain en ancien français.

Une vipere en cuer ma dame meint
Qui estoupe de sa queue s’oreille
Qu’elle n’oie mon dolereus compleint :
A ce, sans plus, toudis gaite et oreille.
Et en sa bouche ne dort
L’ escorpion qui point mon cuer a mort ;
Un basilique a en son doulz regart.
Cil troy m’ont mort et elle que Diex gart.

Guillaume de Machaut, « Une vipere en cuer ma dame… ».
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L'image

1

a. En quoi le jeune homme est-il comparable au poète ?

b. Comment la construction de la miniature renforce-t-elle l’absence de dialogue ?


2

a. Faites des recherches sur le genre du bestiaire, tant littéraire qu’iconographique, et donnez-en une définition.

b. Choisissez trois animaux et expliquez ce qu’ils symbolisent généralement au Moyen Âge.

Guillaume de Machaut, partition manuscrite de la ballade « Une vipere en cuer madame meint », Nouveaux dits amoureux, XIVe siècle.
Guillaume de Machaut, partition manuscrite de la ballade « Une vipere en cuer madame meint », Nouveaux dits amoureux, XIVe siècle, BnF, Paris.

Miniature d’une vipère qui bouche son oreille avec sa queue, manuscrit Harley 4751, deuxième quart du XIIIe siècle, British Library, Londres, Royaume-Uni.
Miniature d’une vipère qui bouche son oreille avec sa queue, manuscrit Harley 4751, deuxième quart du XIIIe siècle, British Library, Londres, Royaume-Uni.

Éclairage

Une allégorie consiste à personnifier une notion abstraite (idée, sentiment) en lui attribuant le comportement d’un être humain ou d’un animal. C’est une personnification avec une dimension symbolique. La littérature médiévale en utilise beaucoup ; elles peuvent prendre une majuscule, comme le nom propre d’un personnage.

Ressource complémentaire

Version chantée de la ballade de Guillaume de Machaut.

Parchemin Machaut ecrivant, XIVe siècle.
Guillaume de Machaut, « Une vipère réside dans le cœur de ma dame » (XIVe siècle)

Guillaume de Machaut est l’un des théoriciens du genre de la ballade : il en compose ainsi 235, dont 42 sont mises en musique. Elles évoquent le plus souvent la fin’amor (voir Prolongement p. 92).

Une vipère réside dans le coeur de ma dame,
Qui étouffe son oreille de sa queue,
Pour qu’elle n’entende pas mes lamentations :
Voilà, rien de plus, ce qui la tient aux aguets tout le jour.
Et, dans sa bouche, ne se repose jamais
Le scorpion qui blesse mon coeur à mort ;
Son doux regard abrite un basilic1.
Tous trois m’ont tué, mais elle : que Dieu la garde.

Lorsqu’en pleurs je la supplie de m’aimer,
Dédain s’offusque qu’elle souhaite m’écouter,
Et même si elle se fie aux plaintes de mon coeur,
Dans sa bouche, Refus n’est jamais en repos
Mais, violemment, me blesse au coeur ;
Et son Regard s’amuse et se réjouit
De voir mon coeur qui fond, frit et brûle.
Tous trois m’ont tué, mais elle : que Dieu la garde.

Amour, tu sais quelles douleurs elle m’a infligées
Et que je suis à elle pour toujours, que je le veuille ou non,
Mais quand tu fuis et que Loyauté se dérobe
Et que Pitié ne désire pas qu’elle s’anime,
Je ne vois ici aucune autre consolation
Qu’une mort rapide ; car, pour mon plus grand malheur,
Dédain, Refus et Regard me brûlent le coeur,
Tous trois m’ont tué, mais elle : que Dieu la garde.

Guillaume de Machaut, « Une vipère réside dans le coeur de ma dame », La Louange des dames, ballade CCIV, entre 1324 et 1377, trad. de l’ancien français d’Adrien Fromage et Pierre-Michel Sailhan, 2019.


1. Animal légendaire qui a le pouvoir de pétrifier ses victimes par le regard.