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JEAN ANOUILH, Antigone, © Éditions de la Table ronde, 1946.

Expression écrite
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DYS

Expression écrite

Antigone a refusé de dire « oui ». Restée seule avec le garde chargé de la surveiller, elle apprend comment elle doit mourir : elle sera emmurée vivante.
1
ANTIGONE. – Ô tombeau ! Ô lit nuptial ! Ô ma demeure souterraine !... (Elle est toute petite au milieu de la grande pièce nue. On dirait qu’elle a un peu froid. Elle s’entoure de ses bras. Elle murmure.) Toute seule...
[Elle se décide à dicter une lettre d’adieu au garde.]
Écris : « Mon chéri... »
  LE GARDE, qui a pris son carnet et suce sa mine. – C’est pour votre bon ami ?
  ANTIGONE. – Mon chéri, j’ai voulu mourir et tu ne vas peut-être plus m’aimer...
  LE GARDE, répète lentement de sa grosse voix en écrivant. – « Mon chéri, j’ai voulu mourir et tu ne vas peut-être plus m’aimer... »
  ANTIGONE. – Et Créon avait raison, c’est terrible, maintenant, à côté de cet homme, je ne sais plus pourquoi je meurs. J’ai peur...
  LE GARDE, qui peine sur sa dictée. – « Créon avait raison, c’est terrible... »
  ANTIGONE. – Oh ! Hémon, notre petit garçon. Je le comprends seulement maintenant combien c’était simple de vivre...
  LE GARDE, s’arrête. – Eh ! Dites, vous allez trop vite. Comment voulez-vous que j’écrive ? Il faut le temps tout de même...
  ANTIGONE. – Où en étais-tu ?
  LE GARDE, se relit. – « C’est terrible maintenant à côté de cet homme... »
  ANTIGONE. – Je ne sais plus pourquoi je meurs.
  LE GARDE, écrit, suçant sa mine. – « Je ne sais plus pourquoi je meurs... » On ne sait jamais pourquoi on meurt.
  ANTIGONE, continue. – J’ai peur... (Elle s’arrête. Elle se dresse soudain.) Non. Raye tout cela. Il vaut mieux que jamais personne ne le sache. C’est comme s’ils devaient me voir nue et me toucher quand je serais morte. Mets seulement : « Pardon. » [...] Pardon, mon chéri. Sans la petite Antigone, vous auriez tous été bien tranquilles. Je t’aime... [...]
  LE GARDE. – C’est une drôle de lettre.
  ANTIGONE. – Oui, c’est une drôle de lettre.
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