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Texte 1


La scène d’exposition





Gerrit van Honthorst, L’Entremetteuse, 1625
Gerrit van Honthorst, L’Entremetteuse, 1625, huile sur toile, 71 × 104 cm, Centraal Museum, Utrecht, Pays-Bas.

La scène d’exposition

Un jardin. – Clair de lune. – Un pavillon dans le fond, un autre devant.
Entrent
LE DUC et LORENZO, couverts de leurs manteaux ;
GIOMO, une lanterne à la main.


LE DUC. – Qu’elle se fasse attendre encore un quart d’heure, et je m’en vais. Il fait un froid de tous les diables.

LORENZO. – Patience, Altesse, patience.

LE DUC. – Elle devait sortir de chez sa mère à minuit ; il est minuit, et elle ne vient pourtant pas.

LORENZO. – Si elle ne vient pas, dites que je suis un sot, et que la vieille mère est une honnête femme.

LE DUC. – Entrailles du pape1 ! avec tout cela je suis volé d’un millier de ducats2!

LORENZO. – Nous n’avons avancé que moitié. Je réponds de la
petite. Deux grands yeux languissants, cela ne trompe pas. Quoi de plus curieux pour le connaisseur que la débauche à la mamelle3 ? Voir dans une enfant de quinze ans la rouée4 à venir ; étudier, ensemencer, infiltrer paternellement le filon mystérieux du vice dans un conseil d’ami, dans une caresse au menton ; – tout dire et ne rien dire, selon le caractère des parents ; – habituer doucement l’imagination qui se développe à donner des corps à ses fantômes, à toucher ce qui l’effraye, à mépriser ce qui la protège ! Cela va plus vite qu’on ne pense ; le vrai mérite est de frapper juste. Et quel trésor que celle-ci ! tout ce qui peut faire passer une nuit délicieuse à Votre Altesse ! Tant de pudeur ! Une jeune chatte qui veut bien des confitures, mais qui ne veut pas se salir la patte. Proprette comme une Flamande ! La médiocrité bourgeoise en personne. D’ailleurs, fille de bonnes gens, à qui leur peu de fortune n’a pas permis une éducation solide ; point de fond
dans les principes, rien qu’un léger vernis ; mais quel flot violent d’un fleuve magnifique sous cette couche de glace fragile qui craque à chaque pas ! Jamais arbuste en fleurs n’a promis de fruits plus rares, jamais je n’ai humé dans une atmosphère enfantine plus exquise odeur de courtisanerie5.

LE DUC. – Sacrebleu ! je ne vois pas le signal. Il faut pourtant que j’aille au bal chez Nasi : c’est aujourd’hui qu’il marie sa fille.

GIOMO. – Allons au pavillon, monseigneur. Puisqu’il ne s’agit que d’emporter une fille qui est à moitié payée, nous pouvons bien taper aux carreaux.

LE DUC. – Viens par ici ; le Hongrois6 a raison.
Ils s’éloignent.


Alfred de Musset, Lorenzaccio, Acte I, scène 1, 1834.


1. Juron comique car, dans la pièce, le duc Alexandre est présenté comme le bâtard du pape.
2. Monnaie en or fin.
3. La perversion dès le plus jeune âge.
4. Femme très expérimentée dans le domaine amoureux.
5. Comportement d’une prostituée.
6. Giomo.
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L'image

1
Que permet le clair-obscur dans ce tableau ? Approfondissez votre réponse.


2
Quels détails du tableau font écho au titre ?

Ressource complémentaire

Tableau vue panoramique Florence
Carta della catena, détail montrant un panorama de la ville de Florence, 1490.

Éclairage

Cette scène n’apparaissait pas dans les premiers brouillons de la pièce. À l’origine, Musset souhaitait que Lorenzaccio s’ouvre sur le dialogue du Marchand et de l’Orfèvre (qui constitue désormais la scène 2), afin de donner un panorama de la vie florentine du XVIe siècle et de présenter l’intrigue de l’œuvre grâce aux personnages secondaires.
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Entrer dans le texte

1
Quelle atmosphère est créée par la didascalie initiale ?


Le portrait des personnages

2

a. Quels éléments montrent que Lorenzo est au service du Duc ?

b.Que fait-il pour lui ? Expliquez la situation.


3
Quels traits de caractère les répliques du Duc révèlent-elles ? Justifiez votre réponse.


4

a. Comment Lorenzo désigne-t-il la jeune femme ? Quelles sont les principales qualités de celle-ci, selon lui ? Relevez quelques exemples frappants.

b. Quelle image cela donne-t-il de Lorenzo ?


Une leçon de libertinage

5
GRAMMAIRE

a. Relevez les infinitifs de  « Voir dans une enfant... » à « ...Votre Altesse ! » et pour chacun d’eux, donnez sa fonction grammaticale.

b. Quel est l’effet produit par la syntaxe de ce passage ?


6

a. À quoi voit-on que Lorenzo aime séduire ?

b. Expliquez la métaphore qu’il utilise dans ce passage : « mais quel flot violent d’un fleuve magnifique sous cette couche de glace fragile qui craque à chaque pas ! ».


7

a. Montrez qu’il donne dans sa tirade une véritable leçon de séduction.

b. Comparez sa tirade à celle de Dom Juan (voir p. 130).


Vers le commentaire

8
Comment se représente-t-on le héros à travers cette scène d’exposition ?




ORAL
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