Groupement complémentaire


L’éducation des filles




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1
Texte A

a. Pourquoi Chrysale n’approuve-t-il pas la volonté de sa sœur ? Résumez chacun de ses arguments.
b. Chrysale exprime-t-il le point de vue de Molière ? Si besoin, faites une recherche pour répondre.

2
Texte B
a. Quelle différence Rousseau fait-il entre les femmes et les hommes ?
b. Comment justifie-t-il cette différence ?

3
Texte C
a. Lisez le texte attentivement, puis reformulez à l’oral le point de vue de Condorcet.
b. En quoi son raisonnement peut-il sembler paradoxal ?


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Thomas Armstrong, La leçon, XIXe siècle

Thomas Armstrong, La leçon, XIXe siècle, huile sur toile, coll. privée.

Texte A - Molière, Les Femmes savantes (1672)

Molière, Les Femmes savantes (1672)

Chrysale, père de famille, s’adresse à sa sœur Bélise, une femme qui veut étudier.

Il n’est pas bien honnête et pour beaucoup de causes,
Qu’une femme étudie et sache tant de choses.
Former aux bonnes mœurs l’esprit de ses enfants,
Faire aller son ménage1, avoir l’œil sur ses gens
Et régler la dépense avec économie
Doit être son étude et sa philosophie.
Nos pères, sur ce point, étaient gens bien sensés,
Qui disaient qu’une femme en sait toujours assez,
Quand la capacité de son esprit se hausse
À connaître un pourpoint2 d’avec un haut de chausse3.
Les leurs ne lisaient point, mais elles vivaient bien
Leurs ménages étaient tout leur docte4 entretien ;
Et leurs livres, un dé, un fil et des aiguilles,
Dont elles travaillaient au trousseau5 de leurs filles ;
Les femmes d’à présent sont bien loin de ces mœurs
Elles veulent écrire et devenir auteurs.
Nulle science n’est pour elles trop profonde,
Et céans6 beaucoup plus qu’en aucun lieu du monde ;
Les secrets les plus hauts s’y laissent concevoir,
Et l’on sait tout chez moi, hors7 ce qu’il faut savoir.

Molière, Les Femmes savantes, Acte II, scène 7, 1672.


1. S’occuper des tâches domestiques. 2. Sorte de veste. 3. Sorte de pantalon court. 4. Savant. 5. Vêtements et linge de maison qu’une fille reçoit pour son mariage. 6. Ici. 7. Hormis, sauf.

Texte B - Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l’éducation (1762)

Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l’éducation (1762)

Rousseau, philosophe des Lumières, évoque la question de l’éducation des filles.

Il est nécessaire que les femmes partagent l’instruction donnée aux hommes.

Par la loi même de la nature, les femmes, tant pour elles que pour leurs enfants, sont à la merci des jugements des hommes : il ne suffit pas qu’elles soient estimables, il faut qu’elles soient estimées ; il ne leur suffit pas d’être belles, il faut qu’elles plaisent ; il ne leur suffit pas d’être sages, il faut qu’elles soient reconnues pour telles ; leur honneur n’est pas seulement dans leur conduite, mais dans leur réputation, et il n’est pas possible que celle qui consent à passer pour infâme puisse jamais être honnête.

[...] Ainsi toute l’éducation des femmes doit être relative aux hommes. Leur plaire, leur être utiles, se faire aimer et honorer d’eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce : voilà les devoirs des femmes dans tous les temps, et ce qu’on doit leur apprendre dès leur enfance. Tant qu’on ne remontera pas à ce principe, on s’écartera du but, et tous les préceptes qu’on leur donnera ne serviront de rien pour leur bonheur ni pour le nôtre.

Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l’éducation, 1762.


Texte C - Condorcet, Cinq mémoires sur l’instruction publique (1791)

Condorcet, Cinq mémoires sur l’instruction publique (1791)

Homme des Lumières ayant collaboré à l’Encyclopédie, Condorcet