COURS 3


L’immigration et la place des étrangers





nomades, Le Petit Journal, 8 septembre 1912

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Les nomades à la frontière franco‑allemande

Le Petit Journal, 8 septembre 1912.

Comment l’immigration est‑elle perçue jusqu’en 1914 ?


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Une période de forte immigration

Les conditions des migrations. Depuis le milieu du XIXe siècle, les migrations européennes s’accélèrent, du fait de crises comme celle de la pomme de terre en Irlande dans les années 1840, et de la transition démographique qui entraîne une augmentation du nombre d’habitants. Les migrations sont surtout économiques.

Des Belges aux Italiens. Au XIXe siècle, la moitié des migrants du monde viennent des îles Britanniques. En France, les Belges représentent 40 % des immigrés en 1870. À la fin du XIXe siècle, les Italiens deviennent majoritaires : en 1911, ils sont 420 000 (doc. 1). Allemands et Espagnols, moins nombreux, vivent surtout dans les régions frontalières.

L’invention de l’immigration. En 1891, le premier recensement spécifique des étrangers en France est réalisé : c’est la naissance de la notion d’immigration. Cela répond à la crise économique des années 1880. Paradoxalement, c’est à ce moment que l’immigration se stabilise, après une forte poussée migratoire dans les années 1850.

Les étrangers en France (1851-1911)

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Les étrangers en France (1851‑1911)



L’immigration est parfois source de tensions. Elle contribue également à des brassages d’idées : c’est par exemple d’Angleterre que viennent les idées féministes.

Voir le cours 4

Prolongement numérique

Le musée de l’Immigration a fait réaliser en 2006 un documentaire sur l’histoire de l’immigration en France.

Le musée de l’Immigration

Rassemblant plus de 350 photographies et documents d’archive, ce film a été écrit par des historiens appartenant au comité scientifique du musée de l’Immigration. Deux dossiers thématiques permettent de prolonger l’étude de la question migratoire. Dans « Autour du travail », il est possible de suivre plus particulièrement l’itinéraire des Polonais et des Italiens. Le dossier « Intégration et xénophobie » permet notamment de comprendre les deux notions à travers l’exemple du football.

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Les mineurs étrangers

[Étienne apprend quelque temps après l’arrivée des mineurs belges.] On m’a dit que le petit Négrel était parti en Belgique chercher les Borains1. Ah ! nom de Dieu, nous sommes fichus, si c’est vrai ! […] Qu’ils fassent donc descendre les Borains, s’ils veulent que nous démolissions les fosses ! D’un air gêné, Étienne expliqua [au Maheu] qu’on ne pouvait pas bouger, que les soldats qui gardaient les fosses protégeraient la descente des ouvriers belges. […] Aussi voyait‑il rouge, à l’idée de cette injure, de ces étrangers qu’on menaçait d’y introduire. […] – À mort, les Borains ! pas d’étrangers chez nous ! à mort ! à mort ! Tous se ruaient, il fallut qu’Étienne les arrêtât.


Émile Zola, Germinal, 1885.

1. Personnes originaires du Borinage, une région belge.

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De la méfiance au rejet

Une mobilité suspecte. En 1895 sont recensés tous les « nomades, bohémiens et vagabonds ». La loi de 1912 impose finalement aux nomades le port d’un carnet anthropométrique afin de contrôler leur circulation (doc. 3).

Multiplication des violences. Elles interviennent surtout à partir de la fin du XIXe siècle, par exemple lors du massacre d’Aigues‑Mortes. En juin 1894, Sante Caserio, un anarchiste italien, tue le président Sadi Carnot, ce qui déclenche également des violences contre les immigrés italiens de Lyon.

Les raisons du rejet. Peur de la concurrence (doc. 2), nationalisme et racisme s’imbriquent. Les bagarres qui éclatent dans les mines et les usines de l’Est, comme à Moulaine en 1900 et 1902, exaltent la « race lorraine ». À l’inverse, la détente diplomatique entre Paris et Rome après 1900 apaise les violences contre les Italiens.

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La difficile intégration dans un État‑nation

Des flux contrôlés. Les migrations s’inscrivent dans une tradition de mobilité de savoir‑faire comme celle des piqueteurs ou des mineurs belges (doc. 2). À partir de la fin du XIXe siècle, les patrons mettent toutefois en place une politique de recrutement : est ainsi créé un Syndicat français de la main‑d’œuvre étrangère.

Une certaine intégration. Les différences linguistiques, culturelles ou religieuses sont des obstacles. Néanmoins, l’intégration est possible et dépasse le monde du travail, comme l’illustrent les parcours du général Mac‑Mahon, d’origine irlandaise, de la scientifique Marie Curie, polonaise, ou encore du poète Paul Verlaine, belge.

Un entre-soi. À partir de la fin du XIXe siècle, des quartiers spécifiques émergent dans les villes. Les Belges investissent par exemple le quartier de Wazemmes à Lille, les Napolitains celui du Vieux‑Port à Marseille.

Vocabulaire

Anthropométrie : mesure du corps humain. Son application judiciaire est imaginée par Alphonse Bertillon en 1879 à la préfecture de police de Paris.

Intégration : fait de trouver sa place dans une communauté donnée, le plus souvent en adoptant un certain nombre de ses pratiques.

Migration : déplacement de personnes d’un lieu à un autre pour s’y établir.

Racisme : discours qui se construit à partir du milieu du XIXe siècle, et qui suppose à la fois l’existence de races humaines et leur inégalité.

Transition démographique : passage de taux élevés de natalité et de mortalité à des taux faibles.

Repères

Le massacre d’Aigues Mortes

Le massacre d’Aigues‑Mortes

Le 17 août 1893, 300 ouvriers des salines d’Aigues‑Mortes s’en prennent aux travailleurs italiens : plusieurs sont tués. On a longtemps cru qu’il s’agissait d’un accès soudain de racisme ; mais en réalité les ouvriers français utilisent l’argument de la nationalité pour justifier leur violence, qui répond surtout à des motifs économiques et politiques.


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