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Histoire-Géographie 1re

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La Grande Peur (été 1789)






Aux lendemains de la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, un mouvement de panique se développe dans les campagnes françaises. Cette frayeur collective perdure jusqu’au mois d’août et l’abolition des privilèges. La « Grande Peur » est entretenue par de nombreuses rumeurs : on évoque tantôt un complot des aristocrates, tantôt une guerre imminente, tantôt enfin des attaques de brigands dans les campagnes. En réaction, des paysans se soulèvent : les armes à la main, ils attaquent des châteaux seigneuriaux.

événements 1789

Quelle est l’importance de la Grande Peur dans le déclenchement de la Révolution française ?


1
La diffusion de la Grande Peur en France

Diffusion Grande Peur


La Grande Peur n’est pas un phénomène centralisé, ni linéaire. Une multitude de rumeurs, parfois contradictoires, se diffusent dans les campagnes, souvent à partir de villes de taille moyenne. Plusieurs régions ne sont pas touchées par le mouvement, tandis que les troubles durent plusieurs mois dans d’autres.

Lien avec l'EMC

La circulation de rumeurs et de fausses informations peut avoir de lourdes conséquences politiques. C’est plus vrai que jamais aujourd’hui.

› Axe 1, Activité 6 : « Fake news et intox : rester critique face à l'information »

2
La Grande Peur vue par une fermière de Flandre

Lettre d’une fermière, Angélique Delputte, à son mari, député du tiers état aux états généraux.

Mon très cher mari,
Je ne puis passer sous silence le bruit qui se fait dans nos environs [...]. Mercredi dernier, à trois ou quatre heures le matin, il est venu une nouvelle disant que ces brigands qu’on avait expulsés de Paris venaient, et qu’ils brûlaient, tuaient et massacraient tout ce qu’ils trouvaient. On a tapé la cloche à plusieurs villages [...]. La ville était tout en alarme [...], toute la ville s’est mise sur armes ; des ménages entiers de Comines se sauvaient avec leurs meubles ; beaucoup quand ils sont venus à Wervicq n’étaient qu’à moitié habillés [...]. On disait là que c’était les Anglais qui venaient [...]. Là on disait que c’était les Bretons [qui] venaient, comme si ces gens-là leur auraient voulu du mal. À Mouscron, jusqu’au curé, a-t-on dit, qui sauvait dans l’église tous ses meubles. Ma soeur Odon s’est tellement saisie de voir tout ce monde s’enfuir, qu’elle en est indisposée. [...]. À présent on fait partout la garde en règle, jour et nuit. À Bousbecque, il y a une garde volante, c’est-à-dire stable, à la place. Aujourd’hui, on leur avait dit qu’il y avait deux fainéants de nos côtés : ils venaient mendier l’aumône à la maison, justement ils les ont pris dans la cour et ils les ont conduits chez le bailli [officier chargé de rendre la justice]. Mon frère Isidore et mon frère de Rekkem sont venus cette semaine à nouvelle, pour savoir comme vous vous portez [...]. Je les ai rassurés de votre santé [...] et ils vous font de grands compliments, comme ici toute la famille et vos enfants de Lille aussi.

Lettre d’Angélique Delputte à Pierre-François Lepoutre, 31 juillet 1789.

3
Le pouvoir royal face aux violences

Sa Majesté est informée que des troupes de brigands répandus dans le royaume s’attachent à tromper les habitants de plusieurs communautés, en les persuadant qu’ils peuvent, sans s’écarter des intentions de Sa Majesté, attaquer les châteaux, en enlever les archives, et commettre d’autres excès envers les habitations et les propriétés des seigneurs. Sa Majesté se trouve donc dans la nécessité de faire connaître que de semblables violences excitent toute son indignation. Elle enjoint expressément à tous ceux qui sont chargés de l’exécution de ses ordres de prévenir ces délits par tous les moyens qui sont en leur pouvoir et d’en poursuivre sévèrement la punition. Sa Majesté ne peut voir sans la plus grande affliction le trouble qui règne dans son royaume, trouble excité depuis quelques temps par des gens mal intentionnés et qui commencent par semer des faux bruits dans les campagnes, afin d’y répandre l’alarme et d’engager les habitants des villages à prendre les armes. Sa Majesté ordonne aux commandants de ses provinces de veiller de près sur des manœuvres si condamnables. Elle avertit ses fidèles sujets de se tenir en garde contre ces mauvaise desseins [...]. Elle invite tous les bons citoyens à s’opposer de tout leur pouvoir à la continuation d’un désordre qui fait le scandale et la honte de la France, et qui contrarie essentiellement les vues bienfaisantes dont le roi et les représentants de la Nation sont animés, par l’avancement du bonheur et de la prospérité du royaume.

Ordonnance du roi pour empêcher les excès envers les propriétés des seigneurs, 1789.

4
Révoltes et abolition des privilèges

Abolition provilège


Les révolutionnaires utilisent ici des fléaux, un outil agricole servant normalement à battre le blé lors des moissons. Ils frappent et détruisent un ensemble confus d’objets parmi lesquels on reconnaît plusieurs attributs ecclésiastiques et seigneuriaux : mitre d’un évêque, pièces d’armures, éperon, épée. Ces objets sont des symboles de la supériorité sociale et de la domination des nobles et du clergé sur le tiers état.
Nuit du 4 au 5 août 1789 ou le délire patriotique, estampe anonyme, 1789, 17 × 23 cm, BnF, Paris.

5
Des brigands ou des victimes ?

Messieurs, il n’est personne qui ne gémisse des scènes d’horreur dont la France offre le spectacle. [...] Ce ne sont point seulement des brigands qui, à main armée, veulent s’enrichir dans le sein des calamités : dans plusieurs provinces, le peuple tout entier forme une espèce de ligue pour détruire les châteaux, pour ravager les terres, et surtout pour s’emparer des chartriers où les titres des propriétés féodales sont en dépôt. Il cherche à secouer enfin un joug qui depuis tant de siècles pèse sur sa tête ; et il faut l’avouer, Messieurs, cette insurrection, quoique coupable (car toute agression violente l’est), peut trouver son excuse dans les vexations dont il est victime. Les propriétaires des fiefs, des terres seigneuriales, ne sont, il faut l’avouer, que bien rarement coupables des excès dont se plaignent leurs vassaux ; mais leurs gens d’affaires sont souvent sans pitié, et le malheureux cultivateur, soumis au reste barbare des lois féodales qui subsistent encore en France, gémit de la contrainte dont il est victime.

Duc d’Aiguillon, discours devant l’Assemblée, 4 août 1789.

Questions

Voir les réponses

Étudier un phénomène

1. Identifiez le type d’espaces touchés par la Grande Peur. (Doc. 1, 2 et 3)

2. Montrez quelles sont les réactions des élites face aux émeutes. (Doc. 3 et 5)

3. Relevez les thèmes récurrents qui justifient la violence populaire durant l’été 1789. (Doc. 2, 4 et 5)

4. Expliquez pourquoi les émeutiers s’en prennent aux archives seigneuriales. (Doc. 3 et 5)


Construire des hypothèses

5. Selon vous, par quels canaux d’information ces rumeurs se répandent-elles dans les campagnes françaises ?
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