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Texte 5


La scène du meurtre





◈ Ressource complémentaire


Prosper Mérimée, « La Vénus d’Ille » (1835)

Une mystérieuse statue de Vénus, portant sur son socle l’inscription latine « Cave amantem » (« prends garde à toi si elle t'aime ») vient d’être déterrée dans le village d’Ille-sur-Têt. Le narrateur assiste au mariage d’Alphonse Peyrehorade, qui, plus tôt dans la journée, a passé sa bague de fiançailles au doigt de la statue, pour être plus à l’aise lors d’une partie de jeu de paume.

M. Alphonse me tira dans l’embrasure d’une fenêtre, et me dit en détournant les yeux :

— Vous allez vous moquer de moi… Mais je ne sais ce que j’ai… je suis ensorcelé ! le diable m’emporte !

[…] Il avait la voix entrecoupée. Je le crus tout à fait ivre.

— Vous savez bien, mon anneau ? poursuivit-il après un silence.

— Eh bien ! on l’a pris ?

— Non.

— En ce cas, vous l’avez ?

— Non… je… je ne puis l’ôter du doigt de cette diable de Vénus.

— Bon ! vous n’avez pas tiré assez fort.

— Si fait… Mais la Vénus… elle a serré le doigt.

Il me regardait fixement d’un air hagard, s’appuyant à l’espagnolette pour ne pas tomber.

— Quel conte ! lui dis-je. Vous avez trop enfoncé l’anneau. Demain vous l’aurez avec des tenailles. Mais prenez garde de gâter la statue.

— Non, vous dis-je. Le doigt de la Vénus est retiré, reployé ; elle serre la main, m’entendez-vous ?… C’est ma femme, apparemment, puisque je lui ai donné mon anneau… Elle ne veut plus le rendre.



Prosper Mérimée, « La Vénus d'Ille », 1835.

Retrouvez ici la nouvelle dans son intégralité.
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L'image

1
À quelle lecture du texte de Musset le costume de Lorenzo nous invite-t-il dans cette mise en scène ?


2
Commentez le choix du décor du meurtre.
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Entrer dans le texte

1
Pourquoi cette scène ne pourrait-elle pas exister dans une pièce classique ? Quelle règle ne respecterait-elle pas ?


Les prémices du meurtre

2
Commentez la première réplique de Lorenzo. Quelle caractéristique du personnage souligne-t-elle ?


3

a. Quel genre d’amant le Duc est-il ?


b. Pourquoi dresser un tel portrait du personnage au moment du meurtre ?


4
Ce crime longuement attendu est-il présenté comme un acte héroïque ? Pourquoi ?


De l’extase romantique à la réalité

5
Pourquoi peut-on dire que le meurtre est une libération pour Lorenzo ?


6
Lorenzo rêvait du meurtre comme de ses « noces ». Quels sont les éléments du texte qui renforcent cette image ?


7

a. À quel moment le personnage est-il rappelé à la réalité ?

b. Comment Musset traduit-il son changement de comportement ?


8
GRAMMAIRE
Relevez les verbes conjugués de « Viens, maître... », à la fin du texte et précisez quels sont le mode, le temps et la valeur de chacun de ces verbes.


Vers le commentaire

9
Lorenzo est-il décrit comme un criminel dans ce texte ? Nuancez votre réponse.


ORAL
Organisez le procès de Lorenzo de Médicis : vous devrez dresser une liste d’arguments pour défendre ou accabler le personnage, selon que vous jouerez son avocat ou le procureur chargé de l’accusation. Inspirez‑vous de cet extrait de la pièce ainsi que des autres textes du chapitre. Vous pouvez vous enregistrer pour vous entraîner.
Enregistreur audio



Lorenzaccio, mise en scène de Georges Lavaudant, 1989
Lorenzaccio, mise en scène de Georges Lavaudant, avec Redjep Mitrovitsa (Lorenzo) et Richard Fontana (Alexandre), Festival d’Avignon, 1989.

