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Groupement complémentaire


« À nous deux, Paris ! »

(célèbre phrase que prononce Rastignac à la fin du Père Goriot)





Camille Pissarro Boulevard Montmartre, effet de nuit
Doc. 2
Camille Pissarro, Boulevard Montmartre, effet de nuit, 1897, huile sur toile, 53 × 65 cm, National Gallery, Londres, Royaume-Uni.
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Comment « parvenir » ?

5
D’après ces extraits, que faut-il pour être heureux à Paris ?

6
Texte A
Résumez la leçon de Vautrin à Rastignac.
a. Quelles solutions s’offrent au jeune homme ?

b. Quelle est la seule valable ?


7
Texte C
À quel passage de La Curée ce texte fait-il écho ?
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« Monter à Paris »

1
Textes A, B et C
Quel est le but des personnages en arrivant à Paris ?


2
Texte B
a. Quelle vision ces extraits donnent-ils de la société parisienne ?

b. Quels sentiments les personnages éprouvent-ils envers les Parisiens ?


3
Textes B, C et D
Quelle image les personnages ont-ils d’eux-mêmes ? Justifiez votre réponse.


4
Textes B, C et D
Comparez le caractère de ces personnages ? Qu’ont-ils en commun ? Qu’ont-ils de différent ?

Jean Béraud La Rue de la Paix
Doc. 1
Jean Béraud, La Rue de la Paix, 1907, huile sur toile, 66 × 92 cm, coll. privée.

Texte A - Honoré de Balzac, Le Père Goriot (1835)

Honoré de Balzac, Le Père Goriot (1835)

Un jeune provincial, Eugène de Rastignac, monte à Paris pour faire des études de droit. Vautrin, un homme mystérieux qui habite dans la même pension, lui donne des conseils pour « parvenir ».

  Voilà le carrefour de la vie, jeune homme, choisissez. Vous avez déjà choisi : vous êtes allé chez notre1 cousine de Beauséant, et vous y avez flairé le luxe. Vous êtes allé chez madame de Restaud, la fille du père Goriot, et vous y avez flairé la Parisienne. Ce jour-là vous êtes revenu avec un mot écrit sur votre front, et que j’ai bien su lire : Parvenir ! Parvenir à tout prix. Bravo ! ai-je dit, voilà un gaillard qui me va. Il vous a fallu de l’argent. Où en prendre ? Vous avez saigné vos sœurs2. Tous les frères flouent plus ou moins leurs sœurs. […] Après, que ferez-vous ? Vous travaillerez ? Le travail, compris comme vous le comprenez en ce moment, donne, dans les vieux jours, un appartement chez maman Vauquer3, à des gars de la force de Poiret. Une rapide fortune est le problème que se proposent de résoudre en ce moment cinquante mille jeunes gens qui se trouvent tous dans votre position. Vous êtes une unité de ce nombre-là. Jugez des efforts que vous avez à faire et de l’acharnement du combat. Il faut vous manger les uns les autres comme des araignées dans un pot, attendu qu’il n’y a pas cinquante mille bonnes places. Savez-vous comment on fait son chemin ici ? Par l’éclat du génie ou par l’adresse de la corruption. Il faut entrer dans cette masse d’hommes comme un boulet de canon, ou s’y glisser comme une peste. L’honnêteté ne sert à rien. L’on plie sous le pouvoir du génie, on le hait, on tâche de le calomnier, parce qu’il prend sans partager ; mais on plie s’il persiste ; en un mot, on l’adore à genoux quand on n’a pas pu l’enterrer sous la boue. La corruption est en force, le talent est rare. Ainsi la corruption est l’arme de la médiocrité qui abonde, et vous en sentirez partout la pointe. Vous verrez des femmes dont les maris ont six mille francs d’appointements4 pour tout potage, et qui dépensent plus de dix mille francs à leur toilette. Vous verrez des employés à douze cents francs acheter des terres. Vous verrez des femmes se prostituer pour aller dans la voiture du fils d’un pair de France5, qui peut courir à Longchamp6 sur la chaussée du milieu. […] Voilà la vie telle qu’elle est. Ça n’est pas plus beau que la cuisine, ça pue tout autant, et il faut se salir les mains si l’on veut fricoter ; sachez seulement vous bien débarbouiller : là est toute la morale de notre époque. […] Vous, si vous êtes un homme supérieur, allez en droite ligne et la tête haute. Mais il faudra lutter contre l’envie, la calomnie, la médiocrité, contre tout le monde. Napoléon a rencontré un ministre de la Guerre qui s’appelait Aubry, et qui a failli l’envoyer aux colonies. Tâtez-vous ! Voyez si vous pourrez vous lever tous les matins avec plus de volonté que vous n’en aviez la veille.


