Texte 4


Le masque de Lorenzaccio




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1

a. Par quel type de phrase Lorenzo répond-il à Philippe dans la première partie du texte, du début de la tirade jusqu'à « comprends-tu cela ? » ?

b. Ces questions attendent-elles une réponse ?

c. De quoi Lorenzo le menace-t-il ?


Héros ou anti-héros ?

2
En quoi Lorenzo est-il différent de celui qu’il était dans le passé ? Justifiez par des citations précises.


3
« Songes-tu que ce meurtre, c’est tout ce qui me reste de ma vertu ? » (► l. 6) : expliquez ce paradoxe.


Le meurtre comme action politique ?

4

a. Quelle vision Lorenzo a-t-il des autre hommes ?

b. Pourquoi ?


5
Texte écho
a. Quels sont les points communs entre Lorenzo et Hamlet ?

b. Que pensez-vous de leur projet ?


6
GRAMMAIRE

a. « Songes-tu que ce meurtre, c’est tout ce qui me reste de ma vertu ? » : de quelle forme particulière de phrase s'agit-il ? (voir Fiche p. 458) ?

b. Que met-elle en valeur ?


7

a. Comment Lorenzo fait-il du meurtre un combat universel ? Justifiez par des citations.

b. Quelles en sont les limites (► Éclairage) ?


Vers le commentaire

8
En quoi cette tirade révèle-t-elle que le masque de Lorenzaccio colle désormais à la peau du héros ?


ORAL
Effectuez une recherche sur les personnages de Brutus et d’Érostrate afin de réaliser un exposé et de les comparer avec Lorenzo. Vous pouvez vous enregistrer pour vous entraîner.
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L'image

1
Observez et commentez l’expression des comédiens incarnant Lorenzo et Philippe.


2
Quel est le passage de la tirade qui vous semble le mieux correspondre à cette image ?

Le masque de Lorenzaccio

La scène 3 de l’acte III constitue la scène centrale de la pièce et le moment de la révélation : Lorenzo se rend chez Philippe Strozzi, le chef des Républicains, et découvre un père tourmenté après l’arrestation de ses fils. Tandis que Philippe s’interroge sur la nécessité et les conséquences de l’action politique, Lorenzo lui dévoile ses projets de meurtre.


LORENZO. – Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? Veux-tu donc que je m’empoisonne, ou que je saute dans l’Arno1 ? Veux-tu donc que je sois un spectre, et qu’en frappant sur ce squelette (Il frappe sa poitrine.), il n’en sorte aucun son ? Si je suis l’ombre de moi-même, veux-tu donc que je m’arrache le seul fil qui rattache aujourd’hui mon cœur à quelques fibres de mon cœur
d’autrefois ?
Songes-tu que ce meurtre, c’est tout ce qui me reste de ma vertu ? Songes-tu que je glisse depuis deux ans sur un mur taillé à pic, et que ce meurtre est le seul brin d’herbe où j’aie pu cramponner mes ongles ? Crois-tu donc que je n’aie plus d’orgueil, parce que je n’ai plus de honte ? Et veux-tu que je laisse mourir en silence l’énigme de ma vie ? Oui, cela est certain, si je pouvais revenir à la vertu, si mon apprentissage du vice pouvait s’évanouir, j’épargnerais peut-être ce conducteur de bœufs. Mais j’aime le vin, le jeu et les filles ; comprends-tu cela ?
Si tu honores en moi quelque chose, toi qui me parles, c’est mon meurtre que tu honores, peut-être justement parce que tu ne le ferais pas. Voilà assez longtemps, vois-tu, que les républicains me couvrent de boue et d’infamie2 ; voilà assez longtemps que les oreilles me tintent, et que l’exécration3 des hommes empoisonne le pain que je mâche ; j’en ai assez d’entendre brailler en plein vent le bavardage humain ; il faut que le monde sache un peu qui je suis et qui il est. Dieu merci, c’est peut-être demain que je tue Alexandre ; dans deux jours j’aurai fini. Ceux qui tournent autour de moi avec des yeux louches, comme autour d’une curiosité monstrueuse apportée d’Amérique, pourront satisfaire leur gosier et vider leur sac à paroles. Que les hommes me comprennent ou non, qu’ils agissent ou n’agissent pas, j’aurai dit tout ce que j’ai à dire ; je leur ferai tailler leur plume, si je ne leur fais pas nettoyer leurs piques, et l’humanité gardera sur sa joue le soufflet4 de mon épée marqué en traits de sang. Qu’ils m’appellent comme ils voudront, Brutus ou Érostrate5, il ne me plaît pas qu’ils m’oublient. Ma vie entière est au bout de ma dague6, et que la Providence7 retourne ou non la tête en m’entendant frapper, je jette la nature humaine à pile ou face sur la tombe d’Alexandre ; dans deux jours, les hommes comparaîtront devant le tribunal de ma volonté.


Alfred de Musset, Lorenzaccio, Acte III, scène 3, 1834.


1. Fleuve qui traverse Florence.
2. Honte, déshonneur.
3. Sentiment de haine, d’horreur.
4. Coup vif sur le visage.
5. Brutus est l’assassin de César et incarne le tyrannicide ; Érostrate a laissé son nom dans l’Histoire pour avoir incendié le temple d’Artémis à Éphèse, l’une des sept merveilles du monde.
6. Poignard ou épée courte.
7. Destin.

Texte écho
William Shakespeare, Hamlet (1603)

Voici un extrait du monologue de Hamlet :

Car qui supporterait les coups de fouet et les insultes du monde,
Les iniquités de l’oppresseur, la morgue de l’orgueilleux,
Les affres de l’amour méprisé, les retards de la justice,
L’insolence des gens en place et les rebuffades
Que le mérite patient reçoit des hommes indignes,
Quand on pourrait soi-même en être quitte
Grâce à un simple poignard ? […]

William Shakespeare, Hamlet, Acte III, scène 1, 1603, trad. de l’anglais de Henri Suhamy, 2008, Éditions Larousse.

Éclairage

L’action de Lorenzo est vouée à l’échec parce qu’elle est individuelle ; certes, il espère qu’elle donnera le coup d’envoi à une conjuration républicaine ; c’est le sens de ses confidences à Philippe (III, 3) […]. Mais à aucun moment Lorenzo ne se constitue en chef de clan, en meneur d’une conspiration organisée, et encore moins d’une révolte à caractère social ; comment le pourrait-il, étant lui-même dégoûté par le peuple qui collabore à la prostitution généralisée de Florence ?


Florence Naugrette, Le Théâtre romantique, 2001, Éditions du Seuil.