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Texte 3


Louise Michel, Mémoires (1886)




Ressource complémentaire

Jules Girardet, Louise Michel à Satory, 1871.


Retrouvez une analyse de ce tableau sur le site L'Histoire par l'image.


Jules Girardet, Louise Michel à Satory, 1871, huile sur toile, Musée d’art et d’histoire, Saint-Denis, France.

Texte écho
Étienne de Neufville, Physiologie de la femme (1842)

Parce qu’en fait de liberté, les Françaises n’ont pas leurs pareilles. Jeunes filles, elles sont parfaitement libres d’aller se cloîtrer1 dans le pensionnat d’un couvent, jusqu’à leur dix-huitième printemps. Libres d’aller à la messe le dimanche et à la promenade escortées de leur femme de chambre, qui ne les quitte pas plus que leur ombre. Et enfin un beau jour, libres d’épouser le premier
magot titré2 ou doré, auquel leurs père et mère trouveront très raisonnable de les accoupler. Après leur doux hyménée3, elles sont, plus que jamais, libres de suivre un mari maussade, quelquefois même brutal, en Cochinchine4, si bon lui semble. Libres de lui apporter en sus de leur personne une dot5 assez rondelette, dont elles seront libres également de ne disposer d’aucune sorte, [...]. Libres quand elles ont l’effronterie de se soustraire à ce joug6 plein de charmes, de suivre deux gendarmes qui s’empressent de leur tenir compagnie jusqu’au domicile dit conjugal, où elles retrouveront leurs charmants époux.

En un mot, les Françaises ont une liberté tellement exorbitante, que c’en est effrayant !

Étienne de Neufville, Physiologie de la femme, 1842.


1. S’enfermer.
2. Qui a un titre de noblesse.
3. Mariage.
4. Région historique du Vietnam, ancienne colonie française.
5. Biens qu’une femme apporte en se mariant.
6. Ici : esclavage, asservissement.

Ressource complémentaire

Louise Michel, L’icône de l’insoumission

Miss Me (@miss_me_art), Rage, 2018, collage.


« Arrêtez de reprocher aux femmes la mauvaise conduite des hommes. »


Miss Me (@miss_me_art), Rage, 2018, collage.
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L'image

1
Comment s’exprime la rage de l’artiste ? Observez l’oeuvre et lisez le message pour répondre.


2
Quel lien pouvez-vous faire avec le texte de Louise Michel ?

Photographie Louise Michel
Louise Michel, Mémoires (1886)

Louise Michel, institutrice militante et révolutionnaire, s’engage dans la Commune de Paris (mars-mai 1871). Elle lutte à la fois pour l’amélioration des conditions de travail des ouvriers et pour l’émancipation des femmes. Son action militante lui vaut d’être exilée plusieurs années en Nouvelle-Calédonie. Dans ses Mémoires, elle fait le récit de sa vie en revenant sur son enfance tout comme sur sa carrière d’institutrice. Elle livre ici sa vision critique de l’éducation des filles.

  Jamais je n’ai compris qu’il y eût un sexe pour lequel on cherchât à atrophier1 l’intelligence comme s’il y en avait trop dans la race. Les filles, élevées dans la niaiserie, sont désarmées tout exprès pour être mieux trompées : c’est cela qu’on veut. C’est absolument comme si on vous jetait à l’eau après vous avoir défendu d’apprendre à nager, ou même lié les membres.

  Sous prétexte de conserver l’innocence d’une jeune fille, on la laisse rêver, dans une ignorance profonde, à des choses qui ne lui feraient nulle impression si elles lui étaient connues par de simples questions de botanique ou d’histoire naturelle.

  Mille fois plus innocente elle serait alors, car elle passerait calme à travers mille choses qui la troublent : tout ce qui est une question de science ou de nature ne trouble pas les sens.

Est-ce qu’un cadavre émeut ceux qui ont l’habitude de l’amphithéâtre2 ? Que la nature apparaisse vivante ou morte, elle ne fait pas rougir. Le mystère est détruit, le cadavre est offert au scalpel.
La nature et la science sont propres, les voiles qu’on leur jette ne le sont pas.

  Ces feuilles de vigne3 tombées des pampres4 du vieux Silène5 ne font que souligner ce qui passerait inaperçu. Les Anglais font des races d’animaux pour la boucherie ; les gens civilisés préparent les jeunes filles pour être trompées, ensuite ils leur en font un crime et un presque honneur au séducteur. Quel scandale quand il se trouve de mauvaises têtes dans le troupeau ! Où en serait-on si les agneaux ne voulaient plus être égorgés ?

  Il est probable qu’on les égorgerait tout de même, qu’ils tendent ou non le cou. Qu’importe ! Il est préférable de ne pas le tendre.

  Quelquefois les agneaux se changent en lionnes, en tigresses, en pieuvres.

Louise Michel, Mémoires, 1886.


