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Texte 4


La serre





◈ Ressource complémentaire


Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée (1836)


Pour Félix de Vandenesse, héros du Lys dans la vallée, les bouquets de fleurs composés avec soin sont un moyen d'exprimer toutes les nuances de son amour pour Madame de Mortsauf. Balzac les décrit dans un vocabulaire botanique extrêmement précis.

  […L]es spirales des liserons à cloches blanches, les brindilles de la bugrane rose, mêlées de quelques fougères, de quelques jeunes pousses de chêne aux feuilles magnifiquement colorées et lustrées ; toutes s’avancent prosternées, humbles comme des saules pleureurs, timides et suppliantes comme des prières. Au-dessus, voyez les fibrilles déliées, fleuries, sans cesse agitées de l’amourette purpurine qui verse à flots ses anthères presque jaunes ; les pyramides neigeuses du paturin des champs et des eaux, la verte chevelure des bromes stériles, les panaches effilés de ces agrostis nommés les épis du vent ; violâtres espérances dont se couronnent les premiers rêves et qui se détachent sur le fond gris de lin où la lumière rayonne autour de ces herbes en fleurs. Mais déjà plus haut, quelques roses du Bengale clairsemées parmi les folles dentelles du daucus, les plumes de la linaigrette, les marabous de la reine des prés, les ombellules du cerfeuil sauvage, les blonds cheveux de la clématite en fruits, les mignons sautoirs de la croisette au blanc de lait, les corymbes des millefeuilles, les tiges diffuses de la fumeterre aux fleurs roses et noires, les vrilles de la vigne, les brins tortueux des chèvrefeuilles ; enfin tout ce que ces naïves créatures ont de plus échevelé, de plus déchiré, des flammes et de triples dards, des feuilles lancéolées, déchiquetées, des tiges tourmentées comme les désirs entortillés au fond de l’âme. Du sein de ce prolixe torrent d’amour qui déborde, s’élance un magnifique double pavot rouge accompagné de ses glands prêts à s’ouvrir, déployant les flammèches de son incendie au-dessus des jasmins étoilés et dominant la pluie incessante du pollen, beau nuage qui papillote dans l’air en reflétant le jour dans ses mille parcelles luisantes ! Quelle femme enivrée par la senteur d’Aphrodise cachée dans la flouve, ne comprendra ce luxe d’idées soumises, cette blanche tendresse troublée par des mouvements indomptés, et ce rouge désir de l’amour qui demande un bonheur refusé dans les luttes cent fois recommencées de la passion contenue, infatigable, éternelle ?


Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée, 1836.

Éclairage

Après l’Exposition universelle de Londres (1862), les serres, appelées aussi « jardins d’hiver », se multiplient dans les capitales européennes. Rendues possibles par le développement de l’architecture de fer, de grandes verrières sont construites, notamment celles qui abritent, à Paris, les serres du Jardin des Plantes. Zola assiste à leur édification quand il écrit La Curée.

Ernst Haeckel Orchidae dans Formes artistiques de la nature
Ernst Haeckel, Orchidae, dans Formes artistiques de la nature, 1904, planche 74, lithographie.


Berthe Morisot Jupiter et Callisto
Berthe Morisot, Jupiter et Callisto, fin XIXe siècle, huile sur toile, 63,5 × 79 cm, coll. privée.
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1
Cette description vous semble-t-elle réaliste ?


L’œil du naturaliste

2
L’écrivain naturaliste se documente beaucoup avant d’écrire. À quoi le voit-on dans cet extrait ?


3
GRAMMAIRE
Étudiez les expansions du nom de « Mais, à mesure que leurs regards... » à « ...tendresse inassouvie. ».


4
En quoi peut-on dire que le lieu influence les personnages ?


« Le saut dans les étoiles »

5
Quels sont les sens sollicités ? Citez le texte.


6
Par quelles figures de style Zola mêle-t-il les corps et les plantes ? Justifiez par des exemples.


7
Montrez que ce texte peut être lu comme un hymne au dieu grec Éros.


Vers la dissertation

8
Texte écho Comment cet extrait de La Curée illustre-t-il les propos de Zola adressés à Henry Céard ?


ORAL
Doit-on comprendre tous les mots d’un texte pour pouvoir l’apprécier ?
Vous pouvez également vous inspirer de la lecture du texte de Balzac ci-dessous pour répondre.
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La serre


Renée est devenue la maîtresse de son beau-fils. En l’absence d’Aristide, ils se retrouvent dans la serre de l’hôtel Saccard, un des lieux de prédilection de Renée.

