COURS 1


En Europe, ordre monarchique et aspirations nationales





Michel Delaporte et Jean-Jacques Grandville, L’ordre règne à Varsovie, 1831,
estampe, 28,6 x 19,8 cm, BnF, Paris.

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L’insurrection polonaise réprimée (1831)

Michel Delaporte et Jean‑Jacques Grandville, L’ordre règne à Varsovie, 1831, estampe, 28,6 x 19,8 cm, BnF, Paris.

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Le droit des peuples méprisé

Le transfert d’un peuple, comme d’un bétail, semble devenir une partie du droit des nations en Europe, mais je vous assure qu’il ne risque pas d’être bien reçu ici […]. Qu’aucun pays, aucun peuple ne puisse jamais être définitivement maintenu écrasé contre le sol est une loi du ciel. Notre peur est qu’ils n’allongent de beaucoup leurs souffrances en tentant, par des moyens prématurés, de les abréger […]. En général c’est un péché, mais maintenant c’est une action pieuse que de souhaiter la guerre et les divisions entre nations, car il semble que ce soit le seul moyen de mettre un terme à leurs calculs criminels.


Lettre de Thomas Jefferson (ancien président des États‑Unis d’Amérique) à Germaine de Staël, 6 septembre 1816.

Vocabulaire

Aspirations libérales : revendications des droits de l’individu et de l’égalité entre les citoyens.

Aspirations nationales : volonté d’un groupe d’individus conscients de partager une unité culturelle ou historique de se constituer en État.

Carbonarisme : courant politique issu de la société secrète des « Carbonari », née en Italie pour lutter contre la domination napoléonienne, puis, après 1815, pour revendiquer l’indépendance nationale de l’Italie.

Congrès : assemblée d’hommes d’État réunis pour régler des questions à l’échelle internationale.

Multilatéralisme : système politique privilégiant les relations entre plusieurs États.

Nation : du latin nascere qui signifie « naître ». Communauté politique fondée sur le partage d’une origine et d’un ensemble de valeurs communes.

Comment les aspirations libérales et nationales s’affirment‑elles en Europe dans la première moitié du XIXe siècle ?


Décentrement

Bolívar

En Amérique latine, de nombreux pays accèdent à l’indépendance. En 1808, Napoléon Ier place son frère Joseph sur le trône d’Espagne. De nombreux révolutionnaires sud‑américains profitent des divisions politiques que cette décision engendre pour passer à l’action. Simón Bolívar (1783‑1830), un jeune soldat vénézuélien nourri des idées des Lumières, est au cœur de ce mouvement de libération. Il obtient l’appui du Royaume‑Uni puis remporte de nombreuses victoires militaires. Il s’impose alors comme la figure de proue du nouveau régime : en 1813, il entre triomphalement à Caracas, remportant le surnom d’El Libertador. Bolívar combat ensuite en Haïti, en Colombie, au Pérou. De 1810 à 1824, le Venezuela, l’Équateur, le Mexique, l’Argentine, le Pérou ou encore la Bolivie deviennent indépendants.

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Le congrès de Vienne contre les idées révolutionnaires

Diffusion et maturation. La Révolution française affirme le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (doc. 1). Partout en Europe, des aspirations nationales, renforcées par l’opposition à la domination napoléonienne, prennent forme : une réflexion s’amorce pour trouver les moyens d’instaurer une souveraineté populaire.

Un congrès européen. Le 1er novembre 1814, suite à la chute du Premier Empire, les représentants des États européens se réunissent à Vienne lors d’un congrès qui s’échelonne sur plusieurs mois. L’Angleterre, l’Autriche, la Prusse et la Russie orchestrent les débats et les tractations diplomatiques. La France, représentée notamment par Talleyrand, profite de la rivalité des quatre puissances : elle se pose comme le défenseur des petits États et de la légitimité monarchique.

L’invention du concert des nations. Le congrès de Vienne inaugure une diplomatie multilatérale. Il instaure un système destiné à assurer l’équilibre des forces et à maintenir durablement la paix en Europe.

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Des aspirations réprimées par la force

Le désir d’unité nationale. Cet équilibre géopolitique s’achète au prix d’une répression des aspirations libérales et nationales : les grandes puissances se partagent les territoires sans se soucier des volontés des populations locales (doc. 2). En réaction, le désir d’unité nationale s’affirme partout en Europe, en particulier dans les grands empires multinationaux que sont la Russie et l’Autriche.

Les oppositions s’organisent. Les moyens d’action sont entravés par la censure et l’interdiction de réunion et d’association : les oppositions s’organisent donc souvent en sociétés secrètes, comme le carbonarisme en Italie.

Insurrections et indépendances. Par leurs luttes, plusieurs peuples accèdent à l’indépendance et forment de nouveaux États : c’est notamment le cas de la Grèce (1821‑1832) ou de la Belgique (1830). D’autres échouent : les insurgés italiens de Parme et Modène, qui veulent former une nouvelle nation et se libérer de la domination autrichienne, sont violemment réprimés en mars 1831 ; de même pour les insurgés polonais, contraints à l’exil par l’Empire russe qui annexe la Pologne à partir de septembre 1831 (doc. 3).

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La restauration d’une Europe monarchique

La promotion de l’ordre ancien. Aux désordres révolutionnaires, Klemens von Metternich oppose le retour à l’ordre ancien, seul garant selon lui de la paix et de l’harmonie (doc. 1). Mais les idées de 1789 restent profondément ancrées dans les esprits.

L’invention d’une nouvelle Europe ? Les grandes puissances redessinent la carte de l’Europe à leur profit. Les monarchies sont restaurées (en France, en Espagne) et les changements introduits par la Révolution française sont souvent supprimés.

Repères

Talleyrand (1754-1838)

Talleyrand
(1754-1838)

Charles Maurice de Talleyrand‑Périgord est un diplomate français qui a su rester proche du pouvoir malgré la succession des régimes politiques. Ministre des Affaires étrangères de la France, il participe au congrès de Vienne pour défendre les intérêts de son pays.


Les grandes puissances européennes ramènent un équilibre politique et géopolitique, mais étouffent les revendications nationales. En France, cette tension se traduit par plusieurs révolutions.

Voir le cours 2

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La conservation contre la révolution

Il n’existe en Europe qu’une seule affaire, la Révolution. Le but précis des révolutionnaires est unique. C’est celui du renversement de toute chose légalement existante. Le principe que les rois doivent opposer à ce plan de destruction universelle, c’est celui de la conservation de toute chose légalement existante. L’intérieur de tous les pays européens, sans en excepter aucun, est travaillé par une fièvre ardente […]. Tous les pouvoirs sont menacés de perdre leur équilibre. Les institutions les plus solides sont ébranlées dans leurs fondements. Si, dans cette crise effrayante, les principaux souverains de l’Europe étaient désunis, nous serions tous emportés dans un petit nombre d’années.


Klemens von Metternich, Mémoires, 1880.
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