Éclairage

Du fait de la difficulté à adapter Lorenzaccio, les premières mises en scène – comme celle d’Armand Artois en 1896 – ont choisi de clore la pièce sur la scène du meurtre, en supprimant entièrement l’acte V. Un tel découpage altère la portée politique et historique de l’œuvre de Musset, en gommant l’avènement de Côme de Médicis, évoqué au dernier acte.

La scène du meurtre

Lorenzo attire Alexandre chez lui, en prétextant un rendez-vous galant avec Catherine.

La chambre de Lorenzo. Entrent LE DUC et LORENZO.


LE DUC. – Je suis transi1, – il fait vraiment froid. (Il ôte son épée). Eh bien, mignon, qu’est-ce que tu fais donc ?

LORENZO. – Je roule votre baudrier2 autour de votre épée, et je la mets sous votre chevet. Il est bon d’avoir toujours une arme sous la main. (Il entortille le baudrier de manière à empêcher l’épée de sortir du fourreau.)

LE DUC. – Tu sais que je n’aime pas les bavardes, et il m’est revenu que la Catherine était une belle parleuse. Pour éviter les conversations, je vais me mettre au lit. À propos, pourquoi donc as-tu fait demander des chevaux de poste à l’évêque de Marzi ?

LORENZO. – Pour aller voir mon frère, qui est très malade, à ce qu’il m’écrit.

LE DUC. – Va donc chercher ta tante.

LORENZO. – Dans un instant. (Il sort.)

LE DUC, seul. – Faire la cour à une femme qui vous répond oui lorsqu’on lui demande oui ou non, cela m’a toujours paru très sot, et tout à fait digne d’un Français. Aujourd’hui surtout que j’ai soupé comme trois moines, je serais incapable de dire seulement : « Mon cœur, ou mes chères entrailles », à l’infante3 d’Espagne. Je veux faire semblant de dormir ; ce sera peut-être cavalier4, mais ce sera commode. (Il se couche. – Lorenzo rentre l’épée à la main.)

LORENZO. – Dormez-vous, seigneur ? (Il le frappe.)

LE DUC. – C’est toi, Renzo ?

LORENZO. – Seigneur, n’en doutez pas. (Il le frappe de nouveau. – Entre Scoronconcolo).

SCORONCONCOLO. – Est-ce fait ?

LORENZO. – Regarde, il m’a mordu au doigt. Je garderai jusqu’à la mort cette bague sanglante, inestimable diamant.

SCORONCONCOLO. – Ah ! mon Dieu, c’est le duc de Florence !

LORENZO, s’asseyant sur le bord de la fenêtre. – Que la nuit est belle ! que l’air du ciel est pur ! Respire, respire, cœur navré5 de joie !

SCORONCONCOLO. – Viens, maître, nous en avons trop fait. Sauvons-nous.

LORENZO. – Que le vent du soir est doux et embaumé ! comme les fleurs des prairies s’entrouvrent ! Ô nature magnifique, ô éternel repos !

SCORONCONCOLO. – Le vent va glacer sur votre visage la sueur qui en découle.
Venez, seigneur.

LORENZO. – Ah ! Dieu de bonté ! quel moment !

SCORONCONCOLO, à part. – Son âme se dilate singulièrement. Quant à moi, je prendrai les devants.

LORENZO. – Attends ! tire ces rideaux. Maintenant, donne-moi la clef de cette chambre.

SCORONCONCOLO. – Pourvu que les voisins n’aient rien entendu !

LORENZO. – Ne te souviens-tu pas qu’ils sont habitués à notre tapage ? Viens, partons. (Ils sortent.)


Alfred de Musset, Lorenzaccio, Acte IV, scène 11, 1834.


1. Engourdi par le froid.
2. Ceinture servant à soutenir l’épée.
3. Fille de la famille royale espagnole et épouse du Duc.
4. Inconvenant, déplacé.
5. En ancien français, le terme signifie « blessé » (physiquement) et, par extension, «  bouleversé ».

◈ Ressource complémentaire


George Sand, Une Conspiration en 1537 (1831)

Voici la scène du meurtre dans Une Conspiration en 1537 de George Sand.

Scène VI
La chambre de Lorenzo.
Le Duc entre et jette son épée sur le lit. Il s’approche de la cheminée, et, pendant ce temps, Lorenzo prend l’épée et attache le ceinturon à la poignée pour la rendre impossible à dégainer.


