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Texte 5


Maryse Condé, Moi, Tituba sorcière… Noire de Salem (1986)




Éclairage

En 1692, à Salem (États-Unis), des jeunes filles accusent plusieurs habitantes de les avoir envoûtées. Environ 80 personnes – majoritairement des femmes – sont jugées pour sorcellerie et beaucoup d’entre elles sont pendues.
Les historiens ont longtemps considéré que le puritanisme religieux avait déclenché cette fureur paranoïaque. Depuis, on pense que des hallucinations provoquées par l’ergot de seigle, un champignon qui parasite les céréales, ont pu renforcer le phénomène.

Pour en savoir plus sur l'affaire des sorcières de Salem, voir la vidéo ci-dessous.

Ressource complémentaire

Vidéo : Salem et l'hystérie - Fragment de temps. Chaîne : Ducky.

Portrait d'une femme noire


Retrouvez une analyse de ce tableau sur le site L'Histoire par l'image.
Marie-Guillemine Benoist, Portrait d’une négresse (nouveau titre : Portrait d’une femme noire), 1800, peinture, 81 × 65 cm, musée du Louvre, Paris.
Voir les réponses

Entrer dans le texte

1

Quel est le sentiment dominant qu'éprouve Tituba dans la première partie du texte ?


Seule

2
a. Quels éléments de son ancienne vie Tituba regrette-t-elle le plus ?


b. Que fait-elle pour tenter de remédier à cela ?


3
GRAMMAIRE

a. À quel temps sont conjugués la plupart des verbes dans les trois premiers paragraphes ?

b. Quelles sont les valeurs de ce temps dans ce passage ?


4
Pourquoi semble-t-il difficile à Tituba de partager ce qu’elle ressent avec les autres personnages ?


Rester soi-même

5

a. Comparez le 3e et le 8e paragraphes. Quels sont les thèmes abordés par Tituba ?

b. Qu’est-ce qui change, pour le personnage ?


6
Les images de la Barbade recréées dans un bol d’eau ont-elles une symbolique positive ou négative ? Proposez une réponse nuancée.


Vers le commentaire

7
Cherchez la définition du mot « déculturation » et montrez comment le texte figure la déculturation progressive de Tituba.



ORAL

Mettez-vous par petits groupes de trois ou quatre élèves et décrivez à vos camarades ce que vous mettriez dans votre bocal (paysage, gens, objets…) si vous étiez contraint(e) de quitter votre pays natal.
Vous pouvez également vous enregistrer pour vous entraîner.
Enregistreur audio

Maryse Condé
Maryse Condé, Moi, Tituba sorcière… Noire de Salem (1986)

Maryse Condé est une romancière guadeloupéenne. Dans ce roman, elle raconte, sous la forme d’une autobiographie fictive, l’histoire d’une victime oubliée du procès des sorcières de Salem. Tituba, esclave noire, a été arrachée à sa terre natale et a dû suivre ses maîtres, les Parris, à Salem, petit village du Massachusetts sur lequel les Puritains exercent une emprise démesurée.

  Ah non, rien ne me plaisait dans le cadre de ma nouvelle vie ! De jour en jour mes appréhensions se fortifiaient et devenaient pesantes comme un fardeau que je ne pouvais jamais déposer. Je me couchais avec lui. Il s’étendait sur moi par-dessus le corps musculeux de John Indien1. Au matin, il alourdissait mon pas dans l’escalier et ralentissait mes mains quand je préparais le fade gruau2 du petit-déjeuner.
  Je n’étais plus moi-même.
  Pour tenter de me réconforter, j’usai d’un remède. Je remplissais un bol d’eau que je plaçais près de la fenêtre de façon à pouvoir le regarder tout en tournant et virant dans ma cuisine et j’y enfermais ma Barbade3. Je parvenais à l’y faire tenir tout entière avec la houle des champs de canne à sucre prolongeant celle des vagues de la mer, les cocotiers penchés du bord de mer et les amandiers-pays4 tout chargés de fruits rouges et vert sombre. Si je distinguais mal les hommes, je distinguais les mornes5, les cases, les moulins à sucre et les cabrouets6 à boeufs que fouettaient des mains invisibles. Je distinguais les habitations et les cimetières des maîtres. Tout cela se mouvait dans le plus grand silence au fond de l’eau de mon bocal, mais cette présence me réchauffait le cœur.   Parfois Abigail, Betsey, maîtresse Parris me surprenaient dans cette contemplation et s’étonnaient :
  — Mais que regardes-tu, Tituba ?
  Maintes fois, je fus tentée de partager mon secret avec Betsey et maîtresse Parris, qui je le savais, regrettaient aussi vivement la Barbade. Toujours, je me ravisais7, mue par une prudence nouvellement acquise que me dictait mon environnement. Et puis, je me le demandais, leur regret et leur nostalgie, pouvaient ils se comparer aux miens ? Ce qu’elles regrettaient, c’était la douceur d’une vie plus facile, d’une vie de Blanches, servies, entourées par des esclaves attentionnés. Même si maître Parris avait fini par perdre tout son bien et toutes ses espérances, les jours qu’elles y avaient coulés, avaient été faits de luxe et de volupté. Moi, qu’est-ce que je regrettais ? Les bonheurs ténus8 de l’esclave. Les miettes qui tombent du pain aride de ses jours et dont il fait des douceurs. Les instants fugaces9 des jeux interdits.
  Nous n’appartenions pas au même monde, maîtresse Parris, Betsey et moi, et toute l’affection que j’éprouvais pour elles ne pouvait changer ce fait-là. […]
  Je n’avais pas pris la pleine mesure des ravages que causait la religion de Samuel Parris ni même compris sa vraie nature avant de vivre à Salem. Imaginez une étroite communauté d’hommes et de femmes, écrasés par la présence du Malin parmi eux et cherchant à le traquer dans toutes ses manifestations. Une vache qui mourait, un enfant qui avait des convulsions, une jeune fille qui tardait à connaître son flot menstruel et c’était matière à spéculations infinies. Qui, s’étant lié par un pacte avec le terrible ennemi, avait provoqué ces catastrophes ? […] Moi-même, je m’empoisonnais à cette atmosphère délétère et je me surprenais, pour un oui ou pour un non, à réciter des litanies10 protectrices ou à accomplir des gestes de purification. […]
  Oui, je devenais une autre femme. Une étrangère à moi-même.


Maryse Condé, Moi, Tituba sorcière… Noire de Salem © Éditions Mercure de France, 1986.


1. Autre esclave et mari de Tituba.
2. Sorte de bouillie de céréales.
3. Île des Caraïbes. L’image de la terre natale ressuscitée dans le bocal n’est pas uniquement métaphorique : le personnage de Tituba a des pouvoirs magiques.
4. Arbre fruitier tropical également appelé badamier.
5. Collines (mot créole).
6. Petite charrette servant à transporter les cannes à sucre.
7. Je changeais d’avis.
8. Fragiles.
9. Qui ne durent pas.
10. Prières.
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L'image

1
Pour quelles raisons cette œuvre peut-elle être qualifiée de subversive, à l’époque où elle est peinte ?


2
Lisez le titre de l'œuvre. Qu’observez-vous ? Expliquez.

Ressource complémentaire

« Les migrants dans la fiction : Pascal Manoukian et Leïla Sebbar », La grande table, émission du 25/09/2015, France Culture.
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