COURS 3


Les mémoires du conflit





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L’État

Les politiques mémorielles. Dès la fin de la guerre, les États mettent en place des politiques de commémoration. Le 14 juillet 1919, un défilé spectaculaire est organisé à Paris pour célèbrer la victoire de l’Entente. D’autres cérémonies ont pour objectif d’honorer la mémoire des soldats disparus, comme l’inhumation du soldat inconnu, le 11 novembre 1920.

Les lieux de mémoire. De multiples lieux de mémoire apparaissent, comme les nécropoles bâties sur les anciens champs de bataille. Anciens combattants et familles de victimes viennent du monde entier visiter les principaux lieux du conflit, formant un véritable phénomène de tourisme mémoriel.

Les mémoires locales. La mémoire du conflit est également très présente à l’échelle locale. Les soldats de retour du front sont accueillis solennellement. En France, près de 36 000 communes se dotent d’un monument aux morts (doc. 1). Ces projets sont souvent financés par l’organisation de souscriptions volontaires.

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La démobilisation

Voilà cent jeunes soldats, dix‑huit lieutenants, trente sous‑officiers et caporaux qui veulent recommencer à vivre. […] Chacun d’eux est un soldat accompli, rien de plus et rien de moins. Mais pour la paix ? Sommes‑nous aussi « bons pour le service » ? Sommes‑nous d’ailleurs encore capables d’être autre chose que soldats ? […] Personne ne pourrait se faire une idée de ce que nous étions autrefois. Comme un rouleau compresseur, la guerre a passé sur nous. […]

Jusqu’ici, nous étions restés tous ensemble. Les uns près des autres ; nous, dans nos tranchées, eux, dans leurs fosses, séparés par quelques poignées de terre. […] Mais maintenant, nous allons rentrer dans la vie, tandis qu’eux resteront ici…


Erich Maria Remarque, Après, 1931.

Histoire et fiction

Pierre Lemaitre, Au revoir là‑haut, 2013. Dans ce roman récompensé du prix Goncourt et adapté au cinéma en 2017 par Albert Dupontel, on suit l’histoire de deux poilus dans la société française d’après‑guerre.

Pierre Lemaitre, Au revoir là‑haut, 2013

Édouard Péricourt est une « gueule cassée » : défiguré pendant la guerre, il porte un masque. Quant à Albert Maillard, il est traumatisé par son dernier combat, au cours duquel il a été trahi par l’un de ses officiers, et souffre de paranoïa aiguë. Les deux amis ont du mal à retourner à la vie civile et se sentent notamment abandonnés par l’État. Ils décident alors de mettre sur pied une véritable arnaque en vendant aux mairies de faux monuments aux morts.



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Les monuments aux morts, lieux de mémoire

Monument aux morts de Montbron

Monument aux morts de Montbron (Charente, France), réalisé par Émile Peyronnet dans les années 1920.

Repères

Aristide Briand

Aristide Briand
(1862‑1932)

Homme politique français, Aristide Briand est plusieurs fois président du Conseil et ministre des Affaires étrangères entre 1915 et 1930. Profondément pacifiste, il œuvre d’abord au rapprochement franco‑allemand (traité de Locarno en 1925), ce qui lui vaut le prix Nobel de la paix en 1926. En 1928, le pacte Briand‑Kellogg, par lequel plusieurs États s’engagent à ne plus faire la guerre, est l’apogée de sa carrière.

2
Les sociétés

Une démobilisation progressive. Après la fin des hostilités, la démobilisation des soldats est progressive. Pour la France, engagée dans plusieurs conflits à l’Est, elle ne prend fin qu’au printemps 1920. Plusieurs millions de prisonniers de guerre doivent eux aussi attendre de longues années avant d’être rapatriés.

Une réinsertion difficile. Les anciens combattants éprouvent souvent des difficultés à se réinsérer dans leurs familles et dans le monde professionnel (doc. 2). Ils créent de nombreuses associations qui leur permettent de prolonger la solidarité du temps de guerre en défendant leurs intérêts communs, mais aussi en partageant leurs souvenirs.

Des sociétés transformées. La plupart des États sont ruinés par la guerre et l’inflation est très élevée. La guerre entraîne également des bouleversements sociaux et politiques : plusieurs États accordent ainsi le droit de vote aux femmes.

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Le rapprochement franco‑allemand

Gustav Stresemann, Austen Chamberlain et Aristide Briand à Locarno le 16 octobre 1926

Gustav Stresemann, Austen Chamberlain et Aristide Briand à Locarno le 16 octobre 1926, photographie anonyme.

Comment les sociétés de l’après‑guerre entretiennent‑elles le souvenir du conflit ?


Le retour des sociétés à la paix est long et complexe. Malgré le développement du pacifisme, de nouvelles tensions internationales apparaissent.

Voir le cours 4

3
Le pacifisme

L’idéal pacifiste. Le caractère exceptionnellement meurtrier du conflit nourrit le pacifisme. De nombreux artistes et intellectuels, parfois eux-même anciens combattants, expriment leur dégoût de la guerre et leur souhait qu’elle soit la « der des ders ».

Des efforts politiques. Le pacifisme se traduit également dans le domaine politique. Aristide Briand réussit par exemple à rétablir des relations diplomatiques entre la France et l’Allemagne (doc. 3). En 1928, par le pacte Briand‑Kellogg, soixante‑trois dirigeants s’engagent à ne plus avoir recours à la guerre.

Des résultats mitigés. Les pacifistes ne parviennent pas à imposer aux États le principe du désarmement et ne peuvent s’opposer à la montée d’un esprit de revanche belliciste, aggravé par le phénomène de brutalisation. C’est particulièrement le cas en Italie et en Allemagne, où les traités de paix ont laissé un profond sentiment de frustration.

Vocabulaire

Brutalisation : poursuite en temps de paix des comportements agressifs banalisés en temps de guerre.

Lieu de mémoire : élément matériel ou immatériel (personnage, événement, lieu, monument, etc.) symboliquement attaché à une période et à une communauté et qui en entretient le souvenir.

Mémoire : manière dont les hommes se souviennent du passé. Elle est portée par divers acteurs (individus, associations, pouvoir politique, artistes, etc.).

Pacifisme : ici, doctrine qui considère la paix entre les nations comme un objectif politique prioritaire.
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