Honoré de Balzac, Le Père Goriot, partie II, 1835.


1. Rastignac et Vautrin ne sont pas de la même famille, mais celui-ci adopte le point de vue du jeune homme.
2. Vous leur avez pris tout leur argent.
3. Femme qui dirige la modeste pension où ils habitent.
4. Salaire annuel.
5. Membre du Parlement.
6. Hippodrome où se retrouvent les riches parisiens.




◈ Éclairage

Le roman d’apprentissage, aussi appelé « roman de formation » ou « roman initiatique », est né en Allemagne au XVIIIe siècle. Il met en scène un personnage jeune qui devient adulte au contact du monde, perd sa naïveté et fait son apprentissage de la vie.

Texte B - Honoré de Balzac, Illusions perdues (1837-1843)

Honoré de Balzac, Illusions perdues (1837-1843)

Lucien de Rubempré, jeune poète reconnu dans sa ville d’origine, Angoulême, arrive à Paris.

  Pendant sa première promenade vagabonde à travers les Boulevards et la rue de la Paix, Lucien, comme tous les nouveaux venus, s’occupa beaucoup plus des choses que des personnes. À Paris, les masses s’emparent tout d’abord de l’attention : le luxe des boutiques, la hauteur des maisons, l’affluence des voitures, les constantes oppositions que présentent un extrême luxe et une extrême misère saisissent avant tout. Surpris de cette foule à laquelle il était étranger, cet homme d’imagination éprouva comme une immense diminution de lui-même. Les personnes qui jouissent en province d’une considération quelconque, et qui y rencontrent à chaque pas une preuve de leur importance, ne s’accoutument point à cette perte totale et subite de leur valeur. Être quelque chose dans son pays1 et n’être rien à Paris sont deux états qui veulent des transitions ; et ceux qui passent trop brusquement de l’un à l’autre tombent dans une espèce d’anéantissement. Pour un jeune poète qui trouvait un écho à tous ses sentiments, un confident pour toutes ses idées, une âme pour partager ses moindres sensations, Paris allait être un affreux désert. […] Plus il admirait ces jeunes gens à l’air heureux et dégagé, plus il avait conscience de son air étrange, l’air d’un homme qui ignore où aboutit le chemin qu’il suit, qui ne sait où se trouve le Palais-Royal quand il y touche, et qui demande où est le Louvre à un passant qui répond : – Vous y êtes. Lucien se voyait séparé de ce monde par un abîme, il se demandait par quels moyens il pouvait le franchir, car il voulait être semblable à cette svelte et délicate jeunesse parisienne. Tous ces patriciens2 saluaient des femmes divinement mises et divinement belles, des femmes pour lesquelles Lucien se serait fait hacher pour prix d’un seul baiser […]. Il vit passer une fille sublime, mademoiselle des Touches, si connue sous le nom de Camille Maupin, écrivain éminent, aussi grande par sa beauté que par un esprit supérieur, et dont le nom fut répété tout bas par les promeneurs et par les femmes.
  – Ha ! se dit-il, voilà la poésie.
Qu’était madame de Bargeton3 auprès de cet ange brillant de jeunesse, d’espoir, d’avenir, au doux sourire, et dont l’oeil noir était vaste comme le ciel, ardent comme le soleil ! Elle riait en causant avec madame Firmiani, l’une des plus charmantes femmes de Paris. Une voix lui cria bien : « L’intelligence est le levier avec lequel on remue le monde. » Mais une autre voix lui cria que le point d’appui de l’intelligence était l’argent.


Honoré de Balzac, Illusions perdues, 1837-1843, deuxième partie : « Un grand homme de province à Paris », 1839.


1. Dans sa région.
2. Personnes appartenant à la classe privilégiée.
3. Femme noble d’Angoulême avec qui il a une liaison.

Texte C - Émile Zola, « Nantas » (1878)

Honoré de Balzac, « Nantas » (1878)

Le personnage principal de cette nouvelle est largement inspiré par Aristide Saccard : arrivant du sud de la France, Nantas usera de tous les moyens pour parvenir à ses fins.

