Chapitres bientôt disponibles

Chargement de l'audio en cours
Cacher

Cacher la barre d'outils

Plus

Plus


Texte 8
et
Texte 9


L’hôtel Saccard et L’hôtel Béraud





L’hôtel Saccard


Deux demeures s’opposent dans La Curée, deux manières de concevoir le monde et le pouvoir. Mais ce sont aussi deux mouvements artistiques qui se côtoient.

  L’hôtel disparaissait sous les sculptures. Autour des fenêtres, le long des corniches, couraient des enroulements de rameaux et de fleurs ; il y avait des balcons pareils à des corbeilles de verdure, que soutenaient de grandes femmes nues, les hanches tordues, les pointes des seins en avant ; puis, çà et là, étaient collés des écussons1 de fantaisie, des grappes, des roses, toutes les efflorescences2 possibles de la pierre et du marbre. À mesure que l’œil montait, l’hôtel fleurissait davantage. Autour du toit, régnait une balustrade sur laquelle étaient posées, de distance en distance, des urnes où des flammes de pierre flambaient. Et là, entre les œils-de-bœuf3 des mansardes4, qui s’ouvraient dans un fouillis incroyable de fruits et de feuillages, s’épanouissaient les pièces capitales de cette décoration étonnante, les frontons des pavillons, au milieu desquels reparaissaient les grandes femmes nues, jouant avec des pommes, prenant des poses, parmi des poignées de joncs. Le toit, chargé de ces ornements, surmonté encore de galeries de plomb découpées, de deux paratonnerres et de quatre énormes cheminées symétriques, sculptées comme le reste, semblait être le bouquet de ce feu d’artifice architectural.

  À droite, se trouvait une vaste serre, scellée au flanc même de l’hôtel, communiquant avec le rez-de-chaussée par la porte-fenêtre d’un salon. Le jardin, qu’une grille basse, masquée par une haie, séparait du parc Monceaux, avait une pente assez forte. [...] À la voir du parc, au-dessus de ce gazon propre, de ces arbustes dont les feuillages vernis luisaient, cette grande bâtisse, neuve encore et toute blafarde, avait la face blême, l’importance riche et sotte d’une parvenue5, avec son lourd chapeau d’ardoises, ses rampes dorées, son ruissellement de sculptures. C’était une réduction du nouveau Louvre, un des échantillons les plus caractéristiques du style Napoléon III, ce bâtard opulent6 de tous les styles. Les soirs d’été, lorsque le soleil oblique allumait l’or des rampes sur la façade blanche, les promeneurs du parc s’arrêtaient, regardaient les rideaux de soie rouge drapés aux fenêtres du rez-de-chaussée ; et, au travers des glaces si larges et si claires qu’elles semblaient, comme les glaces des grands magasins modernes, mises là pour étaler au dehors le faste intérieur, ces familles de petits bourgeois apercevaient des coins de meubles, des bouts d’étoffes, des morceaux de plafonds d’une richesse éclatante, dont la vue les clouait d’admiration et d’envie au beau milieu des allées.


Émile Zola, La Curée, Chapitre I, 1871.


1. Élément en forme de bouclier, traditionnellement orné des emblèmes d’une famille.
2. Début de floraison.
3. Petite fenêtre ronde ou ovale dans la partie haute d’un édifice.
4. Petites chambres situées sous les toits.
5. Qui a gravi très rapidement l’échelle sociale, mais dont les manières ne suivent pas.
6. Riche.

L’hôtel Béraud


Voici la description de l’hôtel particulier des Béraud du Châtel, famille de Renée.

  L’hôtel Béraud, bâti vers le commencement du dix-septième siècle, était une de ces constructions carrées, noires et graves, aux étroites et hautes fenêtres, nombreuses au Marais, et qu’on loue à des pensionnats, à des fabricants d’eau de Seltz1, à des entrepositaires de vins et d’alcools. Seulement, il était admirablement conservé. Sur la rue Saint-Louis-en-l’Île2, il n’avait que trois étages, des étages de quinze à vingt pieds de hauteur. Le rez-de-chaussée, plus écrasé, était percé de fenêtres garnies d’énormes barres de fer, s’enfonçant lugubrement dans la sombre épaisseur des murs, et d’une porte arrondie, presque aussi haute que large, à marteau de fonte, peinte en gros vert et garnie de clous énormes qui dessinaient des étoiles et des losanges sur les deux vantaux3. [...]. On voyait qu’anciennement on avait ménagé le lit d’un ruisseau, au milieu de la porte, entre les pentes légères du cailloutage du porche ; mais M. Béraud s’était décidé à boucher ce ruisseau en faisant bitumer l’entrée ; ce fut, d’ailleurs, le seul sacrifice aux architectes modernes qu’il accepta jamais. Les fenêtres des étages étaient garnies de minces rampes de fer forgé, laissant voir leurs croisées colossales à fortes boiseries brunes et à petits carreaux verdâtres. [...] Et ce qui augmentait encore la nudité austère de la façade, c’était l’absence absolue de persiennes et de jalousies4, le soleil ne venant en aucune saison sur ces pierres pâles et mélancoliques. Cette façade, avec son air vénérable, sa sévérité bourgeoise, dormait solennellement dans le recueillement du quartier, dans le silence de la rue que les voitures ne troublaient guère.

  À l’intérieur de l’hôtel, se trouvait une cour carrée, entourée d’arcades, une réduction de la place Royale, dallée d’énormes pavés, ce qui achevait de donner à cette maison morte l’apparence d’un cloître. [...] Là, au fond de cette cour fraîche et muette comme un puits, éclairée d’un jour blanc d’hiver, on se serait cru à mille lieues de ce nouveau Paris où flambaient toutes les chaudes jouis- sances, dans le vacarme des millions.


Émile Zola, La Curée, Chapitre II, 1871.


1. Eau gazeuse.
2. Rue principale de l’Île Saint-Louis, située au centre de Paris.
3. Battants de porte.
4. Types de volets.
Voir les réponses

Entrer dans les textes

1
Montrez que ces deux hôtels particuliers sont en opposition. Analysez notamment le style architectural, l’époque de leur construction, les lieux où ils sont situés, la lumière, les fenêtres, ainsi que la dimension symbolique de chacun de ces lieux.


2
Que révèlent‑ils sur les personnages qui les habitent ?


ORAL
Aimeriez‑vous habiter dans l’une de ces demeures ? Si oui, laquelle ? Justifiez votre réponse.
Enregistreur audio

Ressource complémentaire

« Les hôtels particuliers de Paris », Au cœur de l'histoire, 11/10/2011, Europe 1.
Connectez-vous pour ajouter des favoris

Pour pouvoir ajouter ou retrouver des favoris, nous devons les lier à votre compte.Et c’est gratuit !

Livre du professeur

Pour pouvoir consulter le livre du professeur, vous devez être connecté avec un compte professeur et avoir validé votre adresse email académique.

Votre avis nous intéresse !
Recommanderiez-vous notre site web à un(e) collègue ?

Peu probable
Très probable

Cliquez sur le score que vous voulez donner.

Dites-nous qui vous êtes !

Pour assurer la meilleure qualité de service, nous avons besoin de vous connaître !
Cliquez sur l'un des choix ci-dessus qui vous correspond le mieux.

Nous envoyer un message




Nous contacter?