Texte 8


Fabrice Arfi, « Rendre public » (2016)





Ed Stein, « Infrastructure », inspiré du bâtiment de la Cour Suprême, publié dans le Rocky Mountain News, 2008.
Ed Stein, « Infrastructure », inspiré du bâtiment de la Cour Suprême, publié dans le Rocky Mountain News, 2008.

Ressource complémentaire


Pour en savoir plus sur la liberté d'information et la liberté d'expression, consultez une fiche d'information proposée sur le CLEMI (centre pour l'éducation aux médias et à l'information).

Éclairage

En juin 2013, Edward Snowden, qui travaille pour la NSA (National Security Agency, aux États-Unis), transmet à des journalistes des milliers de documents secrets prouvant l’existence d’un système massif de surveillance illégale des Américains et des chefs d’État étrangers par le gouvernement. Il est le modèle des lanceurs d’alerte, ces citoyens qui révèlent des atteintes à l’intérêt public.
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L'image

1

a. Pourquoi l’auteur a‑t‑il choisi cet édifice pour représenter la démocratie ?

b. À quelle période historiquement importante pour la démocratie le style architectural de ce bâtiment fait‑il référence ?


2

a.
En quoi sont transformées les colonnes de l’édifice ?

b. Quel est le message défendu par cette image ?

Texte écho
Élise Lucet, « Les journalistes doivent reprendre le pouvoir » (2017)

  Je pense que la vérité n’est jamais un risque. C’est très important pour les téléspectateurs de la connaître. Car il y a beaucoup de faits qu’on tente de leur cacher ! Il ne faut pas entrer pour autant dans un « complotisme1 » délirant mais il faut parler cash, fournir les infos aux gens qui sont aussi des citoyens. On n’est pas des justiciers de l’info. Les gens s’empareront de ces vérités et se feront leur propre avis. Ils ont toute liberté pour réagir ! « Toute vérité n’est pas bonne à dire » ? Je ne le pense pas. À notre époque, dans nos démocraties où tout va très rapidement avec les réseaux sociaux, je pense que travailler sur le long terme, sortir des dossiers étayés sur des sujets brûlants, c’est très important. Pour le coup, on ne fait pas de l’information spectacle2. J’entends certains dire « Attention au populisme3, au "Tous pourris" » mais grâce à ces émissions, on peut demander des comptes. Pour une démocratie, il n’y a pas mieux que la vérité.

Extrait de l’interview d’Elise Lucet par Bernard Meuus, Le Soir, 25 janvier 2017.


1. Tendance à voir dans les « versions officielles » des faits des mensonges qui profiteraient à quelques uns.
2. Expression critiquant les émissions qui, sous couvert d’informer les gens, cherchent surtout à les divertir.
3. Terme péjoratif désignant un discours politique qui repose sur la critique systématique des élites (politiques, économiques, sociales…).

photo portrait de Fabrice Arfi
Fabrice Arfi, « Rendre public » (2016)

Fabrice Arfi travaille pour Mediapart, un journal publié exclusivement sur internet. Ce journaliste d’investigation a contribué à révéler de nombreux scandales financiers impliquant des personnalités politiques.

  Bien sûr qu’il faut du secret en démocratie : le secret et la publicité1, ce sont deux véhicules indispensables dans un espace démocratique, qui peuvent parfois entrer en collision. C’est très « intranquille » comme contradiction, mais je trouve cela formidablement stimulant pour une démocratie. Il faut du secret de la défense nationale, du secret médical, du secret de la vie privée et même, pourquoi pas, du secret des affaires.

  Le bémol2 considérable que je mets, c’est qu’en France le secret y est mal défini et mal contrôlé. De ce fait, dans tous les domaines que j’ai cités, le secret peut être utilisé comme un paravent qui empêche les citoyens d’avoir connaissance d’informations qui, pourtant, leur appartiennent.

  Ce n’est pas un problème de principe, mais de degrés. La transparence totale n’est pas la question. La question est bien celle du curseur du secret. Que faut‑il savoir des politiques qui ne sont, au fond, qu’une prolongation de nous‑mêmes, payés par cet instrument magnifique qu’est l’impôt, c’est‑à‑dire la part publique de notre argent privé ? Nous sommes, nous les citoyens, les créanciers3 de cette démocratie. Il est par conséquent normal de savoir quelle est l’utilisation qui en est faite. [...]

  Le secret des sources4 a été créé pour lutter contre les autres secrets. C’est en quelque sorte un secret contre les abus du secret. Entendons‑nous bien : le secret des sources n’est pas la liberté donnée aux journalistes de faire ce qu’ils veulent et éventuellement n’importe quoi. C’est la possibilité donnée à n’importe quel citoyen, un jour, de pouvoir alerter la presse sur des informations qu’il estime, lui, d’intérêt public. [...]

  Le secret des sources a donc été inventé pour protéger ceux qui, parfois, violent la règle de leur profession, voire la légalité du droit, pour alerter un journaliste. On doit protéger en démocratie cette liberté‑là, qui est désormais consolidée par une jurisprudence5 française mais surtout européenne très complète. La CEDH6 est, de ce point de vue‑là, une grande défenseure de la liberté d’informer, qui doit être distinguée de la liberté d’expression. Si on devait abîmer cette liberté, alors cela voudrait dire que le journalisme serait condamné à n’être que le relais de la communication officielle. Ce serait donc la fin du journalisme. [...]

  Le débat ne peut pas seulement se concentrer sur l’origine de l’information. Le débat, et c’est ainsi que la jurisprudence européenne s’est construite, doit aussi porter sur le contenu de l’information.


Interview de Fabrice Arfi par Philippe Guibert pour