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« Ô rafraichissantes ténèbres ! »
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« Ô rafraichissantes ténèbres ! »





CHARLES BAUDELAIRE

CHARLES BAUDELAIRE

(1821-1867)


CHARLES BAUDELAIRE (1821-1867) est un écrivain français qui a profondément renouvelé la poésie française. Dans son recueil Le Spleen de Paris, également connu sous le titre Petits poèmes en prose, il reprend la forme du poème en prose inaugurée par Aloysius Bertrand (1807-1841) dans Gaspard de la nuit.

CHARLES BAUDELAIRE, Le Spleen de Paris

  LE CRÉPUSCULE DU SOIR

  Le jour tombe. Un grand apaisement se fait dans les pauvres esprits fatigués du labeur1 de la journée ; et leurs pensées prennent maintenant les couleurs tendres et indécises du crépuscule.
  Cependant du haut de la montagne arrive à mon balcon, à travers les nues2 transparentes du soir, un grand hurlement, composé d’une foule de cris discordants, que l’espace transforme en une lugubre harmonie, comme celle de la marée qui monte ou d’une tempête qui s’éveille.
  Quels sont les infortunés que le soir ne calme pas, et qui prennent, comme les hiboux, la venue de la nuit pour un signal de sabbat3 ? Cette sinistre ululation4 nous arrive du noir hospice perché sur la montagne ; et, le soir, en fumant et en contemplant le repos de l’immense vallée, hérissée de maisons dont chaque fenêtre dit : « C’est ici la paix maintenant ; c’est ici la joie de la famille ! » je puis, quand le vent souffle de là-haut, bercer ma pensée étonnée à cette imitation des harmonies de l’enfer.
  [...]
  Ô nuit ! ô rafraîchissantes ténèbres ! vous êtes pour moi le signal d’une fête intérieure, vous êtes la délivrance d’une angoisse ! Dans la solitude des plaines, dans les labyrinthes pierreux d’une capitale, scintillement des étoiles, explosion des lanternes, vous êtes le feu d’artifice de la déesse Liberté !
  Crépuscule, comme vous êtes doux et tendre ! Les lueurs roses qui traînent encore à l’horizon comme l’agonie du jour sous l’oppression victorieuse de sa nuit, les feux des candélabres5 qui font des taches d’un rouge opaque sur les dernières gloires du couchant, les lourdes draperies qu’une main invisible attire des profondeurs de l’Orient, imitent tous les sentiments compliqués qui luttent dans le cœur de l’homme aux heures solennelles de la vie.
  On dirait encore une de ces robes étranges de danseuses, où une gaze6 transparente et sombre laisse entrevoir les splendeurs amorties d’une jupe éclatante, comme sous le noir présent transperce le délicieux passé ; et les étoiles vacillantes d’or et d’argent, dont elle est semée, représentent ces feux de la fantaisie qui ne s’allument bien que sous le deuil profond de la Nuit.


CHARLES BAUDELAIRE, Le Spleen de Paris, « Le Crépuscule du soir », 1869.

1. Travail.
2. Nuages, ciel.
3. Ici : culte rendu au diable par une assemblée de sorciers et sorcières.
4. Cri des oiseaux de nuit.
5. Support à plusieurs branches destinées à recevoir des cierges.
6. Étoffe légère et transparente.

Une rue de nuit

Baudelaire et le poème en prose

Baudelaire, dans la préface du Spleen de Paris, écrit : « Quel est celui de nous qui n’a pas, dans ses jours d’ambition, rêvé le miracle d’une prose poétique, musicale sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s’adapter aux mouvements lyriques de l’âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ? »

Texte écho

Le texte ci-dessus (⇧) reprend un poème, précédemment publié dans Les Fleurs du mal en 1857. En voici quelques vers.

  LE CRÉPUSCULE DU SOIR
[...]
Ô soir, aimable soir, désiré par celui
Dont les bras, sans mentir, peuvent dire : Aujourd’hui
Nous avons travaillé ! - C’est le soir qui soulage
Les esprits que dévore une douleur sauvage,
Le savant obstiné dont le front s’alourdit,
Et l’ouvrier courbé qui regagne son lit. [...]

Recueille-toi, mon âme, en ce grave moment,
Et ferme ton oreille à ce rugissement.
C’est l’heure où les douleurs des malades s’aigrissent1 ! [...]
L’hôpital se remplit de leurs soupirs. - Plus d’un
Ne viendra plus chercher la soupe parfumée,
Au coin du feu, le soir, auprès d’une âme aimée.


CHARLES BAUDELAIRE, Les Fleurs du mal, « Le crépuscule du soir », 1857.

1. S’intensifient.

100% Numérique

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Questions

COMPÉTENCE - Je lis des œuvres littéraires et analyse les caractéristiques de la poésie en prose

Une prose poétique

1
a) A première vue, ce texte est-il un poème ? Expliquez votre réponse. b) Quels éléments du texte se rapportent au genre narratif ?



2
a) Qui sont les personnages qui peuplent cette nuit ? b) Comment la perception du poète permet-elle de les évoquer ?



3
a) Quelles sont les différentes sources de lumière dont parle le poème ? b) Quelles couleurs sont évoquées ? c) Cela vous semble-t-il évident dans un poème sur la nuit ?



4
Lisez le texte écho. (⇧) a) Quels éléments communs repérez-vous ? b) Quel texte vous semble le plus poétique ? Pourquoi ?



Un texte lyrique

5
a) Quel est le cadre spatio-temporel du poème ? Citez le texte. b) Comparez avec les auteurs romantiques.



6
a) Qui parle ? À qui ? Justifiez vos réponses par des éléments précis. b) Comment s’appelle cette figure de style ?



7
Dans quel passage du texte la présence du poète est-elle la plus visible ?



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