Texte 3


Les Tourments de Mme de Tourvel




Éclairage

La représentation des tourments de l'âme comme une tempête est un topos (ou motif) littéraire qui remonte au De rerum natura de l'auteur latin Lucrèce, dont les premiers vers sont :

« Il est doux, quand les vents tourmentent de leurs trombes la mer aux vastes flots, de se trouver à terre… »

Lucrèce, De la nature des choses, Ier siècle avant J.-C., trad. du latin de Bernard Pautrat, 2002, Librairie Générale Française.

Ressource complémentaire

Bande‑annonce du ballet Les Liaisons dangereuses / Cantata de Davide Bombana, d'après le roman de Pierre Choderlos de Laclos et représenté au Théâtre du Capitole à Toulouse (2018).



William Turner Tempête de neige en mer
Joseph Mallord William Turner, Tempête de neige en mer, 1842, huile sur toile, 91,4 × 121,9 cm, Tate Britain, Londres, Royaume-Uni.

Texte écho
Nicolas Boileau, « Contre les femmes » (1694)

Bientôt dans ce grand monde où tu vas l'entraîner,
Au milieu des écueils qui vont l'environner,
Crois-tu que, toujours ferme aux bords du précipice,
Elle pourra marcher sans que le pied lui glisse :
Que toujours insensible aux discours enchanteurs
D'un idolâtre amas de jeunes Séducteurs,
Sa sagesse, jamais ne deviendra folie ?

Nicolas Boileau, « Contre les femmes », Satires, satire X, 1694.
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Entrer dans le texte

1
Qu'indique l'abondance de questions rhétoriques sur l'état d'esprit de Madame de Tourvel ?


Une lettre de rupture

2
Pour quelles raisons la présidente affirme-t-elle qu'elle ne veut plus recevoir de lettres de Valmont ?


3

a. Commentez les répétitions de « cessez » (2e paragraphe) et « laissez-moi » (dernier paragraphe) : qu'ont-elles en commun ?

b. Que disent-elles des émotions de Madame de Tourvel ?


Une confession intime

4
À quoi le bonheur est-il comparé ? Expliquez l'image.


5
La présidente vous paraît-elle sincère lorsqu'elle écrit « Je suis heureuse, je dois l'être » ? Justifiez en analysant la phrase.


6
Cette lettre est adressée au vicomte de Valmont : en quoi peut-on dire que la présidente l'écrit avant tout pour elle-même ?


7
Texte écho En quoi les vers de Boileau peuvent-ils éclairer l'étude de cette lettre ?


Vers la dissertation

8
En quoi cette lettre traduit-elle l'inquiétude et l'impuissance de la présidente de Tourvel ?


9
GRAMMAIRE
Repérez des phrases construites sur le même rythme que la phrase « Chérie et estimée [...] dans le même objet. », et commentez leur construction.


ORAL
Imagination Vous relisez la lettre de la présidente avant qu'elle ne l'envoie. Quels conseils lui donneriez-vous ?
Enregistreur audio

Les tourments de Mme de Tourvel


La présidente de Tourvel poursuit sa correspondance avec le vicomte de Valmont. Elle tente de le convaincre de son amitié, mais refuse de parler d'amour avec lui.

Lettre LVI
La Présidente de Tourvel au Vicomte de Valmont

  À quoi vous servirait, Monsieur, la réponse que vous me demandez ? Croire à vos sentiments ; ne serait-ce pas une raison de plus pour les craindre ? et sans attaquer ni défendre leur sincérité, ne me suffit-il pas, ne doit-il pas vous suffire à vous-même, de savoir que je ne veux ni ne dois y répondre ?
  Supposé que vous m'aimiez véritablement (et c'est seulement pour ne plus revenir sur cet objet, que je consens à cette supposition), les obstacles qui nous séparent en seraient-ils moins insurmontables ? [...]
Cessez donc, je vous en conjure, cessez de vouloir troubler un coeur à qui la tranquillité est si nécessaire ; ne me forcez pas à regretter de vous avoir connu.
  
Chérie et estimée d'un mari que j'aime et respecte, mes devoirs et mes plaisirs se rassemblent dans le même objet.
Je suis heureuse, je dois l'être. S'il existe des plaisirs plus vifs, je ne les désire point. Je ne veux pas les connaître. En est-il de plus doux que d'être en paix avec soi-même, de n'avoir que des jours sereins, de s'endormir sans trouble, et de s'éveiller sans remords ? Ce que vous appelez le bonheur, n'est qu'un tumulte des sens, un orage des passions dont le spectacle est effrayant, même à le regarder du rivage. Eh ! comment affronter ces tempêtes ? comment oser s'embarquer sur une mer couverte des débris de mille et mille naufrages ? Et avec qui ? Non, Monsieur, non je reste à terre ; je chéris les liens qui m'y attachent. Je pourrais les rompre que je ne le voudrais pas ; si je ne les avais, je me hâterais de les prendre.
  Pourquoi vous attacher à mes pas ? pourquoi vous obstiner à me suivre ? Vos Lettres, qui devaient être rares, se succèdent avec rapidité. Elles devaient être sages, et vous ne m'y parlez que de votre fol amour. Vous m'entourez de votre idée, plus que vous ne le faisiez de votre personne. Écarté sous une forme, vous vous reproduisez sous une autre. Les choses qu'on vous demande de ne plus redire, vous les redites seulement d'une autre manière. Vous vous plaisez à m'embarrasser par des raisonnements captieux1 ; vous échappez aux miens. Je ne veux plus vous répondre, je ne vous répondrai plus. Et comme vous traitez les femmes que vous avez séduites ! avec quel mépris vous en parlez ! Je veux croire que quelques-unes le méritent : mais toutes sont-elles donc si méprisables ? Ah ! sans doute, puisqu'elles ont trahi leurs devoirs pour se livrer à un amour criminel. De ce moment, elles ont tout sacrifié. Ce supplice est juste, mais l'idée seule en fait frémir. Que m'importe, après tout ? pourquoi m'occuperais‑je d'elles ou de vous ? de quel droit venez-vous troubler ma tranquillité ?
Laissez-moi, Monsieur, laissez-moi, ne me voyez plus, ne m'écrivez plus, je vous en prie ; je l'exige. Cette Lettre est la dernière que vous recevrez de moi.


De …, ce 5 septembre 17**.

Pierre Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, Seconde partie, Lettre LVI, 1782.


1. Qui cherchent à tromper.
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L'image

1
Quels procédés le peintre utilise-t-il pour rendre compte du chaos engendré par la tempête ?


2
Le spectateur vous semble-t-il gardé à distance de la scène représentée ?
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