Groupement complémentaire


Ballades dans la nuit





Paul-Henri Régereau, À un passant, vers 1885, dessin, 7,5 × 17,4 cm, Maison de Victor Hugo - Hauteville House, Guernesey.
Paul-Henri Régereau, À un passant, vers 1885, dessin, 7,5 × 17,4 cm, Maison de Victor Hugo - Hauteville House, Guernesey.

Hermann Freihold Plueddemann, Le Roi des Aulnes, 1852, gravure sur bois colorisée, coll. privée.
Hermann Freihold Plueddemann, Le Roi des Aulnes, 1852, gravure sur bois colorisée, coll. privée.

Texte A - Johann Wolfgang von Goethe, « Le Roi des Aulnes » (1782)

Johann Wolfgang von Goethe, « Le Roi des Aulnes » (1782)

Goethe est l’un des représentants du Sturm und Drang (« Tempête et passion »), cercle littéraire allemand dans lequel naît le romantisme. La créature de ce poème est un « roi des aulnes », personnage issu du folklore allemand, être effroyable qui entraîne les voyageurs égarés dans la forêt vers la mort.

Qui chevauche si tard à travers la nuit et le vent ?
C’est le père avec son enfant.
Il porte l’enfant dans ses bras,
Il le tient ferme, il le réchauffe.

« Mon fils, pourquoi cette peur, pourquoi te cacher ainsi le visage ?
Père, ne vois-tu pas le roi des Aulnes,
Le roi des Aulnes, avec sa couronne et ses longs cheveux ?
– Mon fils, c’est un brouillard qui traîne.

– Viens, cher enfant, viens avec moi !
Nous jouerons ensemble à de si jolis jeux !
Maintes fleurs émaillées1 brillent sur la rive ;
Ma mère a maintes robes d’or.

– Mon père, mon père, et tu n’entends pas
Ce que le roi des Aulnes doucement me promet ?
– Sois tranquille, reste tranquille, mon enfant :
C’est le vent qui murmure dans les feuilles sèches.

– Gentil enfant, veux-tu me suivre ?
Mes filles auront grand soin de toi ;
Mes filles mènent la danse nocturne.
Elles te berceront, elles t’endormiront, à leur danse, à leur chant.

– Mon père, mon père, et ne vois-tu pas là-bas Les filles du roi des Aulnes à cette place sombre ? – Mon fils, mon fils, je le vois bien : Ce sont les vieux saules qui paraissent grisâtres.

– Je t’aime, ta beauté me charme,
Et, si tu ne veux pas céder, j’userai de violence.
– Mon père, mon père, voilà qu’il me saisit !
Le roi des Aulnes m’a fait mal ! »

Le père frémit, il presse son cheval,
Il tient dans ses bras l’enfant qui gémit ;
Il arrive à sa maison avec peine, avec angoisse :
L’enfant dans ses bras était mort.

Johann Wolfgang von Goethe « Le Roi des Aulnes », 1782, trad. de l’allemand de Jacques Porchat, 1861.


1. Qui parent la rive de couleurs vives et variées, semblables à l’effet de l’émail.

Dans ce court film d'animation, découvrez le poème de Goethe chanté sur une musique de Schubert :



Texte B - Victor Hugo, « À un passant » (1826)

Victor Hugo, « À un passant » (1826)

Voyageur, qui, la nuit, sur le pavé sonore,
De ton chien inquiet passes accompagné,
Après le jour brûlant, pourquoi marcher encore ?
Où mènes-tu si tard ton cheval résigné ?

La nuit ! — Ne crains-tu pas d’entrevoir la stature
Du brigand dont un sabre a chargé la ceinture ?
Ou qu’un de ces vieux loups, près des routes rôdants,
Qui du fer des coursiers méprisent l’étincelle,
D’un bond brusque et soudain s’attachant à ta selle,
Ne mêle à ton sang noir l’écume de ses dents ?

Ne crains-tu pas surtout qu’un follet1 à cette heure
N’allonge sous tes pas le chemin qui te leurre,
Et ne te fasse, hélas ! ainsi qu’aux anciens jours,
Rêvant quelque logis dont la vitre scintille,
Et le faisan, doré par l’âtre qui pétille,
Marcher vers des clartés qui reculent toujours ?

Crains d’aborder la plaine où le sabbat2 s’assemble,
Où les démons hurlants viennent danser ensemble ;
Ces murs maudits par Dieu, par Satan profanés,
Ce magique château dont l’enfer sait l’histoire,
Et qui, désert le jour, quand tombe la nuit noire
Enflamme ses vitraux dans l’ombre illuminés !

Voyageur isolé, qui t’éloignes si vite,
De ton chien inquiet la nuit accompagné,
Après le jour brûlant, quand le repos t’invite,
Où mènes-tu si tard ton cheval résigné ?


Victor Hugo, « À un passant », Odes et ballades, 1826.


1. Feu follet, petite lumière ayant l’apparence d’une flamme, provenant des gaz des plantes et animaux en décomposition et qui s’enflamment à l’air libre, mais qu’on a cru être des esprits malins ou des âmes en peine, hantant les forêts et les marécages, capables de guider les hommes vers un destin funeste ou d’annoncer une mort.

2. Rassemblement de sorciers et sorcières pour adorer Satan.

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Entrer dans les textes

1
Quels éléments de la ballade (comme forme poétique) identifiez-vous dans ces textes ? Vous pouvez vous aider de l’Éclairage p. 91.


« Le Roi des Aulnes »

2

a. Qui parle à qui dans ce poème ?


b. Qui est au centre de l’attention ?


3

a. Quel est l’objectif des paroles du roi des Aulnes ?


b. Quel est l’objectif des paroles du père ?


4
Qui l’emporte, entre le père et le roi des Aulnes ?


5
Quels sentiments le poète cherche-t-il à créer ? Comment s’y prend-il ?


« À un passant »

6
Quels sentiments le poète cherche-t-il à créer ? Comment s’y prend-il ?


7
GRAMMAIRE

a. Quel type de phrases identifiez‑vous de la strophe 2 à la 4 ?


b. Quelle progression constatez‑vous ?


8
Comparez la première et la dernière strophe. Que remarquez‑vous ?


Synthèse

9
Quels points communs ont les ballades de Goethe et Hugo ?
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