  La serre aimait, brûlait avec eux. Dans l’air alourdi, dans la clarté blanchâtre de la lune, ils voyaient le monde étrange des plantes qui les entouraient se mouvoir confusément, échanger des étreintes. La peau d’ours noir tenait toute l’allée1. À leurs pieds, le bassin fumait, plein d’un grouillement, d’un entrelacement épais de racines, tandis que l’étoile rose des Nymphéa s’ouvrait, à fleur d’eau, comme un corsage de vierge, et que les Tornélia laissaient pendre leurs broussailles, pareilles à des chevelures de Néréides pâmées. Puis, autour d’eux, les Palmiers, les grands Bambous de l’Inde se haussaient, allaient dans le cintre, où ils se penchaient et mêlaient leurs feuilles avec des attitudes chancelantes d’amants lassés. Plus bas, les Fougères, les Ptérides, les Alsophila, étaient comme des dames vertes, avec leurs larges jupes garnies de volants réguliers, qui, muettes et immobiles aux bords de l’allée, attendaient l’amour. À côté d’elle, les feuilles torses, tachées de rouge, les Bégonia, et les feuilles blanches, en fer de lance, des Caladium, mettaient une suite vague de meurtrissures et de pâleurs, que les amants ne s’expliquaient pas, et où ils retrouvaient parfois des rondeurs de hanches et de genoux, vautrés à terre, sous la brutalité de caresses sanglantes. Et les Bananiers, pliant sous les grappes de leurs fruits, leur parlaient des fertilités grasses du sol, pendant que les Euphorbes d’Abyssinie, dont ils entrevoyaient dans l’ombre les cierges épineux, contrefaits, pleins de bosses honteuses, leur semblaient suer la sève, le flux débordant de cette génération de flamme.
Mais, à mesure que leurs regards s’enfonçaient dans les coins de la serre, l’obscurité s’emplissait d’une débauche de feuilles et de tiges plus furieuse ; ils ne distinguaient plus, sur les gradins, les Marenta douces comme du velours, les Gloxinia aux cloches violettes, les Dracéna semblables à des lames de vieille laque vernie ; c’était une ronde d’herbes vivantes qui se poursuivait d’une tendresse inassouvie
. Aux quatre angles, à l’endroit où des rideaux de lianes ménageaient des berceaux, leur rêve charnel s’affolait encore, et les jets souples des Vanilles, des Coques du Levant, des Quisqualus, des Bauhinia, étaient les bras interminables d’amoureux qu’on ne voyait pas, et qui allongeaient éperdument leur étreinte, pour amener à eux toutes les joies éparses. Ces bras sans fin pendaient de lassitude, se nouaient dans un spasme d’amour, se cherchaient, s’enroulaient, comme pour le rut2 d’une foule. C’était le rut immense de la serre, de ce coin de forêt vierge où flambaient les verdures et les floraisons des tropiques.
  Maxime et Renée, les sens faussés, se sentaient emportés dans ces noces puissantes de la terre. Le sol, à travers la peau d’ours, leur brûlait le dos, et, des hautes palmes, tombaient sur eux des gouttes de chaleur. La sève qui montait aux flancs des arbres les pénétrait, eux aussi, leur donnait des désirs fous de croissance immédiate, de reproduction gigantesque. Ils entraient dans le rut de la serre. C’était alors, au milieu de la lueur pâle, que des visions les hébétaient, des cauchemars dans lesquels ils assistaient longuement aux amours des Palmiers et des Fougères ; les feuillages prenaient des apparences confuses et équivoques, que leurs désirs fixaient en images sensuelles : des murmures, des chuchotements leur venaient des massifs, voix pâmées, soupirs d’extase, cris étouffés de douleur, rires lointains, tout ce que leurs propres baisers avaient de bavard, et que l’écho leur renvoyait. Parfois ils se croyaient secoués par un tremblement du sol, comme si la terre elle-même, dans une crise d’assouvissement, eût éclaté en sanglots voluptueux.

Émile Zola, La Curée, chapitre IV, 1871.


1. Renée a demandé à Maxime de descendre dans la serre l’une des deux peaux d’ours qui entourent son lit.
2. Ici, activité sexuelle.

Texte écho
Émile Zola, Correspondance (1885)


Le second point, c’est mon tempérament lyrique, mon agrandissement de la vérité. Vous savez cela depuis longtemps, vous. Vous n’êtes pas stupéfait, comme les autres, de trouver en moi un poète. […] Nous mentons tous plus ou moins, mais quelle est la mécanique et la mentalité de notre mensonge ? Or – c’est ici que je m’abuse peut‑être – je crois encore que je mens pour mon compte dans le sens de la vérité. J’ai l’hypertrophie du détail vrai, le saut dans les étoiles sur le tremplin de l’observation exacte. La vérité monte d’un coup d’aile jusqu’au symbole.

Émile Zola, Correspondance, lettre à Henry Céard, 22 mars 1885.


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