1. Amoindrir.
2.
Salle d’étude de médecine.
3. Moyen conventionnel de masquer les parties génitales sur les nus artistiques.
4. Branches de vigne.
5. Divinité mythologique qui porte une couronne de feuilles de vigne.

◈ Ressource complémentaire


Victor Hugo, « Viro major » (1871)


Ce poème de Victor Hugo rend hommage à Louise Michel et à son engagement lors des événements de la Commune de Paris en 1871, qui lui vaut d’être jugée puis envoyée au bagne.


VIRO MAJOR


À Louise Michel.


Cette femme écoutait la vie aux bruits confus,
D'en haut, dans l'attitude austère du refus.
Elle n'avait pas l'air de comprendre autre chose
Qu'un pilori dressé pour une apothéose,
Et trouvant l'affront noble et le supplice beau,
Sinistre, elle hâtait le pas vers le tombeau.
Les juges murmuraient : Qu'elle meure. C'est juste.
Elle est infâme. - À moins qu'elle ne soit auguste,
Disait leur conscience ; et les juges pensifs,
Devant oui, devant non, comme entre deux récifs,
Hésitaient, regardant, la sévère coupable.

Et ceux qui comme moi te savent incapable
De tout ce qui n'est pas héroïsme et vertu,
Qui savent que si Dieu te disait : D'où viens-tu ?
Tu répondrais : Je viens de la nuit où l'on souffre ;
Dieu, je sors du devoir dont vous faites un gouffre !
Ceux qui savent tes vers mystérieux et doux,
Tes jours, tes nuits, tes soins, tes pleurs, donnés à tous,
Ton oubli de toi-même à secourir les autres,
Ta parole semblable aux flammes des apôtres ;
Ceux qui savent le toit sans feu, sans air, sans pain,
Le lit de sangle avec la table de sapin,
Ta bonté, ta fierté de femme populaire,
L'âpre attendrissement qui dort sous ta colère,
Ton long regard de haine à tous les inhumains,
Et les pieds des enfants réchauffés dans tes mains ;
Ceux-là, femme, devant ta majesté farouche,
Méditaient, et, malgré l'amer pli de ta bouche,
Malgré le maudisseur qui, s'acharnant sur toi,
Te jetait tous les cris indignés de la loi,
Malgré ta voix fatale et haute qui t'accuse,
Voyaient resplendir l'ange à travers la méduse.

Tu fus belle et semblas étrange en ces débats ;
Car, chétifs comme sont les vivants d'ici-bas,
Rien ne les trouble plus que deux âmes mêlées,
Que le divin chaos des choses étoilées
Aperçu tout au fond d'un grand cœur inclément,
Et qu'un rayonnement vu dans un flamboiement.


Victor Hugo, « Viro major », Toute la lyre, 1871.

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Entrer dans le texte

1
Texte écho
a.
Qu'est-ce que les textes de Louise Michel et d'Étienne de Neufville ont en commun d'après vous ?
b. Quelle différence de ton observez-vous ?


L’éducation des filles

2

a.
Que manque-t-il dans l’éducation des filles, d’après Louise Michel ?

b. Quelles sont les conséquences de leur ignorance ?


3
GRAMMAIRE

Relevez les deux propositions subordonnées dans le deuxième paragraphe et donnez la nature et la fonction de chacune d'elles.


4

Quelle idée l’auteure exprime-t-elle dans la phrase suivante : « La nature et la science sont propres, les voiles qu’on leur jette ne le sont pas » ?

Le devenir des femmes

5

a.
Dans les trois derniers paragraphes, quelle métaphore filée l’auteure utilise-t-elle ?

b. Pourquoi utilise-t-elle cette image, d’après vous ?

c. Quelles images bibliques ou littéraires évoque-t-elle ?


6

Comment comprenez-vous la dernière phrase ?


7
Texte écho
a. Cherchez les sens de « magot ».

b. Quel jeu de mots peut-on voir ici ?


Vers le commentaire

8

En quoi ce texte a-t-il une visée polémique ?


ORAL
Argumentation
Qu’est-ce que l’école doit nous apporter en priorité aujourd’hui ? Préparez votre argumentaire avec l'enregisteur, puis défendez votre avis devant la classe.
Enregistreur audio

Éclairage

Tout au long du XIXe siècle, les gouvernements successifs développent l’accès à l’école pour les filles, notamment dans l'intention d’écarter la mainmise de l’Église catholique sur leur éducation. Cependant, l’accès à l’éducation n’est pas forcément synonyme d’émancipation : encore faut-il que cette éducation soit de qualité !

Ainsi, Louise Michel s’insurge dans ses Mémoires contre l’éducation qui est dispensée aux jeunes filles dans les écoles.

Voir le groupement de textes complémentaire « L'éducation des filles ».


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L'image

1
Où se trouve Louise Michel sur cette peinture ? Décrivez sa posture.


2
Qu’est-ce que le peintre a voulu mettre en valeur d’après vous ?
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