  Dès qu’il toucha le pavé de Paris, Nantas crut qu’il lui suffirait d’allonger les mains pour trouver une situation digne de lui. Le jour même, il se mit en campagne. On lui avait donné des lettres de recommandation, qu’il porta à leur adresse ; en outre, il frappa chez quelques compatriotes, espérant leur appui. Mais, au bout d’un mois, il n’avait obtenu aucun résultat : le moment était mauvais, disait-on ; ailleurs, on lui faisait des promesses qu’on ne tenait point. Cependant, sa petite bourse se vidait, il lui restait une vingtaine de francs, au plus. Et ce fut avec ces vingt francs qu’il dut vivre tout un mois encore, ne mangeant que du pain, battant Paris du matin au soir, et revenant se coucher sans lumière, brisé de fatigue, toujours les mains vides. Il ne se décourageait pas ; seulement, une sourde colère montait en lui. La destinée lui semblait illogique et injuste.
  Un soir, Nantas rentra sans avoir mangé. La veille, il avait fini son dernier morceau de pain. Plus d’argent et pas un ami pour lui prêter vingt sous. La pluie était tombée toute la journée, une de ces pluies grises de Paris qui sont si froides. […] Il aurait accepté n’importe quoi, avec la certitude qu’il taillerait sa fortune dans la première situation venue. Il ne demandait d’abord que du pain, de quoi vivre à Paris, un terrain quelconque pour bâtir ensuite pierre à pierre. De Montmartre à la rue de Lille, il marcha lentement, le coeur noyé d’amertume. La pluie avait cessé, une foule affairée le bousculait sur les trottoirs. Il s’arrêta plusieurs minutes devant la boutique d’un changeur : cinq francs lui auraient peut-être suffi pour être un jour le maître de tout ce monde ; avec cinq francs on peut vivre huit jours, et en huit jours on fait bien des choses. Comme il rêvait ainsi, une voiture l’éclaboussa, il dut s’essuyer le front, qu’un jet de boue avait souffleté. Alors, il marcha plus vite, serrant les dents, pris d’une envie féroce de tomber à coups de poing sur la foule qui barrait les rues : cela l’aurait vengé de la bêtise du destin. […] Enfin, quand il se fut réfugié dans sa chambre, ainsi qu’une bête blessée revient mourir au gîte, il s’assit lourdement sur sa chaise, assommé, examinant son pantalon que la crotte avait raidi, et ses souliers éculés qui laissaient couler une mare sur le carreau. […]
  Être une force, sentir en soi une puissance, et ne pas trouver une personne qui vous devine, qui vous donne le premier écu dont vous avez besoin ! Cela lui semblait d’une sottise monstrueuse, son être entier se soulevait de colère. Puis, c’était en lui un immense regret, lorsque ses regards tombaient sur ses bras inutiles. Aucune besogne pourtant ne lui faisait peur ; du bout de son petit doigt, il aurait soulevé un monde ; et il demeurait là, rejeté dans son coin, réduit à l’impuissance, se dévorant comme un lion en cage.


Émile Zola, « Nantas », 1878.


Retrouvez l'intégralité de la nouvelle en cliquant ici.

Texte D - Guy de Maupassant, Bel-Ami (1885)

Guy de Maupassant, Bel-Ami (1885)

L’extrait suivant est l’incipit du roman.

  Quand la caissière lui eut rendu la monnaie de sa pièce de cent sous, Georges Duroy sortit du restaurant.
  Comme il portait beau, par nature et par pose d’ancien sous-officier, il cambra sa taille, frisa sa moustache d’un geste militaire et familier, et jeta sur les dîneurs attardés un regard rapide et circulaire, un de ces regards de joli garçon qui s’étendent comme des coups d’épervier.
  Les femmes avaient levé la tête vers lui, trois petites ouvrières, une maîtresse de musique entre deux âges, mal peignée, négligée, coiffée d’un chapeau toujours poussiéreux et vêtue d’une robe toujours de travers, et deux bourgeoises avec leurs maris, habituées de cette gargote à prix fixe.
  Lorsqu’il fut sur le trottoir, il demeura un instant immobile, se demandant ce qu’il allait faire. On était au 28 juin, et il lui restait juste en poche trois francs quarante pour finir le mois. Cela représentait deux dîners sans déjeuners, ou deux déjeuners sans dîners, au choix. […]
  Il marchait ainsi qu’au temps où il portait l’uniforme des hussards, la poitrine bombée, les jambes un peu entr’ouvertes comme s’il venait de descendre de cheval ; et il avançait brutalement dans la rue pleine de monde, heurtant les épaules, poussant les gens pour ne point se déranger de sa route. Il inclinait légèrement sur l’oreille son chapeau à haute forme assez défraîchi, et battait le pavé de son talon. Il avait l’air de toujours défier quelqu’un, les passants, les maisons, la ville entière, par chic de beau soldat tombé dans le civil.


Guy de Maupassant, Bel-Ami, chapitre I, 1885.


Ressource complémentaire

Rastignac et Vautrin dans la cour de la pension Vauquer (illustration pour Le Père Goriot).
Rastignac et Vautrin dans la cour de la pension Vauquer (illustration pour Le Père Goriot).
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