LE DUC. – Que fais-tu donc ?

LORENZO. – Je cache votre épée sous votre chevet. Il est bon d’être toujours prêt à se défendre dans ces sortes d’aventures. Mais il ne faut pas que la femme, pour qui l’on s’expose, se doute qu’on a pu distraire d’elle une seule pensée pour sa propre sécurité.

LE DUC. – Crois-tu donc qu’il y ait quelque chose à craindre ici ?

LORENZO. – D’ici à quelques heures, je ne vois dans la maison que moi qui pourrais troubler votre repos.

LE DUC. – En ce cas, tu me permettras d’être tranquille. Je connais ta valeur. – Ah ce bon feu m’a ranimé. J’étais transi de froid. (Il se débarrasse de son manteau.) Ah çà, dis-moi, tu sais que je n’aime pas à lutter de sémillants propos avec les femmes. On dit que la Catterina est belle parleuse et versée dans les lettres. Moi, la poussière des bouquins me prend à la gorge, et je ne sais pas faire l’amour avec des métaphores. Préviens-la, je te prie, qu’elle ne s’attende pas à des fadeurs et qu’elle me fasse grâce de cette feinte résistance, dont je ne puis pas être dupe, moi qui connais toutes les ruses d’usage.

LORENZO. – Catterina sait qu’elle ne doit pas s’attendre à être humblement implorée, comme si elle avait affaire à un page ou à un poète. Je crois que ce que Votre Altesse a de mieux à faire, c’est de se mettre au lit La première personne qui entrera…

LE DUC. – C’est bien ! Cours.

LORENZO. – Je ne vous demande qu’une grâce nouvelle. C’est d’éteindre un peu la flamme du foyer. L’obscurité enhardira ses pas timides.

LE DUC. – L’obscurité, c’est l’impunité pour les femmes. Fais ce que tu voudras. (Le Duc seul, détachant les rubans de son pourpoint.) Faire la cour à la française, avec un genou dans la poussière et les mots de reine et de déesse à la bouche, ce n’est pas mon fait, surtout après le souper, quand ce délectable vin d’Espagne a brouillé mes idées et appesanti ma langue. Et puis, une femme ! c’est un ange tant qu’on la désire ; dès qu’on la tient ! ce n’est plus qu’une femme. On la fâcherait bien d’ailleurs si on la prenait au mot chaque fois qu’elle dit : non. Que Lorenzo fasse la cour en mon nom ! Il est fait pour cela ! C’est lui qui me présente la coupe du plaisir et c’est moi qui la vide. Sa sœur ! Il ne manquait que cela à son ignominie ! Demain toute la Cour en rira et Messire Valori, tout le premier. (Six heures sonnent.) Heure d’amour et de plaisir, je te salue ! Sois la plus belle de ma vie ! (Il s’enveloppe d’un couvre-pied d’hermine et se jette sur le lit.)

LORENZO, bas à Scoronconcolo, à l’entée de la chambre. – Le moment est venu. Tu n’hésites pas ?

SCORONCONCOLO, bas. – Tête-Dieu ! En avant !

LORENZO. – Le cœur me bondit avec tant de violence que je ne puis marcher.

SCORONCONCOLO. – Si c’est de peur, laisse moi passer le premier.

SCORONCONCOLO, l’arrêtant. – Eh ! non ! C’est de joie. (Il marche l’épée à la main vers le lit et entr’ouvre le rideau.) Seigneur, dormez-vous ? (Il lui passe son épée au travers du corps.) C’est fait.

(Le Duc roule par terre en rugissant. Scoronconcolo lui enlève une joue d’un coup de dague. Le Duc ensanglanté se relève et court dans la chambre avec égarement.)

LORENZO. – Maladroit, tu frappes au visage ! C’est au cœur ! au cœur ! (Au Duc.) Holà, seigneur, point tant de bruit ! Acceptez ce bâillon ! (Il lui met les doigts dans la bouche.)

SCORONCONCOLO. – Le damné bondit comme une panthère. Où es-tu donc, maître ? Je n’y vois plus.

