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Histoire-Géographie 1re

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L'ATELIER DE CLIO


Comment écrire l’histoire d’un inconnu ? Rafael, le clown Chocolat





L'enjeu

Chocolat, nom de scène de Rafael, est un artiste noir qui connaît le succès dans le Paris de la Belle Époque avant de sombrer dans l’oubli. À partir des années 2010, son parcours est redécouvert grâce aux travaux de l’historien Gérard Noiriel (Chocolat clown nègre : l’histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française, 2012). En 2016, le film Chocolat réalisé par Roschdy Zem popularise le personnage, joué par Omar Sy, auprès du grand public.

Le document

FACE AU DOCUMENT

1
Chocolat caricaturé

Henri de Toulouse‑Lautrec, caricature parue dans le supplément de La Revue blanche


L’image est légendée : « Voulez‑vous foutre le camp sale nègre, il n’y a qu’un chocolat, c’est le chocolat Potin. »
Henri de Toulouse‑Lautrec, caricature parue dans le supplément de La Revue blanche, janvier 1895, BnF, Paris.

2
Chocolat dansant dans un bar

Henri de Toulouse‑Lautrec, lithographie parue dans Le Rire
Henri de Toulouse‑Lautrec, lithographie parue dans Le Rire, n° 73, 28 mars 1896, BnF, Paris.

Clé de lecture

  • Rafael, le clown Chocolat est un artiste noir né esclave à la fin des années 1860 à Cuba. Arrivé en Europe vers l’âge de 10 ans, il intègre le monde du spectacle français dans les années 1880. En 1895, il s’associe avec succès avec le clown britannique George Foottit pendant une quinzaine d’années. Le comique du spectacle repose beaucoup sur la dynamique du blanc autoritaire et du noir souffre‑douleur, faisant de Chocolat un personnage conforme à l’iconographie coloniale et aux préjugés racistes de l’époque. Il termine sa vie dans la misère et l’anonymat à Bordeaux en 1917.
  • Henri de Toulouse‑Lautrec est un peintre, dessinateur, lithographe, affichiste et illustrateur français, né le 24 novembre 1864 à Albi et mort le 9 septembre 1901. Il a représenté au moyen de nombreux dessins, lithographies et affiches la vie culturelle du Paris de la fin du XIXe siècle, dont à deux reprises le clown Chocolat.

L’œil de l’historien

Gérard Noiriel


[…] Comment écrire l’histoire d’un inconnu ? Je n’ai retrouvé aucune trace de lui dans les archives publiques. […] Cette invisibilité de la personne était aggravée, paradoxalement, par la profusion des documents sur le personnage, avec lequel on l’a constamment confondu. Chocolat reflétait le regard que les Français portaient alors sur les Noirs. […]

Regardez cette caricature de Toulouse‑Lautrec parue dans le supplément de la Revue blanche en 1895 [document n°1]. C’est la première représentation du clown Chocolat publiée dans la presse. Elle montre Foottit, le clown blanc, qui botte le cul du clown nègre, affublé d’une tête de singe […] Cette caricature a joué un grand rôle dans la diffusion du stéréotype du pauvre nègre « battu mais content » […].

Toutes les connaissances que j’avais rassemblées sur l’enfance et l’adolescence de Rafael provenaient d’une seule source : Les Mémoires de Footit et Chocolat, un livre pour enfants publié par le journaliste Franc‑Nohain en 1907. L’intérêt de cet ouvrage tient au fait qu’il s’appuie sur les souvenirs que le clown noir a confiés au journaliste. Mais les préjugés raciaux de l’auteur, sa méconnaissance des lieux évoqués par Rafael, les erreurs liées au passage de l’oral à l’écrit m’avaient d’abord incité à ne pas prendre ce livre au sérieux. Faute de source, il fallut que je le relise ligne à ligne en confrontant ces affirmations avec les travaux récents sur l’histoire de l’esclavage à Cuba. […] À cette époque, le cirque occupait encore une place très importante dans la société du spectacle. Les journaux publiaient chaque semaine les programmes des représentations. Toute cette presse est aujourd’hui numérisée et disponible dans Gallica, la bibliothèque électronique de la BNF. Grâce à cette ressource merveilleuse, j’ai pu reconstituer semaine par semaine toute la carrière de Chocolat et démontrer que les rôles stéréotypés dans lesquels la postérité l’a enfermé n’ont représenté qu’une toute petite partie de son répertoire. […]

Comment expliquer le contraste entre l’image de Chocolat donnée dans [le document 2] et celle que le même artiste avait dessinée un an plus tôt dans la Revue blanche ? Mon hypothèse est que la rencontre entre les deux artistes a eu lieu après la publication de la première caricature. Au cours de leurs soirées nocturnes bien arrosées, Toulouse‑Lautrec a découvert l’homme derrière le personnage. Sans doute s’est‑il senti coupable, lui qui souffrait aussi terriblement du regard des autres, d’avoir contribué à la stigmatisation de Chocolat. […]


Gérard Noiriel, « Comment écrire l’histoire d’un homme sans nom ? », conférence aux Rendez‑vous de l’Histoire à Blois, 9 octobre 2016.

MÉTHODE

1. Les historiens peuvent choisir plusieurs objets d’études, à différentes échelles d’analyse.

Gérard Noiriel a cherché à reconstruire la vie d’un « homme sans nom », un artiste de cirque parmi d’autres. On parle de « socio-histoire » : elle vise à retracer la vie d’une personne dans un contexte historique précis.


2. Même quand le sujet étudié est très précis, il s’agit toujours d’interroger la société d’une époque.

L’historien rappelle que la façon dont Chocolat a été décrit ou représenté symbolise la façon dont la société française de l’époque pensait les Noirs.


3. Le travail des historiens se fonde sur une analyse croisée de toutes les sources disponibles.

Gérard Noiriel s’est servi d’images, d’une biographie de Rafael et des programmes de cirque diffusés dans la presse.


4. Après avoir produit de nouvelles connaissances, les historiens réfléchissent aussi à la façon de les diffuser auprès du grand public.

Les recherches de Gérard Noiriel sur Chocolat se traduisent par un spectacle de théâtre, deux livres, un film, des conférences et une exposition.

Questions

Voir les réponses
1. Quelles difficultés l’identité de Chocolat a‑t‑elle posées pour le travail de l’historien ?

2. Relevez les différentes manières qu’a trouvées Gérard Noiriel pour « écrire l’histoire d’un homme sans nom ».

3. Comment Gérard Noiriel explique‑t‑il l’évolution du regard de Toulouse‑Lautrec sur Chocolat entre 1895 et 1896 ?
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