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Texte et image

Adieux à la vie

DYS

Sophocle

Antigone est condamnée à être emmurée vivante et se retrouve seule.
1
A
NTIGONE. – Ô tombeau, chambre nuptiale1 ! Retraite2 souterraine, ma prison à jamais ! En m’en allant vers vous, je m’en vais vers les miens, qui, déjà morts pour la plupart, sont les hôtes de Perséphone3, et vers qui je descends, la dernière de toutes et la plus misérable, avant d’avoir usé jusqu’à son dernier terme ma portion de vie. Tout au moins, en partant, gardé-je l’espérance d’arriver là-bas chérie de mon père, chérie de toi, mère, chérie de toi aussi, frère bien-aimé, puisque c’est moi qui de mes mains ai lavé, paré vos corps ; c’est moi qui vous ai offert les libations4 funéraires. Et voilà comment aujourd’hui, pour avoir, Polynice, pris soin de ton cadavre, voilà comment je suis payée ! Ces honneurs funèbres pourtant, j’avais raison de te les rendre, aux yeux de tous les gens de sens. Si j’avais eu des enfants, si c’était mon mari qui se fût trouvé là à pourrir sur le sol, je n’eusse certes pas assuré cette charge contre le gré de la cité. Quel est donc le principe auquel je prétends avoir obéi ? Comprends-le bien : un mari mort, je pouvais en trouver un autre et avoir de lui un enfant, si j’avais perdu mon premier époux ; mais, mon père et ma mère une fois dans la tombe, nul autre frère ne me fût jamais né. Le voilà, le principe pour lequel je t’ai fait passer avant tout autre.
Les textes principaux
  • pièce représentée vers 441 avant J.-C.
    . Sophocle
    SOPHOCLE
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  • . Jean Cocteau
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Les images
  • . Antigone
    Sophocle
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  • . Antigone
  • . La lettre d’Antigone
    Jean Anouilh
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Retrouvez une répétition d’Antigone par le théâtre de la Chamaille à Nantes.
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Jean Anouilh

JEAN ANOUILH, Antigone, © Éditions de la Table ronde, 1946.

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DYS

Jean Anouilh

Antigone a refusé de dire « oui ». Restée seule avec le garde chargé de la surveiller, elle apprend comment elle doit mourir : elle sera emmurée vivante.
1
A
NTIGONE. – Ô tombeau ! Ô lit nuptial ! Ô ma demeure souterraine !... (Elle est toute petite au milieu de la grande pièce nue. On dirait qu’elle a un peu froid. Elle s’entoure de ses bras. Elle murmure.) Toute seule...
[Elle se décide à dicter une lettre d’adieu au garde.]
Écris : « Mon chéri... »
  LE GARDE, qui a pris son carnet et suce sa mine. – C’est pour votre bon ami ?
  ANTIGONE. – Mon chéri, j’ai voulu mourir et tu ne vas peut-être plus m’aimer...
  LE GARDE, répète lentement de sa grosse voix en écrivant. – « Mon chéri, j’ai voulu mourir et tu ne vas peut-être plus m’aimer... »
  ANTIGONE. – Et Créon avait raison, c’est terrible, maintenant, à côté de cet homme, je ne sais plus pourquoi je meurs. J’ai peur...
  LE GARDE, qui peine sur sa dictée. – « Créon avait raison, c’est terrible... »
  ANTIGONE. – Oh ! Hémon, notre petit garçon. Je le comprends seulement maintenant combien c’était simple de vivre...
  LE GARDE, s’arrête. – Eh ! Dites, vous allez trop vite. Comment voulez-vous que j’écrive ? Il faut le temps tout de même...
  ANTIGONE. – Où en étais-tu ?
  LE GARDE, se relit. – « C’est terrible maintenant à côté de cet homme... »
  ANTIGONE. – Je ne sais plus pourquoi je meurs.
  LE GARDE, écrit, suçant sa mine. – « Je ne sais plus pourquoi je meurs... » On ne sait jamais pourquoi on meurt.
  ANTIGONE, continue. – J’ai peur... (Elle s’arrête. Elle se dresse soudain.) Non. Raye tout cela. Il vaut mieux que jamais personne ne le sache. C’est comme s’ils devaient me voir nue et me toucher quand je serais morte. Mets seulement : « Pardon. » [...] Pardon, mon chéri. Sans la petite Antigone, vous auriez tous été bien tranquilles. Je t’aime... [...]
  LE GARDE. – C’est une drôle de lettre.
  ANTIGONE. – Oui, c’est une drôle de lettre.
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