Chapitres bientôt disponibles

Chargement de l'audio en cours
Cacher

Cacher la barre d'outils

Plus

Plus


Texte 5


Le bal costumé





Gino Severini, Hiéroglyphe dynamique du bal Tabarin, huile sur toile avec paillettes, 161,6 × 156,2 cm, musée d’Art Moderne, New York, 1912.
Gino Severini, Hiéroglyphe dynamique du bal Tabarin, huile sur toile avec paillettes, 161,6 × 156,2 cm, musée d’Art Moderne, New York, 1912.

Le bal costumé


Le chapitre VI est entièrement consacré au bal costumé qui se déroule dans le somptueux hôtel particulier des Saccard et auquel le Tout-Paris est convié.

  [...] Ce fut d’abord un quadrille1 : Ah ! il a des bottes, il a des bottes, Bastien ! qui faisait alors les délices des bastringues2. Ces dames dansèrent. Les polkas, les valses, les mazurkas, alternèrent avec les quadrilles. Le large balancement des couples allait et venait, emplissait la longue galerie, sautant sous le jouet des cuivres, se balançant au bercement des violons. Les costumes, ce flot de femmes de tous les pays et de toutes les époques, roulait, avec un fourmillement, une bigarrure d’étoffes vives. Le rythme, après avoir mêlé et emporté les couleurs, dans un tohu-bohu cadencé, ramenait brusquement, à certains coups d’archet, la même tunique de satin rose, le même corsage de velours bleu, à côté du même habit noir. Puis un autre coup d’archet, une sonnerie des cornets à pistons, poussaient les couples, les faisaient voyager à la file autour du salon, avec des mouvements balancés de nacelle3 s’en allant à la dérive, sous un souffle de vent qui a brisé l’amarre. Et toujours, sans fin, pendant des heures. Parfois, entre deux danses, une dame s’approchait d’une fenêtre, étouffant, respirant un peu d’air glacé ; un couple se reposait sur une causeuse du petit salon bouton d’or, ou descendait dans la serre, faisant doucement le tour des allées. Sous les berceaux de lianes, au fond de l’ombre tiède, où arrivaient les forte4 des cornets à pistons, dans les quadrilles d’Ohé ! les p’tits agneaux et de J’ai un pied qui r’mue, des jupes dont on ne voyait que le bord, avaient des rires languissants.

  Quand on ouvrit la porte de la salle à manger, transformée en buffet, avec des dressoirs5 contre les murs et une longue table au milieu, chargée de viandes froides, ce fut une poussée, un écrasement. Un grand bel homme, qui avait eu la timidité de garder son chapeau à la main, fut si violemment collé contre le mur, que le malheureux chapeau creva avec une
plainte sourde. Cela fit rire. On se ruait sur les pâtisseries et les volailles truffées, en s’enfonçant les coudes dans les côtes, brutalement. C’était un pillage, les mains se rencontraient au milieu des viandes, et les laquais ne savaient à qui répondre, au milieu de cette bande d’hommes comme il faut, dont les bras tendus exprimaient la seule crainte d’arriver trop tard et de trouver les plats vides. Un vieux monsieur se fâcha parce qu’il n’y avait pas de bordeaux, et que le champagne, assurait-il, l’empêchait de dormir. [...]

  Le préfet guettait un gigot. Il allongea la main, au bon moment, dans une éclaircie d’épaules, et l’emporta tranquillement, après s’être bourré les poches de petits pains. Les entrepreneurs revinrent de leur côté, Mignon avec une bouteille, Charrier avec deux bouteilles de champagne ; mais ils n’avaient pu trouver que deux verres ; ils dirent que ça ne faisait rien, qu’ils boiraient dans le même. Et ces messieurs soupèrent sur le coin d’une jardinière, au fond de la pièce. Ils ne retirèrent pas même leurs gants, mettant les tranches toutes détachées du gigot dans leur pain, gardant les bouteilles sous leur bras. Et, debout, ils causaient, la bouche pleine, écartant leur menton de leur gilet, pour que le jus tombât sur le tapis.

Émile Zola, La Curée, Chapitre VI, 1871.


1. Danse à la mode à cette époque.
2. Bals populaires.
3. Barque, petit bateau à rames.
4. Terme italien indiquant que la musique est jouée fort. Prononcer : « forté ».
5. Armoires sans portes dans lesquelles on dispose la vaisselle.

Éclairage

La scène de bal est une scène classique de la littérature. On en trouve plusieurs dans La Curée : les personnages sont transportés du bal masqué d’une comédienne au bal de l’empereur, ou évoquent le bal populaire Mabille... Ainsi, La Curée est comme un tourbillon incessant et frénétique, une danse de l’excès, de la gloire, mais aussi une danse de l’oubli ou du travestissement.
Au XIXe siècle, le bal est un évènement social très important. Toutes les classes sociales ont le leur.
Voir les réponses

Entrer dans le texte

1
Quelles parties distinguez‑vous dans cet extrait ? Donnez un titre à chacune d’elle.


La description du bal

2
La description du bal vous semble-t-elle précise ou confuse ? Justifiez votre réponse.


3
GRAMMAIRE
Par quels moyens Zola parvient‑il à donner une impression de foule ? Analysez notamment la façon dont les gens sont désignés.



Le portrait des invités

4
À quel milieu social les invités appartiennent‑ils ? Justifiez votre réponse.


5
Comment qualifieriez‑vous leur comportement dans la deuxième partie de l’extrait ?


6
Quelle tonalité est utilisée pour les décrire ?


Vers le commentaire

7
En quoi cette scène de bal permet-elle au narrateur de dresser le portrait à charge d’une catégorie sociale ?


8
GRAMMAIRE
Relevez les compléments circonstanciels à partir de « Quand on ouvrit la porte » jusqu'à « avec une plainte sourde », en précisant leur nature et la circonstance qu’ils expriment.


ORAL
Présentez sans notes une peinture ou une photographie de votre choix représentant une scène de bal. Quelques propositions :
- Le Bal masqué au XIXe siècle
- La Fête impériale
- Le Moulin de la Galette, deux études
- Le bal, une pratique sociale
- Le bal de la Goulue et le bal Bullier
- Femmes et frissons de plaisirs à la Belle-Époque

Votre présentation sera approfondie et structurée (> voir Fiche p. 540).
Enregistreur audio

Adolph von Menzel, Dîner de bal, huile sur toile, 71 × 90 cm, Alte Nationalgalerie, Berlin, 1878.
Adolph von Menzel, Dîner de bal, huile sur toile, 71 × 90 cm, Alte Nationalgalerie, Berlin, 1878.

Ressource complémentaire

Visionnez l'une des plus célèbres scènes de bal du cinéma, dans Le Guépard de Luchino Visconti.
Connectez-vous pour ajouter des favoris

Pour pouvoir ajouter ou retrouver des favoris, nous devons les lier à votre compte.Et c’est gratuit !

Livre du professeur

Pour pouvoir consulter le livre du professeur, vous devez être connecté avec un compte professeur et avoir validé votre adresse email académique.

Votre avis nous intéresse !
Recommanderiez-vous notre site web à un(e) collègue ?

Peu probable
Très probable

Cliquez sur le score que vous voulez donner.

Dites-nous qui vous êtes !

Pour assurer la meilleure qualité de service, nous avons besoin de vous connaître !
Cliquez sur l'un des choix ci-dessus qui vous correspond le mieux.

Nous envoyer un message




Nous contacter?