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Sources et devenir d’une pièce atypique





Une histoire peut en cacher une autre

L’intrigue de la pièce se déroule au XVIe siècle, en pleine Renaissance italienne. Lorenzaccio retrace la vie de Lorenzo de Médicis, un personnage passé à la postérité pour s’être rendu coupable de régicide en tuant Alexandre de Médicis, alors duc de Florence et protégé de Charles Quint. Musset s’inspire donc de l’Histoire pour écrire ce drame romantique, en particulier des Chroniques florentines de l’historien italien Benedetto Varchi, même s’il ne respecte pas la chronologie des événements réels.

Pourtant, l’oeuvre reflète également le XIXe siècle dans lequel vit Musset : en effet, la ville de Florence en 1537 ressemble beaucoup au Paris de 1830. Derrière l’image des étudiants révoltés contre la politique du duc Alexandre, on reconnaît celle des Parisiens sur les barricades durant la « Révolution de juillet ». En effet, l’année 1830 est une année de profonds bouleversements, au théâtre comme dans la rue : à Paris, le peuple se révolte durant les « Trois Glorieuses » (27, 28 et 29 juillet) afin de renverser le roi Charles X (voir p. 346) ; mais les républicains, désorganisés, ne parviennent pas à s’emparer du pouvoir et une nouvelle monarchie est instaurée, la « Monarchie de Juillet », avec l’accession au pouvoir de Louis-Philippe.

Cette révolution avortée trouve un écho évident dans Lorenzaccio, où les républicains florentins se révèlent incapables de prendre le pouvoir au lendemain du meurtre d’Alexandre.

La réception de l’œuvre

Dès sa création, Lorenzaccio suscite de nombreuses critiques et les journalistes se montrent souvent très durs à l’égard du dramaturge, comme Louis de Maynard, dans un article de La Revue de Paris daté de septembre 1834 : « Quand on lit M. de Musset, le cœur saigne perpétuellement sous des griffes de fer. On éprouve je ne sais quelle pitié mêlée d’horreur, comme lorsque l’on entend des lèvres de quinze ans vomir des obscénités. »

À l’inverse, la génération romantique défend le génie de Musset, et Théophile Gautier se montre élogieux dans sa Critique théâtrale : « […] ce n’est que dans les comédies romanesques de Shakespeare que vous trouverez ce mélange de sensibilité, d’humour et de poésie ; il est fâcheux que le Spectacle dans un fauteuil ne puisse devenir le Spectacle dans une loge ; nous ne nous plaindrions pas tant de notre métier ».

La longueur de la pièce et les perpétuels changements de décor imaginés par Musset font que l’œuvre est réputée impossible à jouer ; son intrigue politique et l’évocation d’un régicide découragent également les metteurs en scène. De fait, Lorenzaccio ne sera jamais représenté du vivant de son auteur puisqu’il faut attendre 1896 pour que la célèbre actrice Sarah Bernhardt endosse le rôle-titre, dans l’adaptation d’Armand Artois (► Doc. 2).

Le XXe siècle réhabilite ce drame romantique, d’un point de vue aussi bien critique que populaire, grâce à des interprètes de renom comme Gérard Philippe — qui incarne Lorenzo en 1952 dans le cadre prestigieux de la cour d’honneur du Palais des Papes d’Avignon — ou grâce à des mises en scène d’une grande modernité (Otomar Krejča en 1969, Georges Lavaudant en 1989). Ces artistes ont fait de Lorenzaccio le chef-d’œuvre théâtral d’Alfred de Musset.
Voir les réponses

9
Quelles sont les conséquences du meurtre d’Alexandre ?


10
Sur quel épisode symbolique la pièce de Musset s’achève-t-elle ?


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a. Dressez la liste des didascalies qui ouvrent chacune des scènes de la pièce. Que constatez-vous ?

b. Quels sont les problèmes de mise en scène que peuvent poser ces didascalies ?

c. D'après la genèse de l'œuvre, expliquez d'où viennent ces problèmes ?


12
D’après les textes que vous venez de lire sur cette double-page, pourquoi peut-on dire que Lorenzaccio est une réécriture ?


13
Pourquoi peut-on qualifier cette pièce de drame historique ?