MÉTHODE BAC
ANALYSE DE DOCUMENT



Analyser un discours





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Exercice d’application

Identifiez l’auteur, le contexte et les destinataires de ce discours.

Analysez ce discours et montrez quel rôle Victor Hugo veut faire jouer à la France.

Alexis de Tocqueville

Consigne

1. Identifiez l’auteur, le contexte et les destinataires de ce discours.


2. Expliquez quels sont la vision et l'objectif politiques de Tocqueville.


Discours d’Alexis de Tocqueville à la Chambre des pairs, le 27 janvier 1848

Messieurs, je ne sais si je me trompe, mais il me semble que l’état actuel des choses, l’état actuel de l’opinion, l’état des esprits en France, est de nature à alarmer et à affliger. Pour mon compte, je déclare sincèrement à la Chambre que j’éprouve une certaine crainte pour l’avenir […] pour la première fois peut‑être depuis seize ans, le sentiment, l’instinct de l’instabilité, ce sentiment précurseur des révolutions, qui souvent les annonce, qui quelquefois les fait naître, que ce sentiment existe à un degré très grave dans le pays. […] Telle est, messieurs, ma conviction profonde ; je crois que nous nous endormons à l’heure qu’il est sur un volcan, j’en suis profondément convaincu.

Songez, messieurs, à l’ancienne monarchie ; elle était plus forte que vous, plus forte par son origine ; elle s’appuyait mieux que vous sur d’anciens usages, sur de vieilles moeurs, sur d’antiques croyances ; elle était plus forte que vous, et cependant elle est tombée dans la poussière. Et pourquoi est‑elle tombée ? Croyez‑vous que ce soit par tel accident particulier ? Pensez-vous que ce soit le fait de tel homme, le déficit, le serment du Jeu de paume, Lafayette, Mirabeau ? Non, messieurs ; il y a une cause plus profonde et plus vraie, et cette cause c’est que la classe qui gouvernait alors était devenue, par son indifférence, par son égoïsme, par ses vices, incapable et indigne de gouverner. Voilà la véritable cause.

[…] Est-ce que vous ne ressentez pas, par une sorte d’intuition instinctive qui ne peut pas s’analyser, mais qui est certaine, que le sol tremble de nouveau en Europe ? Est‑ce que vous ne sentez pas… que dirai‑je ? Un vent de révolutions qui est dans l’air ? […] Est‑ce donc que la vie des rois tient à des fils plus fermes et plus difficiles à briser que celle des autres hommes ? […] Est-ce que vous savez ce qui peut arriver en France d’ici à un an, à un mois, à un jour peut-être ? Vous l’ignorez ; mais ce que vous savez, c’est que la tempête est à l’horizon, c’est qu’elle marche sur vous ; vous laisserez-vous prévenir par elle ?

Messieurs, je vous supplie de ne pas le faire ; je ne vous le demande pas, je vous en supplie ; je me mettrais volontiers à genoux devant vous, tant je crois le danger réel et sérieux, tant je pense que le signaler n’est pas recourir à une vaine forme de rhétorique. Oui, le danger est grand ! Conjurez‑le quand il en est temps encore ; corrigez le mal par des moyens efficaces, non en l’attaquant dans ses symptômes, mais en lui même.

On a parlé de changements dans la législation. Je suis très porté à croire que ces changements sont non seulement utiles, mais nécessaires : ainsi je crois à l’utilité de la réforme électorale, à l’urgence de la réforme parlementaire […] mais, pour Dieu, changez l’esprit du gouvernement, car, je vous le répète, cet esprit‑là vous conduit à l’abîme.

C’est une chose fatale quand les peuples brisent des dynasties ; c’est une chose plus fatale encore quand les princes brisent des nationalités. Messieurs, la nationalité polonaise était glorieuse ; elle eût dû être respectée. Que la France avertisse les princes, qu’elle mette un terme et qu’elle fasse obstacle aux barbaries. Quand la France parle, le monde écoute ; quand la France conseille, il se fait un travail mystérieux dans les esprits, et les idées de droit et de liberté, d’humanité et de raison, germent chez tous les peuples. […] La France a été et est encore plus que jamais la nation qui préside au développement des autres peuples. […] Messieurs, je me résume et je finis par un mot. L’intervention de la France dans la grande question qui nous occupe, cette intervention ne doit pas être une intervention matérielle, directe, militaire, je ne le pense pas. Cette intervention doit être une intervention purement morale ; ce doit être l’adhésion et la sympathie hautement exprimées d’un grand peuple, heureux et prospère, pour un autre peuple opprimé et abattu. Rien de plus, mais rien de moins.


Discours de Victor Hugo à la Chambre des pairs, le 19 mars 1846.

Méthode et Application guidée


2
Comprendre l’objectif

Le mot « discours » vient du latin discurrere qui signifie « courir çà et là ». Un discours est donc le cheminement d’une pensée.

L’auteur opère des choix et ménage un certain nombre d’effets pour donner à voir l’expression de sa pensée et susciter l’attention et l’adhésion.

Conseil : Un discours est généralement rédigé à l’écrit avant d’être prononcé. Soyez attentif aux figures de style et aux champs lexicaux employés par l’auteur.

Alexis de Tocqueville cherche à attirer l’attention sur une situation politique instable, qu’il estime être dangereuse. À ses yeux la révolution menace, non seulement en France, mais plus largement en Europe. Il semble même prédire la révolution qui éclatera quelques semaines plus tard.

Pour alarmer les députés, il n’hésite pas à utiliser la métaphore de la catastrophe naturelle : volcan, séisme, tempête.

3
Porter un regard critique

Un discours est un texte qui n’est pas neutre. L’auteur se livre à une démonstration : il met en relief certains éléments et il en élude d’autres. Un discours est avant tout un point de vue.

Tocqueville identifie des causes. Selon lui, le pouvoir politique est responsable de la situation.

Il va jusqu’à proposer des solutions : réforme électorale, changement du gouvernement.

Il s’agit donc d’un texte engagé et pas uniquement d’une analyse politique.

1
Identifier l’auteur, le contexte et les destinataires

Interrogez‑vous sur l’auteur de ce discours et sur ses intentions : qui est‑il ? Quels sont ses objectifs ?

Intéressez‑vous ensuite au contexte : où et quand ce discours est‑il prononcé ?

Enfin, repérez les destinataires : qui est ciblé par ce discours ?

Conseil : N’oubliez pas qu’un discours est toujours l’expression d’une pensée.

Alexis de Tocqueville (1805‑1859), issu d’une famille aristocratique normande, célèbre pour son ouvrage De la démocratie en Amérique, est député depuis 1839.

Il prononce ici un discours devant la Chambre des pairs en janvier 1848. Il s’adresse donc avant tout aux autres députés.
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