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Le dilemme cornélien
P.102-103

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Le dilemme cornélien





PIERRE CORNEILLE

PIERRE CORNEILLE

(1606-1684)


PIERRE CORNEILLE (1606-1684) s’est mis à écrire assez jeune des pièces de théâtre, genre à la mode au XVIIe siècle. Avec L’Illusion comique, Le Cid, puis plus tard avec ses tragédies classiques, comme Cinna et Polyeucte, il connait le triomphe. Mais un jeune auteur, Jean Racine, commence à lui faire de l’ombre. Corneille préfère alors cesser d’écrire.

PIERRE CORNEILLE, Le Cid

Don Diègue dégaine son épée mais le Comte, père de Chimène, le désarme immédiatement. Don Diègue est humilié. Il retrouve alors son fils, Rodrigue.

  Acte I, scène 5Don Diègue, Don Rodrigue

DON DIÈGUE. – Rodrigue, as-tu du cœur1 ?
DON RODRIGUE. – Tout autre que mon père
L’éprouverait sur l’heure2.
DON DIÈGUE – Agréable colère !
Digne ressentiment3 à ma douleur bien doux !
Je reconnais mon sang4 à ce noble courroux ;
Ma jeunesse revit en cette ardeur si prompte.
Viens, mon fils, viens, mon sang, viens réparer ma honte ;
Viens me venger.
DON RODRIGUE. – De quoi ?
DON DIÈGUE.– D’un affront si cruel,
Qu’à l’honneur de tous deux il porte un coup mortel :
D’un soufflet. L’insolent en eût perdu la vie ;
Mais mon âge a trompé ma généreuse envie ;
Et ce fer que mon bras ne peut plus soutenir,
Je le remets au tien pour venger et punir.
Va contre un arrogant éprouver ton courage :
Ce n’est que dans le sang qu’on lave un tel outrage ;
Meurs, ou tue. Au surplus, pour ne te point flatter5,
Je te donne à combattre un homme à redouter ;
Je l’ai vu, tout couvert de sang et de poussière,
Porter partout l’effroi dans une armée entière.
J’ai vu par sa valeur cent escadrons rompus ;
Et pour t’en dire encor quelque chose de plus,
Plus que brave soldat, plus que grand capitaine
C’est…
DON RODRIGUE. – De grâce, achevez.
DON DIÈGUE. – Le père de Chimène.
DON RODRIGUE. – Le…
DON DIÈGUE. – Ne réplique point, je connais ton amour,
Mais qui peut vivre infâme est indigne du jour6 ;
Plus l’offenseur est cher, et plus grande est l’offense.
Enfin tu sais l’affront, et tu tiens la vengeance :
Je ne te dis plus rien. Venge-moi, venge-toi ;
Montre-toi digne fils d’un père tel que moi.
Accablé des malheurs où le destin me range,
Je vais les déplorer. Va, cours, vole, et nous venge.

Acte I, scène 6 – Don Rodrigue

Percé jusques au fond du cœur
D’une atteinte imprévue aussi bien que mortelle,
Misérable vengeur d’une juste querelle,
Et malheureux objet d’une injuste rigueur,
Je demeure immobile, et mon âme abattue
Cède au coup qui me tue.
Si près de voir mon feu7 récompensé,
Ô Dieu, l’étrange peine !
En cet affront mon père est l’offensé,
Et l’offenseur le père de Chimène !
[…]
Il faut venger un père, et perdre une maîtresse8.
L’un m’anime le cœur, l’autre retient mon bras.
Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme,
Ou de vivre en infâme9,
[…]
Il vaut mieux courir au trépas10.
Je dois à ma maîtresse aussi bien qu’à mon père ;
J’attire en me vengeant sa haine et sa colère ;
J’attire ses mépris en ne me vengeant pas.
À mon plus doux espoir l’un me rend infidèle,
Et l’autre indigne d’elle.
Mon mal augmente à le vouloir guérir ;
Tout redouble ma peine.
Allons, mon âme ; et puisqu’il faut mourir,
Mourons du moins sans offenser Chimène. […]


PIERRE CORNEILLE, Le Cid, I, 5 et 6, 1660.

1. Ici : courage.
2. En aurait la preuve immédiate.
3. Colère.
4. Mon fils, ma descendance.
5. Mentir.
6. Mais celui qui peut vivre sans honneur est indigne de vivre.
7. Amour.
8. Personne aimée.
9. Personne qui a perdu son honneur.
10. À la mort.

Le dilemme

  • Le dilemme est un conflit intérieur : il faut choisir entre deux options mais chacune présente des inconvénients.
  • Dans les pièces de Corneille, le héros tragique est souvent confronté à un dilemme imposé par le destin, au point que l’on parle aujourd’hui de « dilemme cornélien ». Les valeurs telles que l’honneur, l’amour, le courage, le devoir sont mises en concurrence, ce qui crée chez le héros, un déchirement moral.
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Le texte

COMPÉTENCE - Je lis des textes variés, je comprends les implicites du texte et fais des hypothèses de lecture

Un coup de théâtre (scène 5)

1
a) Que demande don Diègue à son fils ? b) Pourquoi ?



2
a) Que fait-il aux vers 272-273 (« Je le remets au tien pour venger et punir. Va contre un arrogant éprouver ton courage ») ? b) Que symbolise ce geste ?



La stratégie argumentative de don Diègue

3
a) En quoi la première question de don Diègue est-elle un « piège » ? b) Sa stratégie fonctionne-t-elle ?



4
Pourquoi don Diègue retarde-t-il tellement le moment de révéler l’identité de son agresseur ?



5
a) De quelle manière désigne-t-il le Comte au vers 281 (« Plus que brave soldat, plus que grand capitaine ») ? b) Pourquoi ?



6
a) Quels pronoms complètent le verbe « venger » aux vers 267 (« Viens me venger. »), 287 (« Je ne te dis plus rien. Venge-moi, venge-toi ; » et 290 (« Je vais les déplorer. Va, cours, vole, et nous venge. ») ? b) Commentez.



7
Lorsque don Diègue demande à son fils de se battre pour lui, à quelles valeurs fait-il appel ? Citez le texte.



La naissance du dilemme (scène 6)

8
Reformulez clairement les deux possibilités qui s’offrent à Rodrigue.



9
Quelle troisième voie semble-t-il envisager à la fin de cet extrait ?

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Le Cid

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L’image

1
À quel moment du texte cette image correspond-elle ?



2
Observez les mains des comédiens. a) Qui tient l’épée ? b) En quoi ce choix de mise en scène est-il intéressant ?

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