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« Pardon, bourgeoise ! »

DYS

« Pardon, bourgeoise ! »

Jacques Vingtras, le double de Jules Vallès, est un jeune homme d’extrême gauche qui rêve de faire la révolution pour restaurer la République. Poussé par sa mère, inquiète de la misère dans laquelle il vit, il s’est fiancé à une fille de famille bourgeoise pour laquelle il éprouve des sentiments. Mais un incident lui a fait prendre conscience de l’impossibilité de leur union.
1
L
’argent – 100 000 francs ! 5 000 livres1 de rente2, 20 000 à la mort des parents. – C’est beau ! On imprime bien des appels aux armes avec ça.
  Mais si elle ne pense pas comme moi !...
  Elle dira alors que je la vole ou que je la trahis, quand mes colères républicaines sauteront sur le monde auquel elle appartient.

  Je sais à quoi m’en tenir depuis l’autre matin. C’est fini pour toujours !
  Nous étions allés dans un des faubourgs, où un vieux professeur ancien collègue de mon père a organisé une espèce de bureau de charité3.
  En revenant elle m’a dit :
  « Quand nous serons mariés, vous ne me mènerez pas dans des quartiers tristes. – Moi d’abord, a-t-elle repris avec une mine de suprême dégoût, je n’aime pas les pauvres… »
  Ah ! caillette4 ! À qui j’étais capable d’enchaîner ma vie ! Fille d’heureux qui avais, sans t’en douter, le mépris de celui que tu voulais pour mari ! Car lui, il a été pauvre ! Comme tu le mépriserais si tu savais qu’il a eu faim !
  Elle sent bien qu’elle a fait une blessure.
  Me reprenant le bras, et plongeant ses yeux tendres dans la sévérité des miens :
  « Vous ne m’avez pas comprise », murmure-t-elle, anxieuse d’effacer le pli qui est sur mon front.
  Pardon, bourgeoise ! Le mot qui est sorti de vos lèvres est bien un cri de votre cœur et vos efforts pour réparer le mal n’ont fait qu’empoisonner la plaie.
  Et j’en saigne et j’en pleure ! Car j’adorais cette femme qui était bien mise5 et sentait si bon !
  Mais n’ayez peur, camarades de combat et de misère, je ne vous lâcherai pas !

  « Vous m’en voulez, on dirait que vous me haïssez depuis l’autre jour. Soyez franc, voyons, a-t-elle dit en se plantant devant moi.
  – Eh bien oui, je vous en veux –, parce que vous aviez jeté un rayon de soleil dans l’ombre de ma jeunesse, et que j’ai soif de caresses et de bonheur. Mais j’ai encore plus soif de justice... un mot qui vous fait rire... n’est-ce pas ?
  C’est comme cela pourtant... on ne vous a raconté que le côté drôle de ma vie de bohème... tandis que j’en ai gardé des impressions poignantes, la haine profonde des idées et des hommes qui écrasent les obscurs et les désarmés. De grands mots !... Que voulez-vous ? Ils traduisent l’état de ma cervelle et de mon cœur ! Il y avait place encore là-dedans pour votre charme et les joies douces que votre grâce m’eût données, mais il aurait fallu que vous eussiez avec votre belle santé de vierge, que vous eussiez un peu de ma maladie d’ancien pauvre… »
  
  Et j’ai planté là celle qui était ma fiancée ! J’ai fui, enfonçant ma tête dans le collet6 de ma redingote7 comme une autruche, laissant ma mère désolée. J’ai filé par le premier train, désespéré.
Les textes principaux
  • 1881
    . « Pardon, bourgeoise ! »
    JULES VALLÈS
    10 questions associées
Les images
  • 1872
    . Un adieu poignant
    F. H. Kaemmerer
Le point de vue
  • Dans ce texte, le point de vue de la narration est interne : nous sommes « dans la tête » de Vingtras et nous suivons ses pensées.
  • Mais l’énonciation n’est pas simple, car celui-ci rejoue dans sa tête une scène qui l’a marqué. Ce qui s’est dit pendant cette scène se mêle donc aux réflexions qu’il est en train de se faire.
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JULES VALLÈS, Le Bachelier, chapitre XXVIII, 1881.

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DYS

« Pardon, bourgeoise ! »

Jacques Vingtras, le double de Jules Vallès, est un jeune homme d’extrême gauche qui rêve de faire la révolution pour restaurer la République. Poussé par sa mère, inquiète de la misère dans laquelle il vit, il s’est fiancé à une fille de famille bourgeoise pour laquelle il éprouve des sentiments. Mais un incident lui a fait prendre conscience de l’impossibilité de leur union.
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L’argent – 100 000 francs ! 5 000 livres1 de rente2, 20 000 à la mort des parents. – C’est beau ! On imprime bien des appels aux armes avec ça.
  Mais si elle ne pense pas comme moi !...
  Elle dira alors que je la vole ou que je la trahis, quand mes colères républicaines sauteront sur le monde auquel elle appartient.

  Je sais à quoi m’en tenir depuis l’autre matin. C’est fini pour toujours !
  Nous étions allés dans un des faubourgs, où un vieux professeur ancien collègue de mon père a organisé une espèce de bureau de charité3.
  En revenant elle m’a dit :
  « Quand nous serons mariés, vous ne me mènerez pas dans des quartiers tristes. – Moi d’abord, a-t-elle repris avec une mine de suprême dégoût, je n’aime pas les pauvres… »
  Ah ! caillette4 ! À qui j’étais capable d’enchaîner ma vie ! Fille d’heureux qui avais, sans t’en douter, le mépris de celui que tu voulais pour mari ! Car lui, il a été pauvre ! Comme tu le mépriserais si tu savais qu’il a eu faim !
  Elle sent bien qu’elle a fait une blessure.
  Me reprenant le bras, et plongeant ses yeux tendres dans la sévérité des miens :
  « Vous ne m’avez pas comprise », murmure-t-elle, anxieuse d’effacer le pli qui est sur mon front.
  Pardon, bourgeoise ! Le mot qui est sorti de vos lèvres est bien un cri de votre cœur et vos efforts pour réparer le mal n’ont fait qu’empoisonner la plaie.
  Et j’en saigne et j’en pleure ! Car j’adorais cette femme qui était bien mise5 et sentait si bon !
  Mais n’ayez peur, camarades de combat et de misère, je ne vous lâcherai pas !

  « Vous m’en voulez, on dirait que vous me haïssez depuis l’autre jour. Soyez franc, voyons, a-t-elle dit en se plantant devant moi.
  – Eh bien oui, je vous en veux –, parce que vous aviez jeté un rayon de soleil dans l’ombre de ma jeunesse, et que j’ai soif de caresses et de bonheur. Mais j’ai encore plus soif de justice... un mot qui vous fait rire... n’est-ce pas ?
  C’est comme cela pourtant... on ne vous a raconté que le côté drôle de ma vie de bohème... tandis que j’en ai gardé des impressions poignantes, la haine profonde des idées et des hommes qui écrasent les obscurs et les désarmés. De grands mots !... Que voulez-vous ? Ils traduisent l’état de ma cervelle et de mon coeur ! Il y avait place encore là-dedans pour votre charme et les joies douces que votre grâce m’eût données, mais il aurait fallu que vous eussiez avec votre belle santé de vierge, que vous eussiez un peu de ma maladie d’ancien pauvre… »
  
  Et j’ai planté là celle qui était ma fiancée ! J’ai fui, enfonçant ma tête dans le collet6 de ma redingote7 comme une autruche, laissant ma mère désolée. J’ai filé par le premier train, désespéré.
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