Texte 3


Une ville d’or et d’acier





◈ Ressource complémentaire


Jean-Claude Izzo, Les marins perdus (1997)


Autre description de ville, plus contemplative : dans ce texte de Jean-Claude Izzo, le capitaine Abdul Aziz profite d'un panorama sur la ville de Marseille depuis la butte du Pharo.

  Il redescendit de quelques mètres, puis il s'assit dans l'herbe, à l'ombre d'un massif de lauriers. Il se laissa envahir par la chaleur parfumée de l'air. 
  Devant lui, le fort Saint-Jean, ancienne commanderie des hospitaliers de Jérusalem. La lumière semblait vouloir se régaler du rose de ses pierres. Elle en léchait les moindres aspérités avec autant de passion, de plaisir, qu'une glace à la framboise.
  En contrebas, l'étroit goulet, autrefois stratégique, par lequel on accède au Vieux-Port. À peine franchi, des voiliers prenaient leur envol vers la rade. Des yeux, il suivit l'une des navettes, qui revenait, vide, des îles du Frioul et du château d'If. Elle irait s'amarrer sur le quai devant la Canebière qu'il devinait à peine. Son regard se déplaça légèrement, à gauche du fort Saint-Jean, sur la cathédrale de la Major, faussement byzantine, pompeuse, grise et lourde, cernée d'axes routiers aussi invraisemblables que laids. Derrière elle, le port de la Joliette s'étendait jusqu'à l'Estaque. Ses grues et ses portiques semblaient s'agripper au ciel. Pas grand-chose n'y bougeait. Comme si la chaleur avait banni tout mouvement. L'ailleurs, à cet instant, avait la couleur du Sahara. Son immobilité. Le moindre rêve de voyage, comme l'air, s'épuisait et se perdait dans ses sables.

Jean-Claude Izzo, Les marins perdus, Flammarion, 1997.

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Entrer dans le texte

1
Quel est le rôle du personnage d'Angèle dans cet extrait ?


Un tableau

2
Quels éléments font référence à la géographie réelle de Paris et aux grands travaux voulus par le baron Haussmann ?


3

a. Étudiez les changements de couleurs dans l’extrait.

b. À quoi sont-ils dûs ?


4

a. Par quelles métaphores successives la ville est-elle décrite ?

b. Quelles figures de style identifiez-vous de « - Oui, oui, j'ai bien dit... » à « ...trois ou quatre ans à vivre »  ?

c. À quoi servent ces figures de style ? Donnez plusieurs réponses.


Saccard

5
GRAMMAIRE
"Relevez les verbes de « Sa voix demeurait... » à « ...accoudée à son côté » et indiquez leur temps, leur mode et leur valeur.


6
Les deux personnages se trouvent en hauteur. Quel est l’intérêt de ce choix d’un point de vue réaliste ? d’un point de vue symbolique ?


7
Étudiez la métamorphose de Saccard entre le début et la fin de l’extrait.


8
Mettez en lien la dernière phrase du texte et le titre du roman.


Vers la dissertation

9
Comment la description de la ville permet-elle de mettre en valeur les intentions du personnage ?


ORAL
Selon vous, Saccard aime-t-il Paris ? Débattez-en.
Vous pouvez vous enregistrer pour vous entraîner.
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Une ville d’or et d’acier


Cette scène correspond à une analepse1 dans le récit. Peu après leur arrivée à Paris, Saccard et Angèle passent une soirée sur la butte Montmartre, au nord de Paris.

  Ce jour-là, ils dînèrent au sommet des buttes, dans un restaurant dont les fenêtres s’ouvraient sur Paris, sur cet océan de maisons aux toits bleuâtres, pareils à des flots pressés emplissant l’immense horizon. Leur table était placée devant une des fenêtres. Ce spectacle des toits de Paris égaya Saccard. Au dessert, il fit apporter une bouteille de bourgogne. Il souriait à l’espace, il était d’une galanterie inusitée2. Et ses regards, amoureusement, redescendaient toujours sur cette mer vivante et pullulante, d’où sortait la voix profonde des foules. On était à l’automne ; la ville, sous le grand ciel pâle, s’alanguissait, d’un gris doux et tendre, piqué çà et là de verdures sombres, qui ressemblaient à de larges feuilles de nénuphars nageant sur un lac ; le soleil se couchait dans un nuage rouge, et, tandis que les fonds s’emplissaient d’une brume légère, une poussière d’or, une rosée d’or tombait sur la rive droite de la ville, du côté de la Madeleine et des Tuileries. C’était comme le coin enchanté d’une cité des Mille et une Nuits, aux arbres d’émeraude, aux toits de saphir, aux girouettes de rubis. Il vint un moment où le rayon qui glissait entre deux nuages fut si resplendissant, que les maisons semblèrent flamber et se fondre comme un lingot d’or dans un creuset3.
  – Oh ! vois, dit Saccard, avec un rire d’enfant, il pleut des pièces de vingt francs dans Paris !
  Angèle se mit à rire à son tour, en accusant ces pièces-là de n’être pas faciles à ramasser. Mais son mari s’était levé, et, s’accoudant sur la rampe de la fenêtre :
  – C’est la colonne Vendôme, n’est-ce pas, qui brille là-bas ?… Ici, plus à droite, voilà la Madeleine… Un beau quartier, où il y a beaucoup à faire… Ah ! cette fois, tout va brûler ! Vois-tu ?… On dirait que le quartier bout dans l’alambic4 de quelque chimiste.
  
Sa voix demeurait grave et émue. La comparaison qu’il avait trouvée parut le frapper beaucoup. Il avait bu du bourgogne, il s’oublia, il continua, étendant le bras pour montrer Paris à Angèle qui s’était également accoudée à son côté
 :
  
– Oui, oui, j’ai bien dit, plus d’un quartie