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Une société en mutation
P.272-273

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COURS 2


Une société en mutation





❯ Comment la société française évolue-t-elle entre 1974 et 1988 ?

A
Une population transformée


1
Les évolutions de la population active

Le début du « papy boom ». La population française augmente moins vite et commence à vieillir. Cette évolution est elle-même provoquée par de nombreux changements sociaux qui se nourrissent mutuellement : allongement de la durée des études, déclin de la famille nucléaire, recul du mariage et essor du divorce, libéralisation de la contraception, etc.

Vers une société postindustrielle. Les mutations entamées pendant les Trente Glorieuses s’amplifient après 1975. Les secteurs primaire et secondaire, touchés par la crise, déclinent. Le secteur tertiaire devient de plus en plus important. Cette tertiarisation de l’économie se traduit par la poursuite du développement des classes moyennes et une féminisation croissante de la population active.

L’explosion du chômage. Du fait de la crise et de la désindustrialisation, les chiffres du chômage passent de 450 000 en 1974 à 2,2 millions en 1988. Un chômage de masse sʼinstalle durablement en France. Il touche surtout les jeunes sans diplôme, les femmes, les plus de 50 ans et les immigrés. Avec lui se développe la précarité, sous la forme du travail à temps partiel et des contrats à durée déterminée (CDD). L’écart entre les plus riches et les plus pauvres s’accroît. De nombreux mécanismes sont mis en place par les gouvernements pour limiter l’exclusion sociale, comme l’impôt sur les grandes fortunes en 1982 et le RMI en 1988. Des initiatives privées viennent aussi en aide aux exclus, comme les Restos du cœur créés par l’humoriste Coluche en 1985 (▶ doc 1).

2
Évolutions et tensions sociales

L’arrêt de l’immigration. Avec le ralentissement de la croissance et la montée du chômage, l’immigration est officiellement stoppée en 1974. Seul le regroupement familial est encore autorisé. Une partie de l’immigration devient clandestine et est réprimée. La part des ressortissants européens continue de se réduire au profit des nationalités du Maghreb. Entre 1975 et 1990, la part des immigrés dans la population française reste stable (7,4 %), tout comme celle des étrangers (autour de 6,5 %).

La montée du racisme. Tous les immigrés doivent faire face à une intégration de plus en plus difficile, marquée par une xénophobie quotidienne, mais aussi par des conditions de vie et de travail difficiles. Des partis politiques dʼextrême droite, notamment le Front national, instrumentalisent le thème de lʼimmigration et diffusent des discours racistes. En réaction, les jeunes générations issues de lʼimmigration se mobilisent pour dénoncer et combattre le racisme dans les années 1980 : une grande marche de lʼégalité est organisée en 1983, tandis que lʼassociation SOS Racisme, fondée en 1984, tente de rassembler les jeunes autour du slogan « Touche pas à mon pote ».

La cohésion sociale mise à mal. Après les Trente Glorieuses, c’est le temps des « Vingt Piteuses » : la montée du chômage et la récession économique entraînent des tensions sociales. La ségrégation urbaine s’accroît : les populations les plus aisées s’installent dans les centres-villes ou dans des lotissements périurbains, tandis que les plus pauvres (souvent des immigrés) se regoupent dans les grands ensembles des banlieues.

Vocabulaire


« Vingt Piteuses »


Étranger


IGF


Immigré


RMI


  • « Vingt Piteuses » : expression inventée en 1998 par l’économiste Nicolas Baverez pour désigner la période 1975-1995, marquée par la récession économique et l’explosion du chômage après les Trente Glorieuses.

  • Étranger : personne résidant en France et n’ayant pas la nationalité française.

  • IGF : impôt sur les grandes fortunes, créé en 1982, supprimé en 1987.

  • Immigré : personne née dans un pays étranger, résidant en France, qui peut avoir la nationalité française.

  • RMI : revenu minimum d’insertion, créé à la fin de lʼannée 1988. Allocation versée aux personnes ayant peu ou pas de ressources.



1
Les Restos du cœur
Les Restos du cœur


B
Les femmes et les jeunes


1
L’émancipation progressive des femmes

L’émancipation par le travail salarié. La féminisation du marché du travail, entamée pendant les Trente Glorieuses, se poursuit dans les années 1970 et 1980. Mais elle connaît d’importantes limites : les femmes continuent d’occuper en majorité des emplois peu qualifiés. Avec la récession économique, elles sont plus nombreuses dans les emplois à temps partiel et plus victimes du chômage. Enfin, elles restent partout moins payées que les hommes.

Des percées symboliques. Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand prennent en partie en compte les évolutions sociales et les combats féministes et nomment des femmes ministres et secrétaires d’État. Elles sont quatre dans le gouvernement Chirac en 1974, avec pour la première fois la création d’un secrétariat d’État à la Condition féminine confié à Françoise Giroud. Elles sont six dans le gouvernement Mauroy en 1981, dont Yvette Roudy et Édith Cresson qui deviendra la Première ministre en 1991. Mais, en 1981, les femmes ne représentent que 5,3 % des députés à l’Assemblée nationale.

L’émancipation par la loi. L’évolution des mœurs et l’action des mouvements féministes permettent le vote de lois établissant davantage d’égalité. Le droit à l’avortement est institué par la loi Veil en 1975 et pérennisé en 1980. Le divorce par consentement mutuel est établi en 1975. En 1980, après une longue campagne des mouvements féministes contre les violences faites aux femmes, une loi définit pour la première fois le crime de viol, puni de 15 ans de réclusion criminelle. La loi Roudy de 1983 réaffirme le principe de l’égalité entre les femmes et les hommes au travail.

2
Mieux intégrer la jeunesse à la société française

Un rôle politique ambigu. Après Mai 68, il devient essentiel de faire participer les jeunes à la vie politique. Valéry Giscard d’Estaing fait baisser en 1974 l’âge de la majorité électorale et civile à 18 ans. Mais l’abstention des jeunes reste importante (20 % aux législatives de 1978). Les jeunes semblent se désintéresser de la vie politique institutionnelle, mais pas des grandes mobilisations citoyennes : ils sont par exemple au premier plan des luttes contre le nucléaire et le racisme (▶ doc 2).

Biographie

Françoise Giroud

Françoise Giroud (1916‑2003)

Journaliste, elle dirige le magazine Elle, moderne et féministe. En 1974, elle est nommée secrétaire dʼÉtat chargée de la Condition féminine et, en 1976, elle devient secrétaire d’État à la Culture. Avec d’autres intellectuels français, elle fonde en 1979 l’association Action contre la faim.

Vocabulaire


Avortement


Emplois peu qualifiés


Mai 68


  • Avortement : interruption, volontaire ou non, du processus de gestation.

  • Emplois peu qualifiés  : emplois à bas salaires, correspondant à des niveaux d’études peu élevés.

  • Mai 68  : façon brève de désigner le printemps 1968, durant lequel des manifestations dʼétudiants et des grèves générales secouent en profondeur la société française.



2
La marche des Beurs
La marche des Beurs

Histoire et fiction

Agnès Varda, Sans toit ni loi, 1985 : Mona, une jeune fille errante, est trouvée morte de froid. Que pouvait-on savoir d’elle ? Comment ont réagi celles et ceux qui ont croisé sa route ? Le film sort dans la France inégalitaire des années 1980, de l’explosion du chômage et des Restos du cœur, avec ses nouveaux pauvres appelés SDF (« sans domicile fixe »). Il montre la perte de cohésion d’une société qui entraîne la désillusion et le déclassement des jeunes.
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