COURS 1


En Angleterre, la mise en place d’une monarchie parlementaire





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La Glorieuse Révolution (1688) vue par un officier de marine français

Il y avait longtemps que les protestants d’Angleterre avaient pris de violents ombrages au sujet de la protection que le roi Jacques II accordait aux catholiques : ils craignaient que ce prince, après avoir aboli peu à peu les différents édits rendus en divers temps contre la communion romaine, ne la rendît enfin dominante dans ses États. Résolus de tout tenter pour parer ce coup, ils envoyèrent secrètement leurs députés en Hollande pour traiter avec le prince d’Orange et lui offrir le royaume de la Grande‑Bretagne s’il voulait les protéger. […] Londres, les provinces, les armées de terre et de mer, tout se déclara pour lui. […] Alors le roi, ne voyant plus de sûreté pour personne, céda à l’orage, et passa en France, attendant un temps plus favorable pour repasser en Angleterre, et y faire valoir ses droits l’épée à la main. Ainsi s’acheva cette grande révolution, qui donna lieu à la guerre que le roi déclara d’abord à l’Empereur et aux Hollandais.


Comte de Forbin, Mémoires, 1730.

Histoire et fiction

Barry Lyndon est un film du réalisateur américain Stanley Kubrick. Sorti en 1975 sur les écrans, il raconte l’histoire d’un roturier irlandais, Redmond Barry. Parti d’Irlande en quête de fortune et de gloire, il s’engage dans l’armée britannique, avant d’épouser une riche aristocrate. Devenu « sir » Barry Lyndon, il dépense toute la fortune de sa femme et mène une vie dissolue, ce qui le conduit à perdre peu à peu son rang et tous ceux qu’il aimait. L’aspect esthétique du film rappelle la peinture du XVIIIe siècle : les plans sont conçus comme des tableaux de l’époque et Kubrick a utilisé des éclairages à la bougie pour réaliser certaines scènes. L’histoire, quant à elle, illustre les mœurs de la gentry britannique, classe sociale très codifiée, dans laquelle les femmes tiennent un rôle à la fois important (transmission du nom, du patrimoine) et effacé.

Barry Lyndon est un film du réalisateur américain Stanley Kubrick

Robert Walker, Oliver Cromwell, v. 1649, huile sur toile, 128 x 103 cm, National Portrait Gallery, Londres

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Cromwell, du républicain au dictateur

Robert Walker, Oliver Cromwell, v. 1649, huile sur toile, 128 x 103 cm, National Portrait Gallery, Londres.

Comment les Anglais se dotent-ils d’un régime parlementaire au cours du XVIIe siècle ?


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Le pouvoir royal et le Parlement

Le pouvoir royal. En Angleterre, il n’existe pas de constitution écrite : tout repose sur la coutume. Au XVIIe siècle, le pouvoir royal est aux mains de la dynastie des Stuart. Contrairement à la France, la règle de succession n’exclut pas les femmes de la Couronne, d’où le long règne d’Élisabeth Ire (1559‑1603) ou d'Anne Stuart (1702‑1714).

Le principe du King-in-Parliament. Depuis le XIIIe siècle, le souverain gouverne avec un Parlement composé de deux chambres (doc. 1) : la Chambre des Lords (princes du royaume et hauts membres du clergé) et la Chambre des Communes (membres élus des comtés et des bourgs). Leurs compétences sont larges et évoluent progressivement : projets de lois ou bills, impôts, religion. Cependant, la royauté tente de limiter leur pouvoir.

Le rôle des pouvoirs locaux. La spécificité du modèle anglais tient aussi à l’importance des autorités locales. Dans les villes, les maires et leurs adjoints possèdent des pouvoirs judiciaires importants. Dans les comtés, les shérifs sont assistés par des juges de paix aux pouvoirs judiciaires, économiques et religieux.

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La première révolution anglaise (1642‑1649)

Une guerre civile. À la fin des années 1630, le roi Charles Ier se retrouve en difficulté, notamment à cause de défaites militaires. On lui reproche également sa volonté de régner en monarque absolu. En 1645, une armée très hostile au roi se constitue, soutenue par le Parlement, avec à sa tête Oliver Cromwell : c’est le début de la guerre civile.

La mort du roi Charles Ier. Face aux revendications du Parlement, Charles Ier se montre intransigeant. En 1648, une Haute Cour de justice le condamne à la peine capitale, pour avoir versé le sang de ses sujets. Le roi est décapité le 30 janvier 1649.

L’expérience républicaine de Cromwell. En février 1649, la monarchie est abolie pour laisser place à un Commonwealth, c'est-à-dire une république dirigée par un conseil d'État de 41 membres. Cromwell, qui gouverne en tant que Lord Protecteur à partir de 1653, devient de plus en plus autoritaire (doc. 2). En 1660, la monarchie est rétablie.

Vocabulaire

Commonwealth : ce mot désigne la république, dans le sens d’un régime politique où le souverain a des pouvoirs limités et œuvre pour le bien commun.

Parlement : le Parlement anglais est une assemblée de représentants des élites du royaume.

Régime parlementaire : régime politique dans lequel les pouvoirs sont séparés et répartis entre le pouvoir exécutif (roi ou président) et le Parlement.

Shérif : représentant du roi dans les comtés.

Tory : conservateur anglais qui défend l’idée d’une monarchie forte alliée à l’Église anglicane.

Whig : membre d’un courant politique plus libéral qui défend l’idée d’une tolérance religieuse plus étendue.


Peter Tillemans, Chambre des Communes en session, 1709, huile sur toile, 137 x 123 cm, Parlement, Londres

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La Chambre des Communes

Peter Tillemans, Chambre des Communes en session, 1709, huile sur toile, 137 x 123 cm, Parlement, Londres.


Repères

Guillaume III d’Orange (1650‑1702) et Marie II Stuart (1662‑1694)

Guillaume III d’Orange
(1650‑1702)
et Marie II Stuart
(1662‑1694)

Guillaume III est gouverneur des Provinces-Unies lorsqu’il épouse Marie II Stuart, héritière du trône d’Angleterre. Lors de la Glorieuse Révolution de 1688, il débarque avec ses troupes en Angleterre et obtient la Couronne d’Angleterre, d’Irlande et d’Écosse. Avec son épouse, ils acceptent le Bill of Rights et initient la monarchie parlementaire britannique.


À la suite de deux révolutions, les Britanniques mettent en place un régime politique original qui fascine les intellectuels de l’époque.

Voir le cours 2

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La Glorieuse Révolution (1688‑1689)

Jacques II et la peur d’un péril catholique. Arrivé sur le trône en 1685, Jacques II s’attire rapidement l’inimitié des anglicans, qui le soupçonnent de vouloir livrer le royaume aux catholiques et d’oeuvrer pour Louis XIV (doc. 3). Ils organisent en novembre 1688 le débarquement de Guillaume d’Orange et lui offrent la Couronne britannique. Jacques II s’enfuit et termine sa vie en France, en exil à la cour de Louis XIV.

L’établissement d’un régime parlementaire. Guillaume III mène une politique prudente, ménageant à la fois les whigs et les tories. Il s’appuie sur l’Église anglicane tout en concédant la liberté de culte. Le Parlement devient une institution permanente après le vote du Bill of Rights en 1689.
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