Texte 1


Victor Hugo, « Melancholia » (1856)





◈ Ressource complémentaire


S. Picard, De l’hygiène des ouvriers employés dans les filatures (1863)


Il s’agit ici d’une des nombreuses enquêtes sociales portant sur les conditions de vie des ouvriers, à la suite des travaux de Louis René Villermé et Frédéric Le Play, pères fondateurs des enquêtes sociologiques.

  L’ouvrier employé dans les filatures est assujetti à un travail assez fatiguant qui l’oblige de se tenir debout pendant douze heures par jour ; demeurant souvent à plusieurs kilomètres de la fabrique, dans ce dernier cas, obligé de franchir deux fois par jour une distance assez considérable, par toutes les intempéries des saisons, parfois n’ayant qu’une nourriture insuffisante, mal vêtu, exposé à des accidents qui peuvent devenir redoutables, respirant dans certaines salles une atmosphère rendue délétère par des poussières, quelquefois mal logé, privé de lumière et de soleil, commettant souvent des excès qui épuisent sa constitution, l’ouvrier fileur, disons-nous, est soumis à l’influence d’une foule de causes de maladies, et l’on comprend que la mortalité des ouvriers employés dans les filatures soit si considérable, comme le prouvent les recherches de M. Villermé [Tableau de l’état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie, 1840]. […]

  Celui qui pénètre pour la première fois dans les salles d’une filature éprouve une sensation assez pénible à la vue de ces enfants et de ces adultes, debout pendant presque toute la journée, constamment en mouvement, obligés de prêter une attention continuelle à leurs métiers ; ajoutez à cela la température fort élevée des salles, les émanations huileuses, les poussières qui existent dans l’air, le bourdonnement des machines à vapeur, le cliquetis des brochettes, la trépidation du plancher, et vous serez un instant comme étourdi et pris de vertige.


S. Picard, De l’hygiène des ouvriers employés dans les filatures, 1863.

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L'image

1
Qu’exprime le visage de cette fillette ?


2
Comment le photographe montre-t-il que cette enfant n’est pas libre ?


3
À quelle hauteur cadre-t-il sa photo ? Pourquoi ?

Photographie de Victor Hugo
Victor Hugo, « Melancholia » (1856)


« Melancholia » est un long poème dénonçant la misère du peuple dans le contexte de la révolution industrielle. L’extrait suivant est le plus célèbre.

Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules ?
Ils s’en vont travailler quinze heures sous des meules1 ;
Ils vont, de l’aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d’