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Le lyrisme amoureux
P.306-307

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Le lyrisme amoureux





PABLO NERUDA

PABLO NERUDA

(1904-1973)


PABLO NERUDA (1904-1973) est un poète, diplomate et homme politique chilien. Il publie Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée à seulement vingt ans et connait, grâce à ce recueil, un grand succès. Il y célèbre la femme, dans des vers sensuels et surprenants. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1971.

PABLO NERUDA, Vingt Poèmes d’amour et une chanson désespérée



Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.

Écrire, par exemple : « La nuit est étoilée
et grelottent, bleus, les astres au lointain. »

Le vent de la nuit tourne dans le ciel et chante.

Je puis écrire les vers les plus tristes cette nuit.
Je l’ai aimée, et parfois elle aussi m’aima.

Dans les nuits comme celle-ci je l’ai tenue dans mes bras.
Je l’ai embrassée tant de fois sous le ciel infini.

Elle m’aima, parfois moi aussi je l’ai aimée.
Comment ne pas avoir aimé ses grands yeux fixes.

Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.
Songer que je ne l’ai pas. Sentir que je l’ai perdue1.

Entendre la nuit immense, plus immense sans elle.
Et le vers tombe sur l’âme comme la rosée sur l’herbe.

Qu’importe que mon amour n’ait pu la garder.
La nuit est étoilée et elle n’est pas avec moi.

C’est tout. Au loin quelqu’un chante. Au loin.
Mon âme n’est pas satisfaite, l’ayant perdue.

Comme pour la rapprocher mon regard la cherche.
Mon cœur la cherche, et elle n’est pas avec moi.

La même nuit qui fait blanchir les mêmes arbres.
Nous autres, ceux d’alors, déjà ne sommes plus les mêmes.

Déjà je ne l’aime plus, c’est vrai, mais combien l’ai-je aimée.
Ma voix recherchait le vent pour toucher son oreille.

À un autre. Elle sera à un autre. Comme avant mes baisers.
Sa voix, son corps clair. Ses yeux infinis.

Déjà je ne l’aime plus, c’est vrai, mais peut-être que je l’aime.
L’amour est si court, et l’oubli est si long.

Parce qu’en des nuits comme celle-ci je l’ai tenue dans mes bras,
mon âme n’est pas satisfaite, l’ayant perdue.

Bien que celle-ci soit l’ultime douleur qu’elle m’inflige,
et ceux-ci soient les ultimes vers que je lui écris.


PABLO NERUDA, Vingt Poèmes d’amour et une chanson désespérée, poème 20, traduit par Claude Couffon et Christian Rinderknecht, © Éditions Gallimard, 1998.

1. ou « Regretter de l’avoir perdue. »

Début du poème en espagnol

Puedo escribir los versos más tristes esta noche.

Escribir, por ejemplo: « La noche está estrellada, y
tiritan, azules, los astros, a lo lejos ».

El viento de la noche gira en el cielo y canta.

Puedo escribir los versos más tristes esta noche.
Yo la quise, y a veces ella también me quiso.

En las noches como ésta la tuve entre mis brazos.
La besé tantas veces bajo el cielo infinito.

Ella me quiso, a veces yo también la quería.
Cómo no haber amado sus grandes ojos fijos.

Puedo escribir los versos más tristes esta noche.
Pensar que no la tengo. Sentir que la he perdido.

Paysage bleu


Les amants bleus

L’élégie

L’élégie est une forme de poème lyrique qui exprime un sentiment de tristesse, de douleur due (le plus souvent) à l’absence de l’être aimé. Ce mot viendrait du grec é-legein, « dire hélas », dire la plainte.

100% Numérique

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Questions

COMPÉTENCE - Je maitrise le fonctionnement du verbe et son orthographe

Un poème d’amour

1
Que sait-on de la femme aimée ?



2
Les sentiments du poète pour cette femme sont-ils clairs ? Expliquez en citant le texte.



3
Quelle forme d’amour est évoquée dans ce poème ? Justifiez en citant le texte.



4
Les traducteurs ont hésité pour la traduction du vers 12 « Songer que je ne l’ai pas. Sentir que je l’ai perdue. » (ou bien « Regretter de l'avoir perdue. »). Comparez les deux possibilités et, à la lumière du poème, dites celle qui vous semble la plus intéressante et expliquez votre avis.



Une élégie

5
a) À quelle personne s’exprime le poète ? b) Quelle personne désigne la femme aimée ? c) Pourquoi le poète ne s’adresse-t-il pas directement à elle ?



6
a) À quels temps le verbe « aimer » est-il conjugué ? b) Qu’évoque la phrase au futur ?



7
a) Dans quel état se trouve le poète ? b) Montrez que la nuit est propice à l’expression de ces sentiments.



8
Rapprochez les vers 21 et 22 (« La même nuit qui fait blanchir les mêmes arbres. / Nous autres, ceux d’alors, déjà ne sommes plus les mêmes. ») des vers de Lamartine et d’Hugo.



9
a) Relevez des répétitions dans le poème. À quelle autre forme d’art cela fait-il penser ? b) Quel sentiment cela souligne-t-il ?



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