Je rêvais [...] de grandes traversées sur des bateaux pourris qu'il fallait empêcher d'éclater par la seule force des muscles, de courses folles dans les tranchées de la guerre, de Grand Nord glacial, de chevauchées suicidaires à travers la Sibérie, de bras blessés – pas le visage, je tenais tout de même à être une belle héroïne – et de soif torride qui griffe la gorge. Dans tous mes scénarios, je m'imaginais droite et fière dans le vent, les jambes écartées, solides, le regard plongé dans le soleil rougi du jour agonisant, les yeux prisonniers d'un enchevêtrement de rides révélatrices de toutes les misères endurées.