LORENZO. – Je le tiens, là, sous moi ! (Il jette le Duc sur le lit.) Maudit ! Tu mords comme un chien enragé. Mais c’est égal ! Tu mourras de la main de Lorenzaccio.

SCORONCONCOLO. – Ôte-toi de là, maître, que je le frappe !

LORENZO. – Je ne puis. Ce chien furieux tient mon pouce entre ses dents. Il me le broie. Ah ! le cœur me manque. Je souffre ! Dépêche-toi de le tuer !

Scoronconcolo enfonce sa dague.

LORENZO. – Tu éventres le matelas ! Il me coupera le doigt.

SCORONCONCOLO, tire un couteau de sa poche. – Eh bien saignons-le comme un pourceau ! Lâche-t-il prise ?

LORENZO. – Enfonce le couteau plus avant dans la gorge. Bien. Ses dents s’écartent un peu. Ah ! sa tête retombe, ses muscles se détendent. Il meurt. Regarde, il est hideux à voir.

SCORONCONCOLO. – Encore quatre à cinq coups dans la poitrine. J’aime mieux le voir bien mort.

LORENZO, descend du lit. – Enfin (Il regarde sa main sanglante.) Ce doigt sera mutilé pour toujours. Tant mieux ! C’est une glorieuse blessure et j’aurai toujours ce souvenir sous les yeux.

SCORONCONCOLO. – Maître ! Que ferons-nous de ce cadavre ? Sa dernière convulsion l’a fait bondir comme un crapaud. Le voilà encore par terre. Par Monseigneur Satan, il tenait à sa vie presque autant que nous à sa mort.

LORENZO. – Aide-moi à le ramasser.

(Le foyer qui, pendant celle scène hideuse, a jeté quelques lueurs par intervalles, s’allume et répand une vive clarté dans la chambre.)

SCORONCONCOLO. – Entrailles du Christ ! C’est le Duc lui-même !

LORENZO. – Oui, c’est lui, c’est bien lui ! Ô joie du ciel ! Le voir ainsi !

SCORONCONCOLO. – Maître ! qu’avons-nous fait ? C’est une affaire plus sérieuse que je me pensais.

LORENZO. – Aide-moi à le coucher ! Jette-lui ce couvre-pied et rendons à son sommeil cet oreiller dont le vaillant s’était fait un écu. (Il lui soulève la tête pour le regarder.) Maintenant, Grand Duc de Florence, bâtard du pape, gendre de Charles V, tyran, despote, infâme, fanfaron, impudique Alexandre de Médicis, bonsoir pour la dernière fois. Lorenzo ne te ramènera plus de l’orgie et ne te mettra plus au lit accablé de débauches et de crimes. Dors bien ! (Il laisse retomber la tête du cadavre et va s’asseoir sur la fenêtre, qu’il entr’ouvre.) Ah ! que je suis fatigué ! Ce taureau sauvage a soutenu un rude assaut. Je suis baigné de sueur et de sang.

SCORONCONCOLO. – Maître ! Partons, crois-moi. On peut avoir entendu.

LORENZO. – Oh que non ! Il a perdu son temps à me manger la main. As-tu peur, maintenant ?

SCORONCONCOLO. – C’est un coup trop hardi. Fuyons.

LORENZO. – Fuis si tu veux. Pour moi, je puis mourir maintenant. Je suis assez content d’avoir vécu ce jour tout entier.

SCORONCONCOLO. – Maître, par pitié, viens !

LORENZO. – Laisse-moi, te dis-je. Laisse-moi savourer cet ineffable instant de ma vie. Que la nuit est fraîche et parfumée ! Que le ciel est pur ! Les étoiles ont toutes un sourire au front. En voilà une qui file. C’est celle du Duc de Florence qui s’éteint. Ah ! je me sens bien, maintenant, ma poitrine s’élargit, mon âme se dilate ! Souillures, infamie, disparaissez ! Ce sang vous a lavées ! Lorenzaccio n’est plus ! Lève-toi, Laurent de Médicis !


George Sand, Une Conspiration en 1537, scène 6